‹ Le retour continuel a DieuChapitre 115 sur 146 · LA PRUDENCE CHARNELLE CONTRAIRE A L'ESPRIT DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LA PRUDENCE CHARNELLE CONTRAIRE A L'ESPRIT DE LA CROIX

L'esprit de la chair est en nous le fruit de notre ignorance et des autres blessures que nous a causées le péché originel. Cet esprit nous porte à renverser le dessein du Rédempteur crucitié, pour lui substituer celui de l'homme. C'est cet esprit tout humain qui, dans l'exercice du zèle, nous fait douter des moyens contraires à la nature et nous jette sur ceux qui lui sont conformes.

Avec cette prudence charnelle, la vraie amitié de Jésus- Christ est impossible. L'esprit de la chair tue l'apostolat, l'esprit de la croix le fécpnde.

Il faut que mon âme s'inspecte elle-même à l'aide des questions suivantes :

I. Totale opposition à la folie de la croix. — Opposition à la pauvreté : refus de ce qu'elle a de pénible, de ce qu'elle a d'humiliant ; persuasion mensongère que la condition de pauvre nuit à l'œuvre de Jésus-Christ. Opposition à la souffrance tant physique que morale : obstination à ne pas vouloir comprendre que cette souffrance est un bien et le plus grand de tous dans l'ordre du salut des âmes. Opposition à tout ce qui humilie : Persuasion que tout est perdu quand vient l'humiliation ; que tout

esl gagné quand les hommes nous relèvent un peu.

II. Mélange de prudence charnelle et d'esprit de la croix. — On connaît le mystère de la croix, on le goûte même, mais pas assez pour qu'en pratique l'âme prenne toujours et complètement le parti du crucifix. On croit qu'il faut être pauvre et on accepte cette obligation ; maison cherche en même temps les commodités, et, si elles font défaut, on se trouble. On connaît le prix de la souffrance, on essaye d'endurer la douleur ; mais en même temps on s'agite outre mesure pour s'en délivrer ; ou bien on ne l'offre pas assez. à Jésus-Christ Rédempteur. Enfin, on n'ignore point que l'humiliation est toujours profitable, on se résigne à l'accepter quand elle s'impose ; mais en même temps on s'efforce de l'atténuer.

III. Prudence et esprit de la croix, mais pas encore amour de la croix. — On se sert de la pauvreté, de la souffrance, de l'humiliation. On le fait avec vertu et résignation ; mais, n'ayant pas encore pour la croix un amour positif et vigoureux, on n'en use que dans la limite nécessaire.

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