LE TRÔNE DE LHUMILITÉ
dépeuplées, la terre n a plus de bras qui la cultivent, chaque jour les idolâtres immolent sous nos yeux les fidèles du Christ. Cependant, des prêtres qui devraient se prosterner sur le parvis du sanctuaire dans les larmes et la poussière, fie cherchent des titres de vanité, des noms profanes inventés par l'orgueil !
y> Mais quel est cet usurpateur qui ose ainsi s'élever contre les statuts évangéliques, contre les décrets des canons! Plût à Dieu qu il fût le premier et le seul de son espèce!
» Hélas! nous nen avons que trop vu de ces évêques de Constantinople naufragés dans le goufire de Thérésie, non seulement hérétiques mais hérésiarques ; ^ un Nestorius qui séparait en deux personnes le médiateur de Dieu et des hommes Jésus-Christ, et nadmettait pas Tincarnation du Verbe, reculant jusqu'à la perfidie judaïque; un Macédonius qui niait la divinité du Saint-Esprit et sa consubstantialité avec le Père et le Fils.
« Etaient-ils ou non évêques universels? Et, s'ils l'eussent été, l'Eglise catholique aurait donc sombré avec eux dans le goufire de Terreur!
» Qui donc ignore que, par honneur pour le bienheureux Pierre, prince des apôtres, le concile de Ghaloédoine oflrit au pontife romain le titre de patriarche universel?
» Mais aucun pape n'a consenti à user de ce titre pour ne pas paraître par cette singularité priver tous les autres évêques de l'honneur qui leur est dû.
» Et c'est quand nous refusons un titre qui nous est oôert, qu'un autre a l'audace de l'usurper!
» Pour moi, je suis le serviteur de tous les prêtres qui vivent sacerdotalement, mais si quelqu'un, par enflure de vaine gloire, prétend lever la tête contre le Dieu tout-puissant et contre les lois de nos pères, j'ai confiance que, même
(1) C'est-à-dire chefs d'hérésie et princes d'hérétiques.
avec le glaive, il ne lui sera pas donné de faire courber la mienne! ^ »
En même temps, le pape Grégoire écrivait à lambitieux patriarche :
« Gomment, vous qui vous êtes si longtemps proclamé indigne de l'épiscopat, pouvez-vous mépriser assez vos frères dans cette dignité, pour prétendre au droit de porler seul le nom d*évêque?
w Déjà, mon prédécesseur de sainte mémoire, Pelage, nousaécritàcesujetunelettrepleinede graves enseignements.
« Depuis, lorsque malgré mon indignité je fus promu au gouvernement de l'Eglise, je vous ai fait avertir par mes précédents apocrisiaires et par le diacre Sabinianus, qui remplit maintenant cette fonction à Gonstantinople, de renoncer à vos présomptueuses visées. J'aurais souhaité que dans des entretiens particuliers laflaire fut terminée avec vous sans être obligé de la traiter par écrit.
» Gependant, j'avais ordonné à Sabinianus, dans le cas où vous refuseriez de vous soumettre, de ne plus communiquer avec vous pour la célébration de la messe.
»» J'espérais amener ainsi votre sainteté à résipiscence, sans qu'il fut besoin de recourir à la voie des rigueurs canoniques.
n Maintenant encore, bien-aimé frère, je vous supplie, je vous conjure avec toute la tendresse dont je suis capable, de fermer enfin l'oreille à des conseils adulateurs. Je ne puis, sans verser des larmes, penser que, jusqu'à ce jour, mon frère bien-aimé n'a pu être amené au sentiment de l'humilité^ lui dont le devoir est d'y ramener les autres. \ w Quant à nous, que votre entreprise sacrilège ofiense si grièvement, nous vouions jusqu'à la fin observer le précepte évangéiique : « Si votre frère a péché contre vous, allez et*
(1) s. Grégoire le Grand, 1. v, ép. XXI, PatroL laU
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reprenez-le seul à seul; s il ne vous écoute pas, prenez avec vous un ou deux témoins; s'il persiste à vous repousser, dites-le à l'assemblée, et s'il n'écoute pas l'assemblée, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain.^ »
» J 'ai agi de la sorte vis-à-vis d'un scandale qui oflense toute l'Eglise. A deux reprises, je vous ai fait avertir par mes apocrisiaires ; aujourd'hui, je vous écris moi-même. Rien de tout ce qui pouvait être tenté, en toute humilité et ciiarité fraternelle, na été omis. Il me restera, si ma parole est encore cette l'ois rejetée, à employer l'autorité de l'Eglise.
» En vous tenant ce langage, bicn-aimé frère, le Dieu toutpuissant m'est témoin que je n'ai pour votre personne que des sentiments d'amour. Je ne suis pas contre vous, je pleure sur vous. Mais l'afiection que je vous porte ne saurait prévaloir sur les préceptes de l'Evangile, les institutions canoniques et l'utilité générale.^ »»
Le patriarche et l'empereur ne devaient pas tenir compte de ces sages paroles. Jean le Jeûneur continua à se faire donner le titre de patriarche œcuménique.
« Cet Orient qui allait si prochainement devenir la proie de rislam, s'obstinait à méconnaître sa meilleure chance de salut, en s'aliénant les peuples et les églises de l'Occident, en énervant par son despotisme minutieux et vexatoire, la vie chrétienne qui avait germé si brillante et si féconde dans son sein.^ »
La cour inepte de Byzance haussa les épaules et prit rtiabitude de traiter Grégoire le Grand de vieux fou.
« Les lettres que je reçois des sérénissimes empereurs, dit le pape lui-même, afiectent de ménager en moi la dignité pontificale, mais elles ne ménagent guère ma personne. Avec
(1) Matthieu, xvii, 3,
(2) S. Grégoire le Grand. 1. v, ép. XVHI,
(3) Montalembert. Les Moines d'Occident, t. ii.
une urbanité exquise, on my applique Tépithète de fou.*
» Ce n'était pas ainsi, très sérénissime empereur, que parlait votre prédécesseur de pieuse mémoire, le grand Constantin.
« On lui avait remis une requête pleine d'accusations contre les évéques. Il la déposa sur le bureau du concile de Nicée, en disant aux Pères : « Vous êtes des dieux constitués par le Dieu véritable. C'est à vous qu'il appartient de connaître des causes ecclésiastiques; je ne suis pas digne de juger des dieux.* »»
» Que m'importeraient vos outrages et vos dérisions, au surplus, si ma terre n'était pas sous le joug de la captivité.^ »
Telles étaient la sagesse de Grégoire le Grand et la manière dont il savait concilier pour le bien de l'Eglise universelle, l'humilité personnelle et nécessaire du pontife suprême comme 'homme, avec l'autorité majestueuse de Pierre dans le respect des droits œcuméniques de l'épiscopat tout entier.
(1) « Fatuus. m s. Grégoire le Grand, ép, XL, 1. v.
(2) Selon la parole du psaume : m Je vous le dis : Vous êtes des dieux et tous enfants du Très-Haut. » « Eyo dixi : Dit estis et flii Excelsi omnes, • appliquée par Notre-Seigneur Jésus-Christ à ceux qui ont reçu la parole de Dieu «t qui la gardent. Voir le 2* volume des Fastes : Rédemption.
(3j Grégoire le Grand, ép. XL, i. y.