‹ Le retour continuel a DieuChapitre 7 sur 146 · La Religieuse sanctifiée, ch. ni · texte numérisé non relu

La Religieuse sanctifiée, ch. ni

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Lettre à Monseigneur Dupanloup.

Puisque Votre Grandeur désire connaître mes humbles pensées sur l'esprit de saint Alphonse et des Rédemptoristes, je lui exposerai avec simplicité ce que je crois, devant Dieu, être la vérité. Ces quelques pages ont été soumises à mon Supérieur Général ; elles méritent donc la confiance qu'inspire naturellement tout écrit approuvé par son juge légitime.

Voici quelques propositions qui me semblent résumer la vie et l'œuvre de notre saint Fondateur.

Son suprême mobile est l'amour de Jésus-Christ. — Son continuel souci est la persévérance. — Son grand moyen est la prière. — Son perpétuel secours est la sainte Vierge. — Son ardente passion est le zèle. — Son Institut a pour but spécial la Rédemption.

Les Rédemptoristes se dévouent à toutes les âmes, mais surtout au peuple et au clergé. — Leur ministère exclusif est celui des missions et des retraites. — Leur devoir est d'être en chaire simples et pratiques; au confessionnal, charitables. — Leur principale fin est la sancti-

KETOUR CONTINUEL A DIEU. 1

fication personnelle. — Leur sanctification personnelle renferme surtout quatre éléments : l'amour de Jésus-Christ et de Marie, l'esprit de sacrifice, le goût de la vie contemplative et la préoccupation de la persévérance. — Leur caractère distinctif est l'humilité et la simplicité. — Les deux bases de l'Institut sont la pauvreté et l'obéissance. Voilà, me semble-t-il, le portrait fidèle de saint Alphonse et le caractère de son œuvre. Avec la permission de Votre Grandeur, je reprendrai une à une chacune de ces'propositions, et au moyen de quelques explications, j'espère donner une idée assez juste et assez complète de notre bien-aimé Père et de sa famille religieuse.

Le suprême mobile de saint Alphonse est l'amour de Jésus-Christ.

Le secret de la vie d'Alphonse doit se chercher dans l'influence de l'amour divin sur tous ses actes intérieurs et extérieurs. Impossible de le bien juger sans revenir continuellement à cette idée fondamentale.

Durant son existence entière, il se montra ardemment passionné pour Jésus-Christ. L'Incarnation, la Rédemption, le saint Sacrement, tels furent les trois traits d'amour qui blessèrent son cœur, et qui, dès sa jeunesse, le rangèrent parmi les grands saints spécialement dévoués à la personne du Fils de Dieu.

Profondément pénétré de l'excellence de la charité, fermement convaincu que cette vertu est pour l'homme le bien des biens et la souveraine perfection, il se voua à la charité au point d'en faire l'âme de ses actions, l'objet de ses prières et la matière de ses prédications. Parcourons ses livres, révélation de son cœur; à chaque ligne

L'ESPRIT HE SAINT ALPHONSE ET DES RÉDEMPTORISTES. .'i

nous rencontrerons ces mots sacrés : Jésus et amour.

Cette charité, il la comprend d'une manière essentiellement pratique. « La perfection de l'homme, répète-t-il souvent, consiste à aimer Dieu; mais la perfection de l'amour consiste à vouloir ce que Dieu veut. » Conformité à la volonté divine, uniformité même avec cette adorable volonté, dans l'action et surtout dans la souffrance, voilà ce qu'est la charité aux yeux de notre Saint.

Résultat de sa passion pour Jésus-Christ, de son enthousiasme pour l'amour, et du sacrifice absolu de sa volonté à la volonté de Dieu, la charité fut le principe immédiat de toute la vie de saint Alphonse. Je m'explique.

Aimant passionnément Notre-Seigneur, il ne se décidait à l'action que lorsqu'il y voyait nettement l'intérêt de ce bon Maître ; estimant profondément la charité, il était fidèle, en agissant, à n'accorder d'influence déterminante qu'à cette vertu des vertus; enfin, identifiant toujours la pratique de l'amour avec l'union à la volonté de Dieu, il était sans cesse poussé, dans les différents événements, à agir ou à souffrir amoureusement.

Cette influence prédominante de l'amour se manifeste en lui tout spécialement dans l'exercice particulier des vertus : il pratiquait l'obéissance, l'humilité, la patience bien plus par un motif de charité que par les motifs intrinsèques de ces vertus.

Il faut en conclure que, chez notre Saint, la multiplicité des vertus et des actes se ramène au principe de l'amour. Qu'a-t-il fait? 11 a aimé. Quelle vertu a-t-il pratiquée? L'amour, toujours l'amour. A-t-il donc négligé les autres vertus? Non; il en a fait l'exercice de l'amour. C'est à cette loi supérieure de la charité qu'il a obéi en écrivant ses nombreux ouvrages. A propos de tout et après avoir traité les sujets les plus particuliers, il termine par des prières qui demandent, non pas les vertus spéciales dont il vient de parler, mais toujours et toujours l'amour, tant il est pénétré de la vérité de cette parole : La charité à elle

seule peut tout ' ; et de cette autre : Aimez et faites ce que vous voulez 2.

Pour me résumer, je crois pouvoir mettre ces paroles dans la bouche du Saint : « J'aime mon Dieu fait homme et devenu sacrement pour moi. J'aime et j'estime son amour comme le plus grand des biens. Cet amour, loin d'être oisif, me fait agir et souffrir selon la volonté divine. En toutes mes œuvres, l'amour m'inspire plus que tout autre motif de vertu. Mille occupations se partagent mon existence, mais je n'accomplis qu'une chose : j'aime Jésus-Christ. Quiconque voudra me faire connaître sans revenir constamment à mon amour pour Jésus-Christ, me défigurera moi et ma vie. Qu'on ne dise pas de moi : Alphonse a quitté le monde par conscience; il s'est fait religieux par zèle; il a accepté l'épiscopat par obéissance ; il y a renoncé par humilité; il a vieilli dans la patience, et il est mort avec résignation ! Cela est vrai et n'est pas vrai. Pour pénétrer les secrets de ma vie, il faut cette clef : J'ai beaucoup aimé Jésus-Christ, et c'est son amour qui m'a poussé à faire et à souffrir tout ce que j'ai fait et souffert durant ma longue et pénible carrière. »

Le continuel souci de saint Alphonse est la persévérance.

Malgré la paix de la charité, l'âme d'Alphonse est travaillée par une constante préoccupation : la persévérance. Cette préoccupation est un des traits caractéristiques de notre Saint. On le constate dans sa vie comme dans ses écrits.

Tous les autres biens, il les renferme dans l'amour. Pour

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