CHAPITRE VII
§ I. — Ce qu'est le continuel retour à la charité obéissante.
Il est nécessaire que je voie bien la liaison entre ce chapitre et les deux précédents.
Je dois aimer Dieu, mon àme Fa compris; l'aimer toujours et partout, par conséquent renouveler sans cesse dans mon cœur le dévouement à Dieu pour Dieu. C'est ce à quoi j'arriverai par le perpétuel retour à la divine charité.
Pour l'amour de Dieu, je dois me dévouer au prochain et vivre uni à mes frères. J'y parviendrai par le perpétuel retour à la charité zélée.
Mais celte charité zélée, comment et dans quelles conditions l'exercer? Selon la volonté de Dieu et non pas selon la volonté propre. De là mon continuel retour à la charité obéissante.
Ce sixième retour au bien est, comme le précédent, tout à la fois intérieur et extérieur. Mais l'essentiel est qu'il soit réduit en acte, et se traduise dans la conduite journalière.
Ainsi conçu il échappe, lui aussi, à cette complication dont nous avons déjà beaucoup parlé, et qu'il faut éviter à tout prix.
Bien de plus simple en effet que la pratique de la cha-
rite, telle que nous l'avons expliquée jusqu'ici. On entretient constamment dans le cœur l'amour et la bonne intention; sous l'empire de ces deux sentiments, on se livre aux devoirs de la vocation ; ces devoirs, on se les fixe et on les remplit selon la volonté de Dieu : voilà, si j'ose ainsi parler, tout le mécanisme de la vie charitable.
Mais pourquoi cette troisième clause : selon la volonté de Dieu? Et pourquoi, en vertu de cette clause, ce mot mystérieux : charité obéissante ? Double question bien intéressante pour moi.
D'abord pourquoi ces mots : selon la volonté de Dieu ? Ah ! c'est que Notre-Seigneur a ainsi parlé : Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur! qui entreront dans le royaume des deux; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux deux, celui-là entrera dans le royaume des cieuxK . Et ailleurs : Si quelqu'un a mes commandements, et s'il les garde, c'est celui-là qui m'aime2.
Quand on aime quelqu'un, on désire lui faire plaisir. Or, Dieu ne trouve de plaisir que dans l'accomplissement de sa volonté, laquelle est toujours toute droite, toute bonne, toute parfaite. Par conséquent, si je prétends aimer Dieu, je dois, m'attacher à son bon vouloir.
Ce serait une singulière manière d'aimer que de dire à Dieu : Seigneur, je veux vous plaire; or, pour vous plaire je veux faire ce qui me plaît à moi, c'est-à-dire mon caprice, et non pas ce qui vous plaît à vous, c'est-àdire votre volonté.
Donc, si je veux aimer Dieu véritablement, je dois lui dire comme il me l'a commandé lui-même : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel!
1. Non oiiniis qui dicit mihi : Domine, Domine ! intrabit in regnum cœlorum; sed qui facit voluntatern Patris niei qui in cœlis est, ipse intrabit in regnum cœlorum (Malth. vu, 21).
2. Qui habet mandata mea, et serval ea, ille est qui diligit me (Joan. xiv, 21).
Telle est l'explication de cette première parole : selon la colonie de Dieu.
Voici l'explication de la seconde : charité obéissante.
Cette volonté de Dieu, matière et objet de l'amour divin, où se trouve-t-elle? Dans l'obéissance.
Dans l'obéissance, parce que Dieu a réglé que, quelles que soient ses volontés adorables, nous les recevrons par cette voie; afin qu'ainsi toute créature soit obligée de se soumettre et sûre aussi de ce que le ciel demande d'elle, la déclaration lui en étant faite par des organes visibles et sensibles.
Dans V obéissance, parce que tout ce qui nous vient par ce canal est réellement voulu du souverain Maître, et rien de ce qui nous vient d'ailleurs n'a le cachet de la volonté divine.
Obéissance donc ! Mais à qui? A nos Règles, à nos supérieurs, à la Providence.
A nos Règles d'abord. Dans sa Règle le religieux trouve tout.
La Règle est pour nous le commentaire et l'application de V Evangile. L'Évangile nous dit de nous mortifier; la Règle nous dit comment et dans quelle mesure. L'Évangile nous commande d'imiter Jésus-Christ; la Règle nous montre en quoi et comment. L'Évangile nous enseigne les vertus chrétiennes; la Règle nous indique la manière de les pratiquer.
