‹ Le retour continuel a DieuChapitre 77 sur 146 · LE CARACTÈRE VERTUEUX DE L'ORAISOX · texte numérisé non relu

LE CARACTÈRE VERTUEUX DE L'ORAISOX

Si les affections ou actes sont marqués au coin de la vertu et de la vertu solide, il est impossible qu'en peu de temps l'on ne soit pas transformé. Or, pour que cette partie de l'oraison soit vraiment et solidement vertueuse, il faut et il suffit qu'on y procède : avec sagesse, en s'habi tuant aux actes indiqués par saint Alphonse, sans en négliger un seul. Ces actes sont : l'humilité, la confiance, la contrition, la reconnaissance, l'amour, la conformité à la volonté de Dieu, et l'offrande, avec leurs annexes ; avec esprit de prière, en ne les produisant jamais sans attirer la grâce qui seule peut nous les rendre possibles, avec une énergie tranquille et forte, en les produisant par la volonté indépendamment

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du sentiment, quand le sentiment ne vient pas ; aocc esprit pratique, en les appliquant autant que faire se peut à des cas actuels et réels; avec modestie et magnanimité, en suppléant par le désir quand l'acte lui-même est au-dessus des forces; mais en se soulevant au-dessus de soi-même pour tâcher d'aller au-delà du niveau actuel de l'âme.

Réunissant toutes ces conditions, les actes sont de vrais actes intérieurs vertueux tels qu'on en doit faire dans la vie chaque fois qu'une difficulté se présente; et l'oraison elle-même devient le laboratoire de la vertu en même temps qu'elle en est la source.

Quant à la troisième partie de l'oraison, qui est la prière, elle sera vertueuse : si on a soin de s'y plonger de plus en plus dans l'humilité et la confiance ; si on s'y élève toujours jusqu'à la demande de l'amour et de la persévérance; si l'on descend ensuite dans le détail du genre actuellement plus nécessaire pour aimer Dieu et pour persévérer; si, enfin, on revient avec une infatigable constance à demander de prier de plus en plus et de mieux en mieux.

La quatrième partie de l'oraison sera vertueuse : si chaque matin on a le courage de revenir sérieusement à la résolution générale telle qu'elle a été arrêtée; si à ce premier acte de courage on ajoute celui d'attaquer sans relâche un vice ou une vertu et de faire correspondre à cette résolution particulière l'examen particulier.

PREMIÈRE ORAISOiN.

LE PÉCUÉ.

La grandeur, l'amour, la paternité et le bienfait rendent sensible à l'offense. La sensibilité de Dieu relativement

aux péchés des hommes est quatre fois infinie, surtout depuis qu'il nous a donné Jésus-Christ. Notre péché "est une révolte qui l'outrage dans sa grandeur, un manque de cœur qui le blesse dans sa bonté, un reniement qui afflige son cœur de Père, une ingratitude qui le tourmente comme bienfaiteur. Dieu est impassible, mais il sent à sa manière. Le péché lui fait donc du mal; un mal consommé s'il est mortel, un mal moindre et cependant infini s'il est véniel.

Ce mal de Dieu s'est révélé sur Jésus-Christ, que le pi:ch>: a humilié, tourmenté, torturé, flagellé et tué, sous les yeux du Père et du Saint-Esprit, lesquels n'ont pas pu ne pas ressentir à leur manière la Passion de l'Homme- Dieu.

Cette même Passion, fruit du péché, a été partagée par notre compatissante Mère Marie.

J'ai donc fait du mal à toute ma divine famille ; du mal à Dieu, au Fils de Dieu, à l'Esprit de Dieu, à la Mère de Dieu, mal incompréhensible, immense, infini.

Le péché retombe sur l'homme pour faire de lui un vrai et complet malheureux : perte de la grâce, perte des mérites, perte de la paix, perte de l'amitié de Dieu, ravage de la terre, horreurs de la mort, horreurs de l'enfer : maux épouvantables à adjoindre au mal de Dieu ! C'est le péché qui a tout fait. Un seul péché véniel contient quelque chose de toutes ces horreurs.

Et moi, suis-je innocent? Est-ce par centaines ou par milliers ou par millions que je dois compter mes péchés?

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