‹ Le Retour au bercailChapitre 19 sur 30 · LE ROI GONTRAN · texte numérisé non relu

LE ROI GONTRAN

recommandait à la miséricorde divine la misère publique dont sa foi lui faisait entrevoir Je prompt soulagement.

La vénération qu'il inspirait était telle qu'on attendait de lui des miracles.

Une mère, dont le fils se mourait d'une fièvre pernicieuse, fendit la foule, pénétra jusqu'au saint roi sans en être aperçue, et détacha une parcelle de la frange de son manteau.

Elle revint près du lit de son cher malade, plongea la relique dans de l'eau et présenta le breuvage à l'enfant qui recouvra aussitôt la santé.*

Aussi, le roi Contran salua-t-il avec joie l'aurore et le triomphe du catholicisme pur en Espagne par la conversion du roi Récarède.

(1) Grégoire de Tours, Eist. de France^ I. ix, ch. xxt. « Je ne fas pas témoin de ce miracle, dit l'évêque historien, mais il m*a été raconté par les fidèles de Châlons et j'y crois sans aucun doute, car j*ai vu d'autres fats, non moins miraculeux, se produire ainsi par la vertu de ce saint roi. >»

Gontran mourut le 28 mars 593 et fut enterré dans la basilique de Saint-Marcel qu'il avait fondée.

Bientôt ses reliques exhumées prirent place sur les autels. Au XVI' siècle, elles furent brûlées par les cal?mistes; la piété des fidèles bourg'iignoQS ne put sauver que le crâne demeuré encore aujourd'hui le plus précieux trésor de l'antique église de Châlons-sur-Saône. (Darras : Hist, de VÉyltse^ t. xv.)

Les Gaules étaient Tobjet de la sollicitude particulière du grand pape Grégoire.

Sa correspondance avec ces églises fut très active et elle nous reste très volumineuse et pleine de sages enseignements.

La papauté est le cœur de l'Eglise; TEglise est un organisme vivant et, comme être vivant, elle doit avoir un coeur, sans cela elle mourrait.

Ceux qui veulent anéantir la papauté le savent et c'est au cœur qu'ils voudraient frapper l'Eglise, afin que son divin esprit, qui est le Christ, se trouve séparé de son corps et ne puisse plus le vivifier par le cœur, centre de la circulation do la vie dans le corps visible, et médiateur central des échanges vivants entre le ciel et la terre, entre les membres et la tète de ce merveilleux organisme.

Quel est le rôle du cœur dans le corps humain vivant? Son rôle est de présider à la circulation du sang, c'est-à-dire du courant vital dans rorganisme.

G*est le cœur qui envoie jusqu'aux extrémités le sang pur et vivifiant qui baigne tous les organes, distribue la force, fait Ténererie dans les membres, la santé dans les sen-

salions, la justesse et la limpidité dans les opérations de la pensée.

Ce premier courant est appelé artériel, car il se distribue par les artères dans toute l'étendue du corps humain.

Mais il y a un autre courant, c'est le courant de retour du sang au cœur, le courant veineux.

Par les veines, le sang qui a servi à vivifier les membres et qui a laissé toutes ses forces dans les divers postes de son parcours, n'est plus pur, il a perdu les qualités qui le faisaient vivificateur et puissant, il faut qu'il retourne au centre de rorganisnie, dans le cœur, puiser de nouvelles forces, se changer de nouveau en sang artériel, pour revenir par les artères charier de nouveau la vie pour entretenir perpétuellement la santé du corps tout entier.

Mais, par lui-même, le cœur n'est qu'un fondé de pouvoir, tributaire et chargé d'atiaires du grand mystère de la vie supérieure qui se manifeste ainsi sur la terre par les merveilles de la création vivante et son chef d' œuvre : Thomme.

Les lois qui régissent la vie de:i sociétés sont analogues à ceJes qui régissent la vie des individus.

Comme les individus, les sociétés sont formées d'un corps et d'une âme ou lien de vie qui les rattache à l'Espril supérieur.

Les sociétés ont des membres, un cœur, une tête, des artères qui charient en elles la vie de leur espru distribuée par le cœur et des veines qui ramènent à ce cœur tout ce qui doit être réglé de nouveau, jugé, rectifié et purifié sou,- 1 influence supérieure de l'esprit par les lois de la vie.

Le cœur est donc le siège de l'unité, la balance de la vie, le distributeur et le régénérateur des forces vitales dans un oi'ganisme, par mandat supérieur.