Nos Règles sont le code de l'amour de Dieu. Là nous voyons ce qui est agréable au Seigneur. Tout religieux occupé à observer sa Règle peut se dire : En ce moment je fais, j'en suis sûr, ce qui plaît le plus à mon Dieu.
Nos Règles sont le secret de notre perfection. On n'est parfait ici-bas qu'autant que l'on est conformée la volonté de Dieu ; et cette conformité n'est jamais plus entière que lorsqu'on ramène tout à l'observance.
Nos Règles sont la garantie du bon ordre en toutes choses. En religion, là où les Règles sont observées, tout se fait bien, selon la sagesse et selon Dieu.
Nos Règles sont le vrai moyen de servir le prochain. Si nous les gardions toutes et toujours parfaitement, le bonheur temporel et le bonheur éternel seraient assurés aux âmes dont nous nous occupons.
Nos Règles sont le gage du salut éternel. Un religieux fidèle à l'observance régulière dans toutes ses parties, est un prédestiné.
Obéissance donc, obéissance à nos Règles, puisque Règle et volonté de Dieu sont une seule et même chose.
Mais nous avons ajouté : Obéissance aux supérieurs.
La Règle dit tout et ne dit pas tout. Elle dit, par exemple, ce que Dieu veut que nous fassions si nous sommes portier ou cuisinier. Mais elle ne nous dit pas si nous devons être cuisinier ou portier.
Pardon : elle nous le dit, mais indirectement; Obéissez, déclare-t-elle, à vos supérieurs comme à moi ; car ce qu'ils veulent, je le veux, et Dieu le veut également.
Les supérieurs ont leur loi comme les inférieurs. Ils sont, autant et plus que les autres, soumis à la Règle ; et c'est en conformité avec elle qu'ils doivent exercer leur autorité. Aussi ne serait-on pas obligé de leur obéir, si jamais ils venaient à prescrire le péché.
Aussi longtemps que les commandements de leurs supérieurs ne sont pas évidemment coupables, les sujets doivent se soumettre, et sont sûrs, en se soumettant, de faire la volonté de Dieu.
Et ils sont sûrs de ne la pas faire, aussitôt qu'ils sortent de la voie tracée par ceux qui les gouvernent.
Enfin nous avons dit : Obéissance à la Providence.
C'est que ni la Règle ni les supérieurs ne suffisent pour nous montrer toute la volonté de Dieu.
La Règle me dit ce que j'aurai à faire quand je serai chargé du soin des malades. Mais dois-je l'être ou ne l'être pas? Là-dessus elle se tait.
Les supérieurs surviennent et me chargent de l'infirmerie. Mais les malades seront-ils nombreux, et moi-
même serai-je valide ou languissant? Là-dessus, silence. Ce dernier mot, c'est la Providence, et elle seule, qui me le dit en tout temps et en tout lieu.
Elle me le dit, soit par le moyen de ce qu'elle fait, soit parle moyen de ce qu'elle permet. De ce qu'elle fait, quand, par exemple, elle provoque un surcroît d'occupations qui ajoute à mes peines ; de ce qu'elle permet, quand par exemple elle laisse à quelqu'un la liberté et la facilité de me causer de la peine.
Mais dans tous les cas, cette Providence est toujours la Providence, organe divin des divines volontés.
Telle est donc ma position. Si je suis créature humaine, si je suis baptisé, si je suis religieux, c'est pour aimer Dieu.
Si je veux aimer Dieu, je dois accomplir sa volonté avec l'intention de lui plaire.
. Si je prétends faire la volonté de Dieu, je dois obéir. Le religieux qui raisonne ainsi dans son cœur, et qui conforme sa conduite à cette sainte loi, mérite un nom bien beau et bien doux : celui de serviteur de Dieu.
Serviteur, tout religieux doit l'être. Il est consacré pour servir le prochain, pour servir les pécheurs, pour «servir sa Congrégation, pour servir sa maison, pour servir Dieu surtout et Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Seulement ce service doit être un service d'amour, et cet amour de serviteur fidèle doit consister, répétons-le,' à obéir; à obéir pour faire la volonté de Dieu, à faire la volonté de Dieu pour Dieu, et enfin à s'attacher à cette volonté toute seule et tout entière.
