ACTE
L'amour : degré parfait.
La volonté de Dieu pour Dieu esl le sixième des actes que saint Alphonse indique pour l'oraison. 11 le donne comme corollaire de la charité. Il lui attribue différentes formes suivant les différents objets auxquels s'applique la volonté de Dieu. Tantôt c'est la résignation, tantôt c'est la simple conformité. Il lui rattache les actes correspondants produits contre la volonté propre, sous* forme de renoncement, de détachement. Il déclare que l'acte d'amour sans ce corollaire, est un acte suspect; qu'au contraire, aussitôt qu'une âme s'engage dans ce système sacré de la volonté de Dieu pour Dieu elle est absolument clans le vrai de la charité.
L'acte en question a trois degrés correspondant aux trois degrés de l'acte de charité.
Dans le premier on dit à Dieu que, par amour pour lui, on renonce à toute volonté de pécher, que l'on accepte la divine volonté en tout ce qu'elle commande.
Au deuxième degré, on s'attache à la volonté de Dieu dans un certain nombre de choses libres, parmi lesquelles on cherche ce qui est agréable au Seigneur.
Au troisième degré, on se plonge dans la seule volonté de Dieu sans se permettre ni le chou d'aucun bien particulier, ni le refus d'aucun mal hormis le péché; et on s'enchaîne au choix de ce qui est le plus agréable à Dieu.
Je ferai les deux premiers actes et je tâcherai de m'élcver petit à petit jusqu'au troisième.
Pour bien produire ces actes, il faut raviver en soi le sentiment de la charité, et se rappeler avec une foi vive que, pour Dieu, il n'y a d'autre plaisir et autre gloire que l'accomplissement de sa volonté; surtout quand cet accomplissement est formel et vient d'une créature libre agissant par amour.
Mon Dieu, je le comprends, votre volonté doit être la règle de ma vie. C'est elle seule que je veux. Mais pour rester dans cette disposition, pour préférer toujours, surtout dans les circonstances pénibles, votre bon plaisir à ma volonté propre, j'ai be-
soin de voire secours. Vous me l'assurez en cette retraite, accordez-moi de ne pas le refuser ou le rendre inutile.
Que désormais je n'aie plus d'autre volonté que la vôtre! Pour cela mettez clans mon cœur un véritable amour pour vous. Puis couronnez tous vos dons par celui de la persévérance.
Je me rappellerai les considérations de cette oraison el je supplierai Jésus et Marie de les faire fructifier en moi.
EXAMEN DE PRÉVOYANCE
I. Quelle part aura l'amour de Dieu dans mon oraison? — Introduire la charité dans l'oraison, c'est d'une nécessité absolue pour quiconque prétend se sanctifier et assurer son salut. C'est en même temps d'une incomparable utilité. C'est aussi la joie et la gloire de Dieu et de Jésus- Christ son divin Fils. La charité dans l'oraison est la meilleure partie et comme la moelle de l'oraison ellemême.
On s'occupe de la charité dans ce saint exercice : en considérant tout ce qui se rapporte à elle, sa nature, son prix, sa loi, son auteur, c'est-à-dire le Dieu qui nous la commande, nous la demande, nous l'offre; en l'exerçant par des actes d'amour produits avec le plus de vérité possible, appliqués à la volonté de Dieu, et remplacés en partie par les regrets et les désirs du cœur; en la demandant, et en la redemandant sans cesse en elle-même et dans toutes ses parties, en demandant même de la demander, enfin en l'identifiant avec les résolutions prises.
Me contenterai-je de l'indispensable : en m'astreignant à quelques actes d'amour, mais fidèlement et régulièrement placés dans le peu d'oraison que j'ai promis à Dieu, avec l'humble désir de faire petit à petit plus et mieux?
Donnerai-je à la divine charité une plus large part? Me déterminerai-je le nombre d'oraisons, ou, dans chaque
oraison, la mesure du temps à donner à cette céleste vertu? El quand le moment sera venu de m'y livrer, le ferai-je complètement ainsi qu'on vient de l'indiquer en y joignant de grands efforts d'abnégation de moi-même, de détachement? Cette oraison de charité sera-t-elle abondante, très fréquemment reprise, poursuivie longtemps, et parfaite dans toutes les parties qui la composent, notamment dans l'union avec la volonté de Dieu et dans l'abnégation de la volonté propre?
Parmi mes dévotions y en a t-il quelques-unes qui seront spécialement consacrées à la charité ?
II. Quelle part aura l'amour de Dieu dans ma conduite? — Jamais on n'arrivera à aimer Dieu si on ne l'aime pas dans l'oraison. Facilement on arrivera à aimer Dieu si on l'aime dans la conduite.
L'acte d'amour est double : c'est d'abord la simple affection, spécialement réservée à l'oraison ; c'est ensuite l'action ou la souffrance accompagnée du sentiment de la charité; dételle façon qu'au moment où l'on agit et souffre de la sorte on puisse dire : En ce moment je suis occupé à aimer Dieu.
Il y a une foule de nuances dans cette charité pratique, depuis le fait d'offrir à Dieu certaines actions très minimes avec un sentiment quelconque d'affection pour lui, jusqu'à l'ineffable bonheur de n'agir plus ou presque plus que pour lui, de telle sorte que la vie ne soit plus qu'amour. Parlons d'après la division adoptée pour ces saints exercices.
Dans le premier degré, on se contente de faire de temps en temps la bonne intention, de travailler à détruire la tiédeur et de demander la charité.
Dans le ■ deuxième on s'oblige à renouveler plus fréquemment et plus fervemment la bonne intention, à ne s'appliquer qu'à des choses positivement agréables à Dieu et à demander plus fréquemment le don de l'amour.
Dans le troisième on s'applique à pratiquer continuel
lement ou presque continuellement la vie de charité ; à remplacer toujours la volonté propre par la volonté de Dieu tout entière et toute seule ; à choisir en tout ce qui est le plus agréable à Dieu, et à demander sans cesse une augmentation de charités
Auquel de ces trois degrés m'arrêterai-je?