‹ Le Retour au bercailChapitre 14 sur 30 · LA MORT DU PERSÉCUTEUR · texte numérisé non relu

LA MORT DU PERSÉCUTEUR

exigé une réparation solennelle, car Dieu vous demandera compte du sang de ses enfants que vous avez immolés à la fureur de l'hérésie, et de celui de votre propre fils dont If glorieux tombeau resplendit aujourd'hui de miracles. Avezvous un repentir sincère de ces forfaits ?

— Les remords dévorent mon âme depuis longtemps, dit le roi; j'ai pleuré mon crime jour et nuit, mais je ne l'ai pas réparé par une pénitence efficace, sans doute.

— Ayez confiance en Dieu et abjurez votre erreur, renoncez publiquement à Tarianisme, restaurez officiellement en Espagne la religion catholique que vous avez tant persécutée, voilà ce que Dieu demande de vous.

— Mon fils fera cela, dit Leuvigilde. Je vous recommande Récarède, mon successeur, je n ai plus qu'un souffle à peine, reportez sur lui l'amour que vous aviez pour Herménégilde.

— Je vous le promets, dit Léandre, mais ordonnez que des témoins reçoivent de votre bouche le désaveu de vos erreurs; abjurez-les devant votre peuple, afin que chacun prie pour vous dans l'espérance de votre salut éternel.

Leuvigilde ne répondit pas. Il était mort. L'évêque ouvrit la porte de la chambre et cria :

— Le roi est mort, il vient d'abjurer ses erreurs et de demander pardon à Dieu.

Et comme Récarède s'avançait :

— Mon fils, lui dit Léandre, vous êtes roi, soyez catholique, c'est le dernier vœu de votre père qui paraît en ce moment devant le redoutable tribunal du Christ.

— Vous serez mon père, dit Piécarède, comme vous avez été celui d'Herménégilde!

Bientôt, la nouvelle de la mort du persécuteur se répandit dans Séville et le peuple catholique salua de son espérance l'aurore du nouveau règne qui paraissait se lever sous les vrais hospices de Jésus-Christ.

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l'abjuration.

Gomme son frère Herménégilde, Récarode était marié.

Il avait épousé une princesse franque et catholique, sœur de Ciotaire II, nommée Rigontis.

L'iniiuence de Rigontis n'avait pas été étrangère à la conversion de Récarède qui allait consommer son abjuration solennelle.

L'évêque Léandre et son frère, le prêtre Isidore,^ s'occupèrent de donner une grande solennité à cette abjuration et de réunir à cet efiet un grand concile national à Tolède.^

Soixante-dix-huit évêques devaient répondre à son appel.

Déjà, deux conciles avaient été tenus à Tolède.

L'an 400, le VII des ides de septembre, dix-neuf évêques de toutes les provinces d'Espagne se réunirent dans cette ville sous la présidence de Patruinus d'Emerita.

C'est que déjà l'Eglise d'Espagne, depuis l'invasion dans la péninsule Ibérique de l'hérésie du priscillianisme à ten-

(1) Le frère de S. Léandre, élevé par lui, devait lui succéder bientôt et être S. Isidore de Sôville, un des plus grands docteurs de i'EgUse universelle.

(2) Le III* concile de Tolède. Cette ville devait voir du IV* au VIF siècle, dix-huit conciles.

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dances manichéehnes, avait souffert des divergences d'ojjinious, de rites et de coutumes qui altéraient l'iiarinonie de l'unité.

L episcopat était divisé sur la question de savoir si Ton pouvait admettre aux ordres de la cléricature ou conserver dans leurs fonctions, les schismatiques réhabilités.

Cette division d'opinion déterminait dans le clergé un mouvement incessant, parce que chacun cherchait à se rapprocher du centre qui lui était le plus favorable.

Le concile rappela donc que le fondement de l'intégrité de l'Eglise est dans l'ordre de juridiction établi par le concile de Nicée et auquel nul ne devait se soustraire.

Quant à la question de savoir si ceux qui ont abjuré l'hérésie seront réintégrés dans les privilèges de la communion catholique, le concile déclara qu'il attendrait que le pape^^ alors régnant, fit connaître sa décision.

Le pape Anastase, qui régnait alors, mourut sur ces entrefaites, et laissa à son successeur Innocent P^, le soin de répondre aux évêques d'Espagne et il le fit en ces termes :

« Innocent, à tous les évêques réunis en concile à Tolède, nos frères bien-aimés, salut dans le Seigneur.

y> Bien souvent ma sollicitude s*est portée sur les dissensions et le schisme qui ont fait en ces derniers temps de si grands ravages dans les églises d'Espagne. Je n'en étais que trop informé par la voix publique. On ne saurait différer davantage, il faut couper court à tant de désordres et appliquer à tant de maux un remède salutaire.

n) C'est le !•' concile de Tolède qui, pour la première fois, introduisit le mot papCy pour désigner l'évoque de Kome comme par un titre excellent. Jusqu'a'ors, cette expression désignait communément les évoques et les prêtres. Cette expression du concile de Tolède appliquée à 1 évêque de Rome, eu sollicitant son jugement sur leur cause, est importante au point de vue de la suprématie du siège de K'>iaQe.

» Notre frère et coévéque Hilaire, ainsi que le prêtre Elpidius, venus de votre part consulter le siège apostolique, nous ont appris le triste état où se trouve votre province divisée par le schisme et l'hérésie. Ils nous ont peint en gémissant la confusion qui résulte de la variété dans la discipline, de l'oubli ou de la négligence des canons portés par nos pères, des conflits de juridiction, des empiétements de certains évêques sur les droits de leurs collègues.