Toute seule, de telle sorte que, dans les clroses agréables, on se détache de ce qui plaît pour ne s'attacher qu'à la divine volonté cachée au fond de ce plaisir.
Tout entière, de telle sorte que, dans les choses désagréables, on accepte tout le désagrément, à cause de la volonté sainte qui s'y trouve renfermée.
Tel est en somme le grand objet de ce que nous avons
appelé aujourd'hui le perpétuel retour à la charité obéissante.
C'est la perpétuelle conversion du généreux serviteur du Christ, qui retourne sans cesse, avec amour et par amour, là où il sait que se trouvent la volonté et le bon plaisir du Maître.
§ II. — Pourquoi le continuel retour à la charité obéissante.
Nous ferons à cette question une triple réponse.
D'abord, l'àme humaine, même et surtout quand elle s'est attachée au bien, revient sans cesse à la volonté propre.
Ensuite, lorsque nous prétendons nous attacher à la volonté de Dieu, il nous répugne encore d'obéir.
Enfin, la pratique de la charité obéissante est le paradis sur terre.
Premièrement, l'àme humaine, même et surtout quand elle s'est attachée au bien, revient sans cesse à la volonté propre.
On entend ici par volonté propre le choix que nous faisons du bien^ou des biens qui nous plaisent. Le choix d'un mal, par exemple d'un péché, s'appelle ou orgueil, ou sensualité, ou autrement encore. Mais le choix obstiné d'un bien s'appelle volonté propre.
Or, chez les braves gens, par conséquent chez les personnes consacrées à Dieu, la volonté propre est ordinairement très vivace, très tenace.
C'est que, par nature, nous tenons au bien plus encore qu'au mal. Faire le bien, faire le bien de notre goût, faire beaucoup de bien, réussir dans le bien, tout cela nous attire et nous passionne, parce que dans le bien se trouvent, pour notre nature, une satisfaction et une gloire.
De là naît la volonté propre, laquelle pourrait se définir : une attache de l'àme aux biens de son choix.
Dans cette volonté propre se trouve cachée une suprême injustice, je veux dire l'oubli et le mépris de la volonté de Dieu.
La volonté propre tient ce langage tacite : Mon Dieu, je consulte mon goût et pas le vôtre; par conséquent, en tant que je suis ma volonté, ce n'est pas vous que je cherche, c'est moi.
Qui ne voit que notre nature étant ainsi constituée, il faut que nous fassions effort afin de nous retourner sans cesse vers la volonté de Dieu pour Dieu, en d'autres termes vers la charité obéissante.
Deuxièmement, lorsque nous prétendons nous attacher à la volonté de Dieu, il nous répugne encore d'obéir.
Obéir est un assujettissement, et l'assujettissement nous pèse : Je suis chargé d'un emploi. Dieu le veut, soit ! mais au moins qu'on m'y laisse en repos!
Obéir est une humiliation, et l'humiliation nous révolte : Je désire de tout mon cœur faire telle besogne, parce que Dieu la veut ; mais que telle ou telle autorité ne vienne pas me commander à chaque instant!
Obéir est la barrière de la volonté propre : Soi-disant pour faire la volonté de Dieu je pourrais souvent ne chercher que la mienne. L'obéissance est là qui s'y oppose, et cela me fatigue.
Enfin, pour une raison ou pour une autre, je n'aime pas obéir.
De là, encore une fois, la nécessité du perpétuel retour à la charité obéissante.
Troisièmement, la pratique de la charité obéissante est le paradis sur terre.
Quiconque s'est attaché une bonne fois à la volonté de de Dieu pour Dieu a trouvé par le fait même la paix, puisqu'il a toujours tout ce qu'il veut, ne voulant que ce que Dieu veut lui-même !
Il a trouvé l'amour, puisque le fait de vouloir le bon plaisir de Dieu pour Dieu est l'essence même de la charité.
LE CONTINUEL RETOUR A LA CHARITÉ OBÉISSANTE. 2 il
11 a trouvé le mérite, puisque tout ce qu'il fait est inspiré et réglé par l'amour divin.
Il a trouvé les vertus, puisque la volonté de Dieu les commande, chaque fois que les circonstances l'exigent.