Il en est de même dans l'Eglise terrestre, corps visible de Jésus-Christ, dont la papauté est le cœur, en union avec TEglise céleste, corps mystique de Jésus-Christ et trait d'union

par le Sauveur lui-même qui en est la tête adorable, avec Dieu le Père tout-puissant qui en est l'Esprit.

Voilà pourquoi Notre-Seigncur a établi Pierre, cœur de l'Eglise visible; lorsqu'il lui a dit : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise; » c'est comme s'il lui avait dit : Tu es le cœur de cet organisme, et en ta qualité de cœur, tu organiseras sa vie, tu la distribueras, tu la régleras, tu la modifieras, tu la purifieras, tu en seras le grand maître visible, toujours actif, toujours vivant, toujours palpitant.

Voilà pourquoi Notre-Seigneur a demandé à Pierre par trois fois : « Pierre, m'aimes-tu "^ ^ C'est que Pierre devait aimerl'œuvre du Christ trois fois, parce que l'œuvre du Christ était un organisme vivant et que tout organisme vivant et intelligent est fait à l'image invariable et archétype de la Trinité divine et vivante dans l'Eternel.

Ainsi Pierre devait « paître les agneaux et les brebis et confirmer ses frères dans sa foi. » Ainsi, tant qu'il y aura une Eglise, Pierre sera le cœur de cette Eglise sur la terre, représentant et mandataire de Jésus-Christ, cœur divin de l'Eglise invisible en union avec Dieu, son esprit éternel.

Dans les fastes de l'Eglise, il y a un triomphe permanent, c'est le faste des fastes, c'est Pierre, cœur vivant indéfectible.

Et nous voyons sans cesse l'action de ce cœur vivant, dans le monde chrétien.

C'est de lui que tout part, c'est à lui que tout revient et c'est de lui que tout repart, vivifié, corrigé et renouvelé.

C'est lui aussi qui juge les éléments mauvais et les rejette quand ils doivent corrompre l'organisme, par des canaux excréteurs qui sont l'anathème et l'exclusion hors de la synthèse vivante, des germes mauvais et des forces tournées au mal.

Rien n'échappe à l'œil vigilant du pasteur des pasteurs, et l'évêque des évêques rappelle incessamiment aux peuples et

aux rois, aux clercs et aux évêques, la ligne droite de la vérité, de la foi pure et de la justice.

Entre les Gaules et Rome, la guerre des Francs et des Lombards interrompit longtemps les communications apostoliques que la voie de mer permettait seule et rarement de hasarder.

Au milieu de cette tourmente, en 591, Grégoire le Grand adressa, néanmoins, une lettre aux évêques Théodore de Marseille et Virgilius d'Arles.

« Les circonstances, dit le grand pape, ne m'avaient pas encore fourni une occasion sûre pour communiquer avec votre fraternité, mais voici que des marchands juifs que leur commerce appelle souvent à Marseille et dans les Gaules, sont venus se plaindre à moi de ce qu en votre pays on contraint par la violence leurs coreligionnaires à recevoir le baptême.

» Je ne doute pas que rintention qui fait agir ainsi ne soit droite, mais elle n'est ni éclairée ni conforme à renseignement de l'Ecriture.

» Ceux qui ont subi cette contrainte retourneront bientôt à leur ancienne superstition, et ce n'est pas la régénération mais la mort spirituelle qu'on leur aura procurée,

î' Votre fraternité ne doit donc employer vis-à-vis d'eux que les charmes de la prédication et la suavité de l'exemple.* »

C'est que, dans les dernières années de son règne, Ghilpéric avait ordonné par décret à tous les juifs des Gaules, de se faire baptiser.

Ordonnance tyrannique, antichrétienne, que le pape s'empresse d'annuler et de casser d'autorité.

Les juifs négociants, habiles jadis comme aujourd'hui à se faufiler partout malgré tous les périls, avaient trouvé

(1) Grégoire le Grand, 1. i, ép, XLXII, PatroL lat.

moj^en de faire parvenir leurs doléances au pape et de transmettre son jugement à son adresse.

Des abus bien plus graves s'étaient introduits dans les églises des Gaules. Des pasteurs indignes du caractère sacré dont ils étaient revêtus y vendaient les dons de Dieu et l'illustre et saint pontife l'apprend.

En ce temps-là même, Virgiiius, évoque d'Arles, lui écrit pour lui demander de le confirmer dans le titre de vicaire apostolique attaché à son siège et l'assurer du dévouement * ces évéques, ses collègues, à la chaire de Pierre.

