LE ROI GONTRAN
En entendant cette singulière réponse, Gontron et ses officiers manifestèrent un étonnement voisin de rincredulité.
L'endroit désigné était à une distance de plus de six milles de là; le roi y envoya immédiatement des cavaliers. Quand ils arrivèrent, ils trouvèrent toute la population autour d'une maison qui fumait encore.
— N*y a-t-il, demandèrent-ils, personne qui ait péri dans ces flammes?
— Heureusement non, leur répondit-on.
Et, montrant un jeune enfant qui dormait paisiblement dans son berceau, ils ajoutèrent :
— Ce jeune enfant, cependant, était dans la maison lorsque le feu a pris, mais nous avons vu le bienheureux Verolus qui accourait, entra dans la chaumière, sauva l'enfant et éteignit le feu. Pendant une heure on Ta vu au milieu des flammes, mais nous ne savons ce qu'il est devenu ni comment il est parti.
— Rassurez-vous, dirent les cavaliers, le bienheureux Verolus est actuellement à Marcennacum où il s'entretient avec le bon roi Gontran.
Et ils partirent aussitôt rendre compte de leur mission au roi.*
(1) Ce miracle est un phénomène de » bilocation »» qui fut produit par plusieurs saints, notamment S, Ambroise et S. Alphonse de Liguori, pour n'en citer que deux exf m): les, que nous pourrions multiplier, car ils sont assez nombreux dans Thistoire tant ancienne que moderne.
« Le jour des funérailles de S, Martin, évêque de Tours, dit Grégoire de Tours {Miracles de S, Mat tin^ 1. i, ch, v), Ambroisc, le bienheureux évêque de Milan, dont l'éloquence est célèbre dans tout l'univers, célébrait l'office divin au milieu de son clprgé et de ses fidèles. Ambroise avait établi dans sa basilique la coutume que le lecteur ne devait jamais commencer à réciter l'épître, sans avoir reçu la bénédiction fie l'é èque. Mais il advint que, ce jour-là, quand le lecteur s'approcha du trône pour recevoir la bénédiction épiscopale, il trouva le bienheureux évêque endormi. Tous les assistants 'e remarquèrent, cependant, nul n'oï-ait réveiller le saint. Un long intervalle s écoula en silence ; enfin, quelques clercs prirent sur eux de s'écrier :
Ce miracle eut pour effet immédiat la conversion du roi burgonde, car sa première jeunesse avait subi l'entraînement de la fougue désordonnée d'un sang encore à demi barbare. ; Le trait suivant en donne une preuve féroce.
Gontran avait épousé, en dernier lieu, une femme franque, nommée Austrégésilde, et digne d'être la contemporaine de Frédégonde.
Atteinte d'une dyssenterie endémique qui résistait à tous les remèdes, Austrégésilde demanda aux deux médecins qui la soignaient, s'il restait quelqu'espoir de guérison.
Ceux-ci se déclarèrent impuissants et l'engagèrent à songer au salut de son âme.
La reine, alors, fit appeler Gontran et lui dit :
— Je meurs, adieu, mais jurez-moi qu'aussitôt après mon dernier soupir, vous ferez trancher la tête aux deux méde-
*t L'heure s'écoule; que le seigneur évêque donne le signal au lecteur! »♦ Le bienheureux Ambroise, revenant à lui, leur dit : « Ne vous troublez pas, le sommeil où vous m avez vu plongé était une vision que daignait m'envojer le Seigneur. Apprenez que mon Irère, i'evêque Martin, a quitté ce monde. Je viens d'assister à ses funérailles ; elles se terminaient au moment où vous m'avez appelé. » Dans leur étonnement, les clercs notèrent exactement le jour et l'heure où ces paroles furent prononcées à Milan. C'était bien exactement le jour et 1 heure où les obsèques da thaumaturge avaient eu lieu à Tours. » S. Liguori, quoiqu'il fut à deux cents lieues de Rome, assista le pape Clément XIV à son lit de mort et fut vu en même temps dans sa ville épiscopale et à Rome.