Quand un religieux aie bon esprit de chercher tout d'abord cette volonté de Dieu dans la Règle, il est sûr de ne passe tromper, sûr de toujours trouver parmi les volontés de Dieu celles qui lui sont le plus chères, sûr de toujours être utile au prochain autant qu'à lui-même, sûr de ne pas faire un pas hors du bon ordre, sûr de cheminer dans la véritable voie jusqu'à la mort, sûr enfin de la bienheureuse éternité, autant qu'on peut l'être ici-bas.
Lorsqu'en conformité avec la Règle elle-même, on voit aussi la volonté de Dieu dans celle des supérieurs, les avantages delà régularité sont doublés ; car le supérieur devient la Règle vivante qui, à chaque instant, ajoute, aux prescriptions de la Règle écrite, des indications de circonstance qui rendent la vie doublement sûre et doublement méritoire.
Si enfin on va jusqu'à la Providence, pour toujours voir en elle les derniers signes de cette volonté divine, oh ! alors c'est le comble. C'est le comble de la sagesse dans la vie. Car, déjà dirigé par les Règles et par les supérieurs dans la voie du devoir, on l'est de plus dans les plus minces détails par les indications que le ciel envoie directement.
Telles sont les graves raisons pour lesquelles le perpétuel retour de l'âme à la volonté de Dieu et à l'obéissance est une vertu excellente entre toutes.
C'est d'autant plus vrai que, sous le régime de la volonté propre, on ne trouve, en religion surtout, que confusion, misère et péché. Heureux donc, trois fois heureux les Instituts où, comme dans le mien, l'obéissance est encore en vigueur !
§ III. — Comment s'opère le continuel retour à la charité obéissante.
Il faut d'abord se faire sur ce sujet des convictions très fortes ; et parmi ces convictions, mettre au premier rang celle-ci : Dans une Congrégation religieuse, tous les emplois, quels qu'ils soient, contribuent à la fin de l'Institut; par exemple, les sujets employés aux écritures travaillent au bien-être matériel et spirituel de tous, aussi bien que les sujets qui prêchent ou enseignent.
Cette vérité, à jamais consolante, est basée sur le dogme de la communion des saints. En vertu de cette communion mystérieuse, tout ce qui, dans une famille religieuse, se fait selon 1 ordre de l'obéissance est comme jeté par la Providence dans le trésor commun ; et là, tout est employé par Dieu pour le bien général et final de la Congrégation. Ainsi les fatigues d'un cuisinier, les souffrances d'un malade, les travaux d'un prédicateur, tout, en un mot, concourt au bien commun dans une mesure correspondante à l'esprit de charité obéissante avec lequel les choses se font.
Que tout le prix de nos actions dépende de la charité, que la charité cherche la volonté de Dieu, que la volonté de Dieu se trouve dans l'obéissance, que l'obéissance donne aux actions leur valeur pour le temps comme pour l'éternité, c'est ce dont il ne faut jamais douter, si l'on aspire à retourner sans cesse au saint amour de Dieu et de son adorable volonté.
C'est pourquoi il est nécessaire de faire souvent sur ce sujet de bonnes et solides oraisons.
De plus comme le recueillement d'un religieux consiste surtout à offrir à Dieu de fréquents actes d'amour avec des prières, on fera bien de compléter souvent ces actes ordinaires en y ajoutant cette clause : Par conséquent voire
volonté, 6 mon Dieu! Oui, je vous aime, Seigneur, et je veux tout ce que vous voulez!
Ces retours de l'âme à la charité obéissante, il les faul opérer surtout clans les moments où la volonté propre voudrait se raidir, et où le poids de l'obéissance se fait sentir plus péniblement.
Qu'ainsi soutenu par ses salutaires principes intérieurs, le religieux fasse le serviteur : le serviteur laborieux, le serviteur indifférent à toutes les charges, le serviteur fidèle à son emploi, le serviteur de Dieu, le serviteur de Jésus- Christ, le serviteur de la Règle, le serviteur de l'obéissance, le serviteur des âmes, le serviteur par amour; et ainsi il pratiquera excellemment bien son retour perpétuel à la charité soumise ; et il entendra cette douce parole du Christ : Courage, bon et fidèle serviteur, venez et entrez dans la joie de votre Seigneur l.
§ IV. — L'oraison de la charité obéissante.
On se met humblement en présence de Dieu souverain Maître etbon Père, ou deJésus-Christquiaditde lui-même: Ma nourriium est de faire la volonté de celui qui ma envoyé'2.
