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LA FOI ESPAGNOLE

n'y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes, par lequel nous puissions être sauvés.^ »

Ainsi le pape Honorius avait, de son côté, fait inscrire sur le portique de Saint-Pierre de Rome au sujet du Christ- Jésus :

Plenus homo in terris et verus nascitur idem Virginis ex tUero totus ubique Deit9,

« Entièrement et véritablement homme sur la terre, il est né de la Vierge Marie et il est le seul et universel Dieu.^ »

(1 Labbe, Conciles de Tolède^ vi, t. v.

(2j Nous avons déjà cité cette lacriptioa tout au long dans ua précédent vola mo en parlant du pape Honorius et de rornementatioa le la basilique de Saint-Pierre par ce pape. îilie comportait irente-huit vers latins.

Vî

LE FILS DU CHAMEUER. — CX)NCLUSION.

La Providence avait placé le tombeau du grand évêque catholique Isidore en face du berceau d'un prophète néfaste à la foi chrétienne, et qui allait s'appeler Mahomet.

Mohammed, le glorifié, était né en 570, à Becca,^ ville de la mer rouge, centre religieux et politique, déjà important, groupé autour de la Kaaba, temple dans lequel on conservait religieusement une pierre noire que les arabes disaient être tombée du ciel avec Adam et rapportée a Abraham par Tange Gabriel au moment où Je patriarche bâtissait en ce lieu un temple à Jehovah.

Abdallah, son père, chamelier de son état, était mort depuis longtemps lorsqu Amina, sa mère, mit au jour sou^ sa tente, le fruit posthume de son court mariage.

Abandonné aux soins de sa nourrice Halima, il vécut dans sa demeure, à Saëd, jusqu'à l'âge de sept ans.

Plus tard, la légende, par les soins de ses fidèles, entoura son berceau d'un feu roulant de prodiges.

Tout bon musulman croit qu'à sa naissance, le palais

(1) La Mecque.

royal de Stesiphon croula sur sa base et eut quatorze de ses tours renversées.

Amina déclara à son beau-père Abdal-Motalleb, qu'une céleste lumière avait éclaté sur Tenfant et que les anges étaient venu l'adorer à son berceau.

La nourrice Halima, montée sur un âne et portant le nourisson dans ses bras, avait rencontré en retournant à Saëd quarante moines chrétiens. L'abbé, en désignant l'enfant, leur aurait dit :

— Voilà celui dont l'avènement nous était annoncé et nous sera fatal.

Les moines alors tirèrent leurs épées du fourreau et ils allaient tuer le futur prophète, lorsque le feu du ciel tomba sur eux et les dévora.

Ces récits étaient calqués analogiquement sur ceux des prodiges de Bethléem, de l'apparition des anges aux pasteurs, de la persécution d'Hérode et de la fuite en Egypte.

D'autres prodiges ne manquèrent pas au nouveau prophète.

Ainsi, la terre se couvrait de fleurs sous les pas du fils d' Amina; les arbres stériles produisaient spontanément des fruits en sa présence.

L'enfant était épileptique et l'âge ne le guérit pas. Les arabes virent là un signe de prédestination et la preuve de ses communications divines. C'était la « fureur sacrée. »»

A sept ans, Mohammed gardait sur la montagne les brebis de sa nourrice, lorsqu'il fut pris d'un accès convulsif qui fit accourir près de lui ses compagnons, sa nourrice et d'autres femmes de Saëd.

Revenu à lui, l'enfant raconta qu'il avait vu deux anges, vêtus de blanc, d'une immense taille, rayonnants de gloire, qui, après avoir fendu sa poitrine avec leur épée étincelante, lui avaient enlevé le cœur pour le laver et le purifier, puis le lui

avaient remis en place après l'avoir scellé d'un sceau mystérieux.*

Pendant toute son enfance. Mohammed fut pasteur. Lorsque sa nourrice le rendit à sa famille, sa mère venait de mourir, ce fut Abdal-Motalleb, son grand-père paternel, qui le recueillit dans sa demeure.

La légende raconte que lenfant ayant été pris d'un mal d'yeux, fut conduit par son grand-père chez un moine chrétien et médecin, et qu'au moment où celui-ci levait le voile qui couvrait les yeux de Tenfant, la cellule fut ébranlée par un tremblement de terre, tandis que le religieux prédisait à Abdal-Motalleb les glorieuses destinées de son petit-fils.

Bientôt, le grand-père étant mort, le prince Mohammed reçut pour sa part d'héritage cinq chameaux et une esclave éthiopienne. Jusqu'à vingt-cinq ans, le futur prophète de l'Islam s'occupa de trafic et s'aguerrit aux fatigues des caravanes.

Peu de temps après, la fortune le favorisait et il épousait une riche Syrienne, veuve, nommée Khadidja à qui un esclave avait raconté que les anges protégeaient Mohammed avec leurs ailes contre les ardeurs du soleil.

Un événement insignifiant par lui-même devait le désigner à l'attention et au respect de ses compatrioLes,

Gomme on reconstruisait la Kaaba, lorsqu'il fallut y replacer la « pierre noire, » les quatre tribus se disputaient l'honneur de la porter et une sanglante bataille était imminente lorsque les vieillards proposèrent de prendre Mohammed pour arbitre.

Le prophète étendit à terre un tapis de soie, y posa la relique et ordonna que le plus illustre dans chacune des quatre tribus en prit chacun un coin pour porter la pierre au

(1) C eH là un des dogmes de foi des musulmans.

lieu de sa destination et, arrivé là, Mohammed Tayant prise, la plaça lui-même et seul dans son encadrement.

Il fut acclamé comme un nouveau Salomon.