Le phénomène de la bilocation a été très étudié dans ces derniers temps et l'on est arrivé à en établir la théorie complète. Il consiste dans un dédoublement de l'être humain et dans la projection hors du corps de ce qu'on appelle ie corps nerveux qui serait une sorte de médiateur entre l'âme et le corps. Ce serait là ie corps spirituel dont parle S. Paul et aussi le corps de la résurrection. La science cherche à établir la preuve matérielle de son existence reconnue comme certaine par toutes les écoles spirituaiistes et comme probable par des savants catholiques et théologiens contemporains, notamment le R. P Ortolan : Astronomie et ikéologiey p. 417-418, M. Martin : La Société des Saints^ cité par Mgr Meric : L'autre vie, t, ii, p. 40-42,
Nous ne pouvons nous étendre ici sur ce sujet très intéressant et très important pour aider à comprendre toute la portée des vérités ue la foi et de ses preuves généralement appelées surnaturelles.
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cins. Du moins, leur famille ne so réjouira pas, quand la mienne sera dans les larmes !
— Je vous le jure, lui dit Gontran, je vous obéirai.
Et il avait eu la cruauté de tenir son serment; à peine la reine eut-elle rendu le souffle, que la tête des deux médecins était tombée sous la hactie.^
Quelle était grande et difficile la tâche de TEglise en face de ces races barbares, pour les amener à une civilisation morale complète !
Du moins, quand ces âmes farouches s'ouvraient une fois à la lumière, elles étaient subjuguées pour toujours et le triomphe de l'esprit chrétien sur elles était magnifique et sans retour.
Gontran, après sa conversion, s'adonna tellement aux bonnes œuvres et à l'action de TEsprit de Dieu, que, sans renoncer au pouvoir dont il se servait uniquement pour le bien, il abandonna toutes les pompes du siècle et distribua ses trésors aux églises et aux pauvres.^
L'Eglise et les pauvres devinrent l'objet exclusif de sa tendresse.
Veuf et sans enfants, il refusa de se prêter à une nouvelle alliance ; roi de Burgondie et tuteur de ses deux neveux Glotaire et Ghildebert, son autorité s'étendait réellement sur toute l'étendue du royaume de Glovis.
Il n'en profita que pour multiplier davantage ses largesses, imposer à tous les fonctionnaires la justice, le désintéressement, la clémence qu'il pratiquait lui-même; réagir contre la simonie et les désordres des clercs; fonder des centres d'éducation monastique et religieuse, seul moyen efficace de lutter contre les plaies sociales et d'apaiser les esprits en tournant les cœurs vers Dieu.
(1) Gr'^goire de Tours : Jlist. de France, 1. v, ch. xxxvi. (2j Martyrologe rocuaiu. S, Gontran, 28 mars.
Outre réglise et le monastère de Saint-Marcel, à Châlonssur-Saônc, son œuvre de prédilection, il dota richement Saint-Bénigne de Dijon, Saint-Maurice de Toul, Saint- Vincent de Paris.
Dans chacune de ces abbayes, il établit le laus perenms ,^ tel que Sigismond, Tun de ses prédécesseurs sur le trône des Burgondes, l'avait institué à Agaune.
Gomme Grégoire le Grand, il avait compris l'importance du chant ecclésiastique et de la musique religieuse; il s'en occupait lui-même et voulait que les églises ressemblassent au paradis où les anges chantent perpétuellement la louange de Dieu.^
Nous avons encore de lui un édit royal, pour rappeler à tous ses peuples que l'observation du dimanche est la base de toute vraie civilisation chrétienne.^
Il combattait, à Lyon et à Marseille, la terrible peste inguinaire qui désolait alors ces villes, par les mêmes moyens qu'employait contre le fléau, saint Grégoire le Grand à Rome.
Ainsi qu'aurait pu le faire le plus zélé des pontifes, le roi Gontran chercha dans la prière le remède aux maux du peuple chrétien.
Il ordonna un triduum de jeûne au pain et à l'eau. Tous devaient assister aux vigiles dans l'église et aux litanies ou processions solennelles.
Il observa lui-même rigoureusement cette pénitence, multiplia ses aumônes durant ces trois jours et parut écouter les cérémonies avec un tel recueillement, qu'on l'eut pris non seulement pour un souverain mais pour un prêtre du Seigneur.
On voyait que toute son espérance était en Dieu et qu'il,
0) La louange perpétuelle, dont nous avons déjà parlé dans un autre volume. L'adoration perpétuelle moderne a été fon^lée dans le même esprit, (2) Grégoire de Tours : Hist, de France^ 1, viii, ch. ii. (3; Labué : Conciles ^ t. v, coL 599.
Leuvigilde, déjà touché par le doigt de la mort, agonisait sur son lit. (P. 82.)