‹ Le Retour au bercailChapitre 22 sur 30 · LAILE DE LA MORT · texte numérisé non relu

LAILE DE LA MORT

Pendant que la Gaule mérovingienne se façonnait ainsi par les efiorts du pape et des évêques à la discipline de TEglise de Jésus-Christ, et que l'Orient, au contraire, s'enfonçait de jour en jour davantage dans les abîmes de la discorde, du schisme, des hérésies et des révolutions, l'Espagne s'afiermissait de plus en plus dans l'orthodoxie catholique.

Cependant, le deuil était au palais royal de Séville. Le temps fixé par la Providence pour l'œuvre terrestre du roi Récarède était accompli.

Sur sa couche, le premier roi catholique d'EspagPjS recevait les consolations du pieux et vieil évêque Léandre.

Devant une foule agenouillée, silencieuse et recueillie, Tévéque avait célébré le sacrifice et donné au mourant le pain mystique, ferment de la vie éternelle, et lui-même avait fait, à l'exemple des apôtres,^ les onctions de l'huile sainte sur les membres du moribond.

(1 • Us chassaient les esprits impurs; ils faisaient des onctions d'huile sur les malades et en guérissaient un grand nombre, n S. Matthieu, x, 1 ; Marc, vi, 7, 13; Luc, X, 1.

• Quel'juun est-il malade, dit l'apôtre S. Jacques, dans son ôpttre apostolique.

Pendant ce temps là, les clercs et les assistants priaient en invoquant les saints.

^ Partez de ce monde, âme chrétienne, disait Tévêque, les yeux levés au ciel, au nom du Père tout-puissant qui vous a créée, au nom de Jésus-Ghrist le Fils du Dieu vivant qui a soufiert pour vous; au nom du Saint-Esprit qui a été répandu en vous; au nom des Anges et des Archanges, des Trônes et des Dominations, des Principautés et des Puissances, des Chérubins et des Séraphins, des Patriarches et des Prophètes, des saints Apôtres et des Evangélistes, des saints Martyrs et Confesseurs, des saints Moines et Ermites, des saintes Vierges et de tous les Saints et Saintes de Dieu. Allez et soyez aujourd'hui dans un lieu de paix; que votre denaeure soit dans la sainte Sion par le Christ notre Seigneur. Amen/...

» Je te recommande au Dieu tout puissant, bien-aimé frère, je te recommande à celui dont tu es la créature, afin qu'afiranchi par la mort des liens de cette terre, tu retournes à ton divin formateur qui t'a tiré du limon.

>» Que l'armée rayonnante des Anges vienne au devant de ton âme; que l'auguste sénat des apôtres t'accueille avec faveur; que l'armée éclatante des martyrs te reçoive en triomphe ; que la foule immaculée et éblouissante des confesseurs t'entoure ; que le chœur j ubilant des vierges, t embrasse d'harmonie; que dans le sein des patriarches, tu reçoives le baiser du repos bienheureux; que la figure douce et joyeuse du Seigneur Jésus-Christ se montre à toi pour t'accueillir parmi ceux qui l'entourent.

(v, 14. 15,) qu'il appelle les anciens de rassemblée et qu'ils prient sur lui, l'oignant u'buile au nom du Seigneur, Et la prière de la loi sauvera le malade, le fceigneur là soulagera et s'il a commis des pochés, ils lui seront remis. »

L'Eglise a toujours pratiqué les rites de la recommandation de lame et dea onctions sur le malade, quoique ce fut seulement le concile de Trente qui tixa. i« caraci-ère tacramtntel dt ces cérémouies au XVI® sièc.e.

l'aile de la mort. 125

>» 0 mon bien-aimé frère, ignore à jamais l'iiorreur des ténèbres, le sifflement des flammes, l'aiguillon des tortures ! Que Satan, l'ange terrible et ses légions, s'enfuie et tremble à la vue des anges, tes gardiens, et qu'il se cache, loin de toi, dans l'immanent chaos de l'éternelle nuit! »