" Nous avons, à ce sujet, réuni \q preshyterium^ romain et nous vous adressons les actes synodiques qui y ont été rédigés. »

Innocent condamne alors les priscillianistes, ou plutôt, renouvelle leur condamnation déjà ancienne.

Quant au refus de certains évêques de conserver dans leur ancienne dignité les clercs revenus à l'orthodoxie, le pape rend ce sage jugement :

« Je cherche en vain le motif qui peut déterminer leur conduite. S'imaginent-ils donc que la chute de ces clercs, maintenant repentants, a pu effacer le caractère d'ordre qu'ils avaient primitivement reçu? Pierre, après sa chute et les larmes qui l'effacèrent, avait-il donc cessé d'être ce qu'il était? Thomas, après son incrédulité fameuse qui ne céda que devant une preuve expérimentale, avait-il rien perdu de sa dignité d'apôtre? Et, si l'on veut remonter jusqu'à l'ancien Testament, David, prophète avant sa faute, ne conserva-t-il pas après sa pénitence, le don divin de prophétie? «

Et, d'après le principe en vertu duquel l'ordre imprime un caractère ineffaçable, le pape déclare que ceux qui persis-

(1) Nom donné aux conciles ordinaires tenns à Rome au sujet des intérêts de l'Eglise universelle. A ces conseils, il était d usage d'appeler les évêques vojsins et même d'admettre les évêques étrangers qui se trouvaient de passage à Rome. (Labbe, Concil. — Darras, Eist, de l* Eglise.)

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leraient dans leurs idées rigoristes à ce sujet, seraient à leur tour bannis de la communion ecclésiastique.

« Car c'est à nous, dit-il, qu'a été confié le soin de maintenir, dans l'unité de discipline et de foi, le corps de l'Eglise dispersée par tout l'univers. »

Il termine enfin en déclarant que tous les cas douteux doivent être remis entièrement au jugement de Dieu qui scrute les reins et les cœurs. ^

Le deuxième concile de Tolède, tenu en 589, nous montre l'Eglise préoccupé de la perpétuité du sacerdoce et des moyens de l'assurer par les écoles presbytérales, véritables petits séminaires à créer dans chaque village, idée qu'avait déjà mise en lumière, en 529, le concile de Vaison.

. « Les enfants destinés à la cléricature, disent les actes de ce concile, seront d'abord tonsurés et mis au nombre des lecteurs pour être instruits dans une maison dépendante de l'église sous les yeux de l'évêque. S'ils promettent librement de garder la continence, on les ordonnera sous-diacres à Tâge de vingt ans. A vingt-cinq ans accomplis, s'ils se sont conduits sagement, on les ordonnera diacres. Quand ils auront été promus aux honneurs du sacerdoce, il ne leur sera pas permis de quitter l'église qui les aura ainsi élevés, sans lassentiment de leur évêque.^ »

Quand l'évêque Léandre eut réuni autour de lui, au troisième concile de Tolède, les soixante-dix-huit évêques qui avaient répondu à son appel, le roi Récarède arriva entouré de ses guerriers et ouvrit la séance.

— Moi, Récarède, roi, dit-il, au milieu du silence profond des évêques attentifs, des prêtres et des guerriers, je déclare aujourd'hui devant vous que j'abjure l'erreur et l'hérésie et que toute l'illustre nation des Goths, séparée jusqu'alors de

(1) s. Innocent I*', Ep. III, passim. Patrol. lat.

(2) Labbé, Concile de lolède, ii, t. iv.

TEglise universelle par la malice de ses docteurs, revient à l'unité catholique et demande à être instruite dans toute l'orthodoxie de la vraie doctrine. En foi de quoi, je remets entre les mains du saint évoque Léandre, mon oncle vénérable, ma profession de foi écrite de ma main, contresignée par huit évéques ariens qui abjurent comme moi l'erreur et l'hérésie, et acceptée par toute la noblesse et tout le peuple. Le seigneur évëque Léandre nous donnera de sa main l'onction royale.

De grandes acclamations saluèrent les paroles du roi des Visigoths et Léandre, se levant au nom du concile, répondit :

— Paix et honneur en Jésus-Christ, soit au puissant et glorieux roi qui vient d'ouvrir à la lumière ses yeux et ceux de tout son peuple.

« Maintenant que, par la miséricorde divine et la bonté du Christ, la paix nous est enfin rendue, le saint concile déclare rétablie en Espagne l'autorité des anciens canons et la vénérable discipline de l'Eglise. Les constitutions des anciens conciles et les épîtres synodiques des saints évéques de Rome, reprendront toute leur vigueur.^ >»

Après cette déclaration préalable, on formula une série de vingt-trois chapitres disciplinaires, que le roi Récarède souscrivit en ces termes :

« Moi, Flavius Récarède, roi, j*ai signée en la confirmant cette délibération définie avec le saint Synode.^ ^

Un édit royal fut aussitôt promulgué, donnant force de loi aux ordonnances du concile dans toute l'étendue de l'Espagne, sous peine, pour les contrevenants, de confiscation de leurs biens, de l'exil ou d'une simple amende, suivant la gravité du cas.

Tous les nobles voulurent, avec le roi, signer ces consti-

(1) s. Grég., Bialog., 1. m, ch. xxxii. {^j Labbé, Concile de Tolède^ ni, t. v.

C'était le prince Récarède qui venait visiter son frère. (P. 76.)

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