Et le pape Grégoire le Grand s'empresse de lui écrire :

« Qu'elle est merveilleuse, la charité catholique qui triomphe des plus longues séparations, unit ce qui était divisé, rétablit l'ordre dans la confusion, l'harmonie dans ie trouble el consomme enfin l'imperfection humaine dans l'unité.

» Je trouve l'expression de cette pensée, dans votre lettre, frère bien-aimé, et tous les voyageurs qui arrivent des Gaules m'attestent que tels sont, en eflet, les sentiments gravés dans votre cœur.

» Vous me demandez de renouveler les antiques prérogatives de votre siège, en vous conférant le paliium et les fonctions de vicaire du siège apostolique. Il ne me vient pas un seul instant à la pensée que cette requête puisse vous être inspirée par une pensée secrète d'ambition et de vaine gloire. A Dieu ne plaise!

» Tout l'univers sait que Rome a été la source d'oii les Gaules reçurent la foi. En renouant avec le Saint-Siège les antiques traditions, votre fraternité accomplit le devoir d'un bon fils qui accourt au sein de sa mère.

» Aussi, nous vous accordons de grand cœur ce que vous nous demandez et nous sommes heureux de donner ce témoignage d'aflection à notre très précellent fils, Ghildebert, roi.

» Mais que votre sollicitude et votre vigilance croissent en même temps que l'honneur dont vous allez être revêtu.

« On me dit que dans les Gaules et la Germanie, aucune ordination sacerdotale ou épiscopale n a lieu sans le paiement d'une taxe.^

» S'il en est ainsi, (je pleure en le disant, je gémis en dénonçant un tel abus,)rordre sacerdotal gangrené au dedans, ne tardera pas à épouvanter le monde de sa chute,

y> Eh quoi! ne voit-on pas qu'une pareille taxe n'est autre chose que l'hérésie simoniaque, la première qui ait osé s'élever contre la sainte Eglise de Dieu?

r> On me dit encore qu'aussitôt la mort d'un évêque on s'empresse de tonsurer quelque laïque pour l'ordonner ensuite et l'installer sur le siège vacant.

» Gomment un homme qui n'a jamais servi dans la milice du Seigneur, ose-t-il d'un seul bond en devenir le chef? Comment distribuera-t-il la parole de vérité et de salut, lui qui ne l'a peut-être jamais entendue? Saint Paul défend d'ordonner un néophyte, les néophytes de son temps étaient les nouveaux baptisés, les néophytes de nos jours sont les laïques sans expérience de la vie sacerdotale ou religieuse.

» Votre devoir est donc d'avertir à ce sujet notre très précellent fils, Ghildebert, roi, afin qu'il fasse disparaître une pratique détestable qui souillerait la gloire de son règne.

» Enfin, bienheureux frère, avec le pallium que nous vous transmettons, et la charge de vicaire apostolique dans toutes les éghses du royaume de notre fils Ghildebert, vous devez veiller à ce que le précepte de la résidence soit observé dans toutes les églises et que nul évêque ne s'absente sans votre autorisation.

5» S'il s'élève quelque grave controverse en matière de foi ou de discipline, vous aurez à la discuter et à la décider dans

(1) Ce n'était que trop vrai. A cette époque on trouvait des ôvèques qui étaient t la lois seigLeurs et guerriers, situation tiès irrégulière au point <ie vue canonique et qui donnait lieu aux grands abus dont le ()ape S. Grégoire le Grand se plaint ici.

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un synode composé au moins de douze évêques, et, si, après un sérieux examen, la solution présentait encore des difficultés, vous en référeriez à notre jugement/ »»

Ainsi Grégoire le Grand, à l'exemple de Pierre qui décidait au premier concile, affirme qu'il appartient au successeur du prince des apôtres de juger en dernier ressort les questions de foi et de discipline.

11 va le répéter dans sa lettre à tous les évêques du royaume de Ghildebert et développer le sens de cette magnifique prérogative en la rattachant à l'économie même de la vie de l'Eglise :

« La Providence divine a constitué ]a hiérarchie par l'établissement des grades divers, des ordres distincts, de telle sorte que les plus élevés rendent en afïection ce qu'ils reçoivent des inférieurs en respect.

« Le lien de la concorde fait de la diversité des charges une seule unité et préside à la sage administration de tous les offices.