Il se lit alors expliquer par des rabbins l'ancien Testament et s'instruisit des Evangiles auprès du moine Bahira.

Il fut frappé, comme les juifs, de cette idée que le Messie annoncé par les prophètes devait être un prince temporel et, dans cent versets divers des livres hébreux, il trouva son avènement désigné. N'était-ii pas de la race d'Abraham et d'une race sœur des juifs, la race dismaël? Le mot grec Paraclet qui désigne le Saint-Esprit se traduisant en arabe par le mot Ahmed, Mohammed se déclara le Paraclet et il attendit l'heure où, nouveau Moïse, il allait entendre la voix du Seigneur se lever de Seïr pour lui parler aussi.

A quarante ans de son âge, pendant une des nuits du ramadan, comme il était endormi dans la grotte de la montagne de Hira, près de La Mecque, sur laquelle il avait coutume de passer ce mois de jeûne dans la solitude et la retraite, il crut que son espérance se réalisait.

« Je dormais profondément, dit-il, lorsqu'un ange m'apparut tenant une étoHe pleine de lettres d'écriture, et me dit : Lis.

« — Que lirai-je? lui dis-je.

j» Mais il m'enveloppa de cette étoffe et me dit de nouveau:

.—Lis!

" — Que lirai-je?

r^ — Lis au nom du Dieu qui a créé toutes choses ; qui a formé l'homme de sang coagulé; lis parle nom de ton Seigneur qui est miséricordieux. C'est lui qui a enseigné l'Ecriture. Il a éclairé l'ignorance de l'homme.

» Je prononçai ces paroles à mesure qu'elles sortaient de la bouche de l'ange, et il disparut. Je m'éveillai alors et sortis de la grotte pour descendre de la montagne. Alors une voix parla au-dessus de ma tête, disant :

» — Je suis Gabriel; Mohammed, tu es l'envoyé de Dieu.

» Je levai les yeux et vis l'ange et le regardai fixement jusqu'à ce qu'il disparut. »

Khadidja redit ce récit au docteur arabe Waraka qui, nouveau Siméon, célébra la gloire future du prophète de l'Islam et mourut quelques jours après.

Cependant, lui aussi eut ses tentations, car toute vision cessa soudain pour lui et, dans son désespoir il songea au suicide, mais une force invisible le retenait et les visions revinrent, l'ange Gabriel le salua de nouveau du titre d'envoyé de Dieu, les arbres s'inclinaient sur son passage et les pierres disaient :

— Paix sur toi, envoyé d'Allah !

Enfii: :: composa le Koran ou recueil des décrets immuables et raconta qu'il s'était entretenu dans un voyage céleste avec Abraham, Moïse et Jésus-Christ, avait vu les légions des anges, les patriarches et les prophètes le saluer apôtre de Dieu et qu'il avait vu écrites sur le trône de la divine majesté ces paroles étincelantes : « Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète.^ »

Il déclara une guerre à mort à l'idolâtrie, comme l'avait fait jadis Moïse, et grava aans le cœur de son peuple en caractères de feu le dogme du fatalisme qui devait détruire toutes les barrières à ses conquêtes et rendre sa foi impla-

(1) Il ne faut pas oublier que le but de Mahomet était de détruire l'idolâtrie chez les Ismaélites et d'établir le dogme de l'unité de Dieu. De là à créer de toutes pièces une rôvéiation conforme au génie du peuple qu'il voulait laire évoluer, il n'y avait qu'un pas et c'est ce que ût Mahomet. Si ces peuples eussent été conquis à ia toi chrôtieane, Mahomet n eut. pas eu heu de se produire dans le monde et d'y créer une religion nouvelle. Si nous nous plaçons à un point de vue purement indépendant, c est-A-dire au seul point de vue de l'évolution d'une race attardée, appelée comme l'histoire l'a prouvé, aux plus illustres destins et à une belle civilisation, à côté de l'imposture du prophète, en face de la divinité de Jésus-Christ, nous ne pouvons reluser a Mahomet d'avoir été un homme vraiment extraordinaire dans son cercle d'action puromeut et exclusivement humain.

cable comme un torrent dans la pro messe certaine d' un bonh eur éternel et sensible, magnifique récompense des vrais croyants.

Cependant, en établissant aussi énergiquementce nouveau cycle de vie sociale, Mahomet y avait introduit du même coup le germe de la mort future ; le dogme de la fatalité qui devait appeler la victoire sur son peuple pendant longtemps devait verser à la fin sur lui le poison de Tinertie et du sensualisme fatal et Tendormir dans une mort anticipée sur ce vaste lit de l'Asie à qu-i Dieu réservait ce châtiment de son antique et mourante frivolité.

Hélas! les peuples chrétiens comme l'Espagne ne devaient pas comprendre que la formidable puissance qui s'élevait dans le monde en face de la civilisation chrétienne, allait piétiner des moissons dans ces champs dont les agriculteurs s'endormaient au bruit des révolutions intestines qui déchiraient les empires,

Mahomet avait une double mission, celle de réveiller un peuple, le sien, endormi dans l'idolâtrie, et celle de rappeler aux peuples chrétiens, que le christianisme n'est pas un vain, mot, mais la révélation divine d'une société parfaite qui doit agir sans cesse et faire sur la terre mouvante l'apprentissage du ciel immuable.

Et Dieu prendra toujours soin jusqu'à la fin du monde de faire surgir des antechrists pour rappeler à l'Eglise, jusque dans les plus formidables catastrophes, les caractères les plus intimes de l'inébranlable magistrature du Christ unique et souverain.

Et c'était là l'horizon noir, sur lequel gémissait par avance le grand Isidore, l'illustre évoque de la jeune Espagne catholique.

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