LE GRAND DON DE LA PERSÉVÉRANCE
Lorsque, grâce à la sainte Vierge, la miséricorde de Dieu et de Notre-Seigneur s'opiniâtrent sur un homme; lorsque cet homme, par un effet de celte miséricorde, est fidèle à prier contre la grande tentation de la défectibilité et dans
Wl LE BETOUR CONTINUEL A DIEU.
les grandes tentations qui bouleversent l'âme, alors plane sur lui un don mystérieux qu'on appelle le grand don de la persévérance.
Prise dans son sens strict, la persévérance est un ensemble de grâces, en vertu desquelles, à partir d'un certain moment où l'homme est en état de grâce, il ne pèche plus mortellement jusqu'au moment de sa mort inclusivement. Cette faveur est un pur don, parce que sans la grâce, et sans une grâce imméritée, la créature humaine ne peut absolument pas se soutenir ainsi jusqu'à la mort dans Tamilié de Dieu.
Prise dans un sens tout à fait large et considérée dans sa perfection, la persévérance est un ensemble de grâces en vertu desquelles, pendant toute la vie ou une bonne partie de la vie, l'homme a la faveur, non seulement d'éviter tout péché mortel, mais encore de se délivrer petit à petit du péché véniel, et d'avancer jusqu'à la mort dans l'amour de son Dieu. Qui pourrait douter que cette faveur ne soit absolument gratuite et un pur don de la divine miséricorde?
On peut aussi, quoique dans un sens moins strictement théologique, appeler don de la persévérance cet ensemble de grâces en vertu desquelles l'homme durant sa vie entière, passe du péché à la pénitence, chaque fois qu'il lui arrive de tomber, et va ainsi se relevant sans cesse jusqu'à ce qu'il arrive un moment où, une dernière fois converti, il persévère dans l'état de grâce jusqu'à la mort. Plus encore peut-être à ce point de vue qu'aux deux précédents, cette faveur est un pur don et un grand don, vu qu'elle suppose bien des pardons.
Dans les trois cas, la persévérance, en tant qu'elle vient de Dieu, est un enchaînement de secours choisis, et choisis de telle sorte qu'ils aboutissent à l'éternelle félicité. Cette chaîne de grâces, embrassant toute une vie, et contribuant toutes au salut éternel, suppose une si grande profusion de bénédictions célestes tant intérieures qu'extérieures, qu'en
vérité jamais une créature humaine courue dans I»; péché ne pourra arriver à mériter pareille protection, à moins que Dieu ne l'ait promis comme récompense rigoureuse de telle ou telle bonne œuvre. Or, cette promesse, il ne l'a faite à personne. Bien au contraire, il déclare qu'il se réserve à lui seul, et à sa seule miséricorde, cette faveur unique.
Mais en même temps qu'il tient à ce que personne ne se l'adjuge comme mérite, il proclame bien haut que tout homme l'obtient par la prière, pourvu que cette prière soit aussi persévérante que le don lui-même. Donc, en définitive, l'avenir éternel dépend de cette question : l'homme demandera-t-il la persévérance, ou ne la demandera-t-il pas? Et s'il la demande, sera-ce dans les conditions voulues? C'est dans ce sens que saint Alphonse a dit: Quiconque prie se sauve et quiconque ne prie pas se damne.
Mais quelles sont ces conditions voulues? Avant tout, la prière pour la persévérance doit renfermer une demande absolue contre le péché passé et présent et contre les tentations futures. Car si une àme se prévalait d'un don de persévérance à obtenir plus tard, pour se tranquilliser présentement dans le mal ou dans le danger, par le fait même sa religion serait vaine. A cette demande dirigée contre le mal, il en faut ajouter une pour le bien, en conjurant le Seigneur de ne plus permettre qu'on se sépare de lui. Si l'àme, à cause de sa fragilité connue, prévoit qu'elle retombera dans le péché, et c'est le cas pour tout homme au moins quant au péché véniel, qu'elle demande, à côté d'une amitié désormais plus fidèle, une pénitence toujours prompte et parfaite.
En résumé, demander la persévérance, c'est prier comme on le fait quand on récite bien le Pater et Y Ave. Le Pater, parce qu'il renferme la demande expresse et complète de cette inappréciable faveur; Y Ave, parce que ce don. après avoir été imploré de Dieu et de Jésus-Christ son Fils, doit aussi être demandé à la sainte Vierge.
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Mais qui aura le bonheur de dire toute sa vie le Pater et Y Ave aussi bien et aussi souvent qu'il le faut? Celui qui, répétons-le, portant la défiance de lui-même jusqu'à la crainte de ne savoir pas même demander, sollicitera sans cesse la grâce des grâces : celle d'observer toujours la grande loi de la complète et parfaite prière.