Puis on se rappelle et on médite avec un grand esprit de foi quelques-unes des vérités suivantes :
Dieu et sa sainte volonté. — Dieu aime sa volonté autant qu'il s'aime lui-même. Il aime sa volonté parce qu'il est le souverain Maître, et que sa volonté adorable est toute bonne, toute sainte, toute juste, toute parfaite. Dieu ne trouve de plaisir que dans sa volonté, parce que hors d'elle, tout est injurieux pour lui et nuisible à sa créature.
1. Ait illi dominus ejus : Euge, serve bone et fidelis, quia super pauca fuïstï fidelis, super multa te constituant ; intra in gaudium doinini lui (MaUh. xxv, 21, 23).
2. Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit nie, ut perficiam opus ejus (Joan. iv, 31).
Dieu aime les hommes qui s'attachent à faire cette volonté adorable, parce que c'est uniquement ainsi qu'ils opèrent le bien.
Dieu aime surtout que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel, c'est-à-dire avec amour, parce que la vue d'une seule âme ainsi appliquée à la volonté de Dieu pour Dieu ravit son cœur de Père. Dieu aime enfin que ceux et celles qui lui sont consacrés identifient la charité avec la volonté divine, de sorte qu'aimer Dieu et faire sa volonté soient une seule et même chose; car lorsque ce divin système est adopté par une âme ou parune famille religieuse, tout est gloire pour le bon Dieu, mérite et paix pour la créature. Dieu veut que ce programme sacré : volonté de Dieu pour Dieu, ne se remplisse que par l'obéissance, dans l'obéissance, selon l'obéissance ; que les volontés célestes soient transmises à l'homme par l'intermédiaire des autorités légitimes, c'est-à-dire des supérieurs et des Règles ; que, par conséquent, la vertu propre d'une âme désireuse de faire la volonté divine sur la terre comme on la fait au ciel, soit la vertu de soumission et d'obéissance.
La conformité à la volonté de Dieu considérée en ellemême. — Voici tout ce que comprend l'adhésion pure et parfaite de la volonté humaine à la volonté de Dieu pour Dieu :
Premièrement, on fait effort pour dire : Seigneur, non pas ma volonté mais la vôtre !
Deuxièmement, on ajoute : Votre volonté, mon Dieu, et elle toute seule! Ce mot : elle toute seule! s'ajoute surtout quand la volonté divine est agréable à la nature. Alors on se détache de l'agrément, pour ne conserver que la substance, c'est-à-dire le bon vouloir divin.
Troisièmement, on ajoute : Votre volonté, Seigneur, et elle tout entière ! Cette parole : elle tout entière ! se dit spécialement quand la volonté de Dieu est pénible à la nature. Alors on s'attache tellement à cette volonté sainte, qu'on accepte s^s amertumes autant qu'on l'accepte elle-même.
Quatrièmement, on dit : Votre volonté toute seule et tout entière, 6 mon Dieu; mais pour vous, pour l'amour de vous et pour vous faire plaisir!
Cinquièmement, on croit fermement que la volonté de Dieu se trouve dans l'obéissance et rien que là. On accepte qu'il en soit ainsi, on le veut, et on se soumet de tout cœur au régime de la sujétion, de la soumission.
Sixièmement enfin, on se tourne contre soi et on fait; encore pour le bon Dieu, Vacte de renoncement à la volonté propre : Votre volonté, Seigneur, et non la mienne ! Votre volonté, Seigneur, mais selon l'obéissance et non pas selon ma tête !
Cette adhésion parfaite à la volonté de Dieu est la pureté et la perfection de l'amour; elle est la consommation de la gloire et du bon plaisir de Dieu en sa créature; elle est la plénitude de la paix et du mérite ; elle est le bon ordre du ciel dans les choses de la terre ; elle est la fécondité de toutes les bonnes œuvres entreprises dans ces conditions.
La volonté de Dieu et de Jésus-Christ Notre-Seigneur. — Jésus-Christ a été envoyé sur sa terre pour y faire la volonté de son Père. Et moi ?...
Jésus-Christ a concentré toute sa vie et toute la nourriture de son âme dans la volonté de son Père. Et moi?...
Jésus-Christ a fait la volonté de son Père avec un amour suprême. Et moi?...
Jésus-Christ n'a accompli que la volonté de son Père toute seule, jusqu'à ne pas vouloir faire un pas hors de la Judée pour prêcher. Et moi ?...