Et, d'une voix pleine d'une autorité qui faisait contraste avec le ton déprécatoire et touchant des précédentes paroles, l'évêque s'écria :

« Que Dieu se lève et que ses ennemis soient confondus, qu ils fuient loin de sa face, ceux qui nourrissent de la haine contre lui! qu'ils s'évanouissent en fumée! De même que la cire coule à la face du feu, que les pécheurs périssent devant Dieu! Mais que les justes festoient et se réjouissent en présence du Seigneur!

y> Ainsi donc, qu'ils soient confondus et rougissent de honte les escadrons du Tartare, et que les légions de Satan se gardent d'oser te barrer la route!

>» Car tu es l'afiranchi du Christ qui est mort pour toi!

y> Qu'il te délivre donc de la mort éternelle, le Christ qui a daigné mourir pour toi! Que le Christ, Fils du Dieu vivant, t'établisse dans les verdoyantes délices de son paradis et que le véritable pasteur te reconnaisse de ses brebis.

» Qu'il t'absolve de tes péchés et te constitue un héritage parmi les élus de sa droite.

» Puisses-tu voii" ton Rédempteur face à face, toujours présent et toujours puissant dans la vision la plus parfaite des yeux bienheureux. Et qu'ainsi enrôlé dans la milice triomphante, tu t'abreuves à la coupe délicieuse des contemplations divines pendant toutes les éternités des cycles ! A men ! «

Puis, sur un ton suppliant, l'évêque poursuivit :

« Sauve ton serviteur, Seigneur, dans ta miséricorde! Délivre, délivre, délivre son âme de tous les dangers! Nous te la recommandons; nous te supplions. Sauveur du monde. Seigneur Jésus-Christ, de ne pas la renier, toi qui es mort

pour elle! Reconnais-la, Seigneur, c'est bien ta créature, car elle n a pas été formée par des dieux étrangers, mais bien par toi, seul Dieu véritable et vivant.

« Car, en dehors de toi, il n y a pas de Dieu, et rien n est selon tes œuvres.

^ Réjouis cette âme, Seigneur, par ton regard; oublie ses vieux péchés, les ivresses inconscientes, que l'esprit du mal a fomentées en elle. Eut-elle péché, elle n a pas renié le Père, le Fils, et TEsprit-Saint ; elle a cru, elle a aimé et adoré, au fond de son cœur, le Dieu qui a fait tout!... «

En ce moment, le premier roi catholique d'Espagne poussa un soupir profond et rendit l'esprit.

^ Seigneur, s'écria l'évêque prosterné, ayez pitié de nous! Christ, ayez pitié de nous! Seigneur, ayez pitié de nous!

" Père céleste, que ton nom soit sanctifié, que ton règne advienne, que ta volonté se fasse au ciel et sur la terre; donne-nous notre pain essentiel, remets-nous nos péchés comme nous pardonnons à ceux qui nous ont oflensés, ne nous laisse pas succomber à la tentation, mais sauve-nous du mal.

» Seigneur, ouvre-lui ton éternel repos, éclaire-le de ton éternelle lumière ; arrache son âme au seuil de l'enfer et qu'il repose en paix. Amen. Souviens toi d'exaucer ma prière et ne sois pas sourd à mes supplications. »

Et, se tournant vers les assistants, le vieux pasteur leur dit :

— Que le Seigneur soit avec vous, mes frères,

— Et avec ton esprit, répondirent-ils.

— Mes frères, dit-il en terminant, nous recommandons tous au Seigneur l'âme de son serviteur Récarède, roi, afin que, sorti de ce siècle, il vive en lui; que les fautes de sa fragilité lui soient remises et que tout pardon lui soit accordé par la miséricordieuse pitié du Christ notre Seigneur.

Quelque temps après, l'évêque lui-même allait s'abreuver

Page 1