» Cette loi des créatures rachetées est celle des milices célestes elles-mêmes qui comptent dans leur sein des anges et des archanges, c'est-à-dire, une hiérarchie où les uns sont supérieurs aux autres en puissance.

» Qui d'entre nous, misérables pécheurs, se refuserait à se soumettre à une subordination dont les anges nous donnent l'exemple?

3» Par l'observation de cette foi, la charité et la paix se maintiennent dans un embrassement mutuel, la concorde demeure inébranlable dans la distinction et l'harmonie dans un amour fraternel et sincère.

» Dans cette pensée, nous avons cru opportun d'établir pour notre vicaire dans le royaume du très précellent Ghildebert, notre frère Vigilius, évêque d'Arles.

(1) Grégoire le Grand, ép, LUI, 1. v.

î» Il devra veiller à rintéf^ritc de la foi catholique, telle que l'ont formulée les quatres précédents synodes généraux. En vertu de l'autorité que nous lui déléguons, il tranchera les discussions qui pourraient s'élever entre nos frères et coévèques et, au besoin, il convoquera des conciles qui l'aideront à porter un jugement canonique.

" Si, ce qu'à Dieu ne plaise, il surgissait en matière de foi ou de discipline, une controverse plus grave et pi us difficile, qui obligeât par son importance, de recourir au jugement du siège apostolique, après ample examen, le rapport nous en serait adressé afin que la sentence définitive et irrévocable fut prononcée par nous.^ »

En même temps, le pape Grégoire écrivait à Ghildebert II :

« Suivant votre désir, nous avons accordé le pallium à notre frère, Virgilius d'Arles, ainsi que le titre de vicaire du siège apostolique dans votre royaume. A votre tour, marchant sur les traces de votre glorieux père, montrez votre dévoûment envers Dieu et le bienheureux Pierre, prince des apôtres. Mettez fin à l'horrible abus de la simonie et aux promotions des laïques sur des sièges épiscopaux; faites observer partout les constitutions de l'Eglise romaine.' »

Bien plus, en cette époque troublée, le pouvoir temporel allait par l'entremise de la reine Brunehaut se soumettre au pouvoir spirituel et lui demander aide et protection.

En ces temps de violences et de perturbation sociale, la reine d'Austrasie s'adressa au pape, afin qu'il plaçât sous la sauvegarde de son autorité apostolique, l'inviolabilité des personnes et des propriétés, ainsi que la liberté électorale de trois nouvelles fondations monastiques.

(1) s. Grégoire le Grand, Ép LIV, 1, v.

(•2) Ibid, I. VI. Ép. V,

(3) Lrs paroles de S, Grégoire le Grand se trouvent dans un diplAme dont Mabiilon, le savant bénédictin a démontré l authenticité. « C'est là, dit M. de Montôieinbert, 1 occasion de ce fameux diplôme où, pour la première fois, la subordi-

Le pape Grégoire s exprime ainsi :

« Si quelqu'un des rois, des évêques, des juges ou autres personnes séculières, ayant connaissance de cette constitution ose y contrevenir, qu'il soit privé de la dignité, de sa puissance et de son honneur, qu'il sache qu il s'est rendu coupable au tribunal de Dieu. Et s'il ne restitue pas ce qu'il aura méchamment enlevé, ou ne déplore par une digne pénitence ce qu'il aura fait d'illicite, qu'il soit éloigné du très saint corps et du sang de notre Dieu et Sauveur, qu'il demeure assujetti dans le jugement éternel à la vengeance sans fin.* 5»

C'est ainsi que le pape se montrait ce qu'il est, le cœur vivant de l'Eglise visible et universelle.

nation directe du pouvoir temporel au pouvoir spirituel fut nettement formulée et reconnue. » [Les moines d' Occident ^ t. ii.)

Le pape Grégoire le Grand écrivit aussi à Brunehaut, (en Taa 600,) et aux rois Théodebert, Tbéodoric et Clotaire, afin de les engager à assembler un concile pour exterminer la simonie et les autres désordres qui en sont le triste cortège.

Selon les intentions du pape, un concile fut, en etiet, réuni à cet etlet à Sens en 601 pour formuler les règlements nécessaires à l'Eglise des Gaules. Nous n'avons plus les actes de ce concile. Nous le trouvons seulement mentionné par les BoHaadistes, 2 août. Actes de BothariuSy (S. Bobaire,) évèque da Chartres,

(l) S, Grégoire ie Grand, 1. xiii, ép. VIII, PatroL lat.

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