Jésus-Christ a fait la volonté de son Père tout entière, jusqu'à mourir sur la croix. Et moi?...
Jésus-Christ n'a racheté le monde qu'en faisant la volonté de son Père. Et moi ?...
Jésus-Christ, pour suivre la volonté de son Père, a dû faire abnégation des plus légitimes instincts de sa nature humaine. Et moi ?...
Jésus-Christ, pour faire la volonté de son Père, s'est soumis au régime de l'obéissance. Il a obéi à Marie et à Joseph, obéi à toutes les créatures qui devenaient pour lui les organes de la Providence, obéi à son Père céleste surtout, obéi jusqu'à la mort de la croix. Et moi ?...
Jésus-Christ par son obéissance a converti toutes ses occupations en moyens d'opérer la Rédemption : ses humbles travaux de Nazareth, aussi bien que ses prédications, sa Passion et sa mort. Et moi ?. . .
La volonté de Dieu et nos destinées éternelles. — Le perpétuel retour à la volonté de Dieu par l'obéissance est la sûreté de la vie, la sainteté de la mort, la joie du jugement particulier, la diminution du purgatoire, la gloire du jugement général, le préservatif contre l'enfer, et le paradis du paradis.
La sûreté de la vie. L'âme qui se tient dans la volonté de Dieu et dans l'obéissance ne sort pas un instant des voies de la Providence. Là, on a pour soi la protection du ciel, la sûreté par conséquent.
La sainteté de la mort. Une àme qui a vécu assez pure et assez généreuse pour vouloir toujours, et toujours pour Dieu, la volonté de Dieu toute seule et tout entière, telle qu'elle lui a été tracée par l'obéissance, arrive au jour de la mort déjà toute sanctifiée; et de moments en moments, jusqu'au dernier soupir, elle reçoit grâces sur grâces, pour que la mort lui soit absolument douce et sainte.
La joie du jugement particulier . Le religieux obéissant y entend cette agréable parole du Sauveur : Courage ! bon et fidèle serviteur; entre dans la joie du Seigneur.
La diminution du purgatoire. Toujours obéir, faire toujours la volonté de Dieu toute seule et tout entière, cela suppose tant de sacrifices et tant de pureté, qu'entre la mort du religieux et son triomphe en paradis il ne peut y avoir que bien peu de distance.
La gloire du jugement général. C'est surtout à ces âmes généreuses que Jésus-Christ dira : Venez, les bénies de mon
Prn> ' / puisqu'elles n'auront guère fait autre chose que plaire à leur Dieu.
La préservation de l'enfer. Comment une âme toujours unie à la volonté de Dieu pourrait-elle tomber jamais dans ce séjour de la haine et de la peine du dam?
Le paradis du paradis. Parmi les séraphins sera la place de cette âme d'élite, dont toute la vie n'aura été qu'amour et immolation d'elle-même au bon plaisir de Dieu.
Pénétrée de ces fortes pensées, l'âme passe à Vacte de parfaite union à la volonté de Dieu selon l'obéissance:
0 mon Dieu qui voulez que votre volonté soit faite, ù mon Jésus qui nous avez enseigné l'Oraison Dominicale toute remplie de l'amour de la volonté divine, versez en mon âme quelque influence de votre divin Esprit, afin que l'acquiescement à la volonté de Dieu descende parfait et complet jusqu'au fond de mon être !
Que votre volonté soit faite ! Oui, ô mon Dieu, mon âme change de but, et au lieu de dire : Comme je le veux ! elle vous dit de toutes ses forces : Que votre volonté soit faite!
La volonté de Dieu toute seule. En toutes choses voulues de vous mais agréables pour moi, je ne veux, Seigneur, que votre volonté, et je renonce à tout le reste.
La volonté, de Dieu tout entière! Votre volonté a été, est et sera souvent bien amère pour moi. Je la veux telle qu'elle est, et je veux toutes ses amertumes.
Votre volonté, mais pour vous, ô mon Dieu ! Votre volonté parce qu'elle vous plaît; votre volonté parce que je vous aime; votre volonté pour vous parce qu'il vous plaît que je la fasse avec amour !
Votre volonté selon l'obéissance ! O mon Dieu qui avez voulu assujettir votre propre Fils à l'obéissance, je veux obéir à mes Règles, obéir à mes supérieurs, obéira votre Providence, obéir par amour, obéir toujours, trouver dans l'obéissance votre adorable volonté !