‹ Le retour continuel a DieuChapitre 95 sur 146 · PAR L'AMITIÉ DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

PAR L'AMITIÉ DE JÉSUS-CHRIST

I. Après s'être décidé à aimer Dieu, on se tourne du côté de Notre-Seigneur pour se lier avec lui d'une étroite amitié ; et, à cet effet, on médite l'Incarnation, la Passion et le très saint Sacrement. On applique à Jésus-Christ les actes produits hier, en insistant sur l'imitation de ses vertus. — II. On s'examine sur le manque de vertu et d'amitié pour Jésus-Christ. — III. Enfin on voit comment on pourra introduire dans l'oraison et dans la conduite l'amitié du Sauveur ainsi que l'imitation des vertus du Rédempteur.

LEÇON SUR L'ORAISON

l'oraison sur les vertus.

L'oraison sur les vertus est nécessaire parce que, sans elle, on ne devient pas vertueux; or, quiconque n'est pas vertueux ne peut pas aimer Dieu.

Cette oraison a une force bien plus grande quand on y fait entrer l'imitation de Jésus-Christ. En ce cas, le mieux est de procéder de la manière suivante : dans la considération, s'arrêter d'abord à la vertu prise en elle-même; puis la retrouver en Notre-Seigneur avec tous ses caractères

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essentiels, et songer au bonheur d'imiter ce bon Maître; ensuite appliquer à cette intention sacrée les actes et les prières ainsi que les résolutions.

PREMIÈRE ORAISON

On s'est occupé hier de la charité en général. Le moment est maintenant venu de rentrer dans le cœur du Dieu charité, d'y revoir ce que nous y avons vu dès le premier jour, c'est-à-dire les merveilles d'un amour désirant notre amour; d'étudier ces merveilles dans les mystères opérés en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, et de conclure en nous consacrant définitivement, non seulement à la charité, mais à sa forme la plus parfaite qui est l'amitié pour le Sauveur.

l'incarnation.

Dieu est amour et il aime en Dieu, c'est-à-dire infiniment. Dieu aime .l'homme et, par amour, il veut notre félicité divine comme si lui-même ne pouvait pas être heureux sans nous. Dieu aime l'homme et, par amour, il veut notre amour, comme si chacun de nous était le dieu de Dieu.

Le Très-Haut est affligé dans son amour parce que l'homme se prive du véritable bonheur en refusant d'aimer le souverain bien.

La charité divine est poussée à des excès pour retrouver ce qu'elle désire : des hommes qui soient heureux et des hommes qui aiment. Cette charité donne dans les excès auxquels elle est poussée. Voici son invention ineffable : Un de nous, se dit la Trinité sainte, va se dévouer; le Fils se fera homme et prendra sur lui le malheur de l'homme.

Par là; à nos dépens sans doute, mais à la plus grande satisfaction de notre divine charité, l'homme redeviendra heureux, puisqu'il pourra se sauver et nous aimer; il nous sera rendu, puisque, espérons-le, il nous aimera en effet et viendra nous rejoindre en paradis.

Et le Verbe s'est fait chair; et il est devenu Jésus-Christ : Jésus-Christ, miracle vivant de la charité d'un Dieu ; Jésus-Christ, Dieu anéanti par les excès d'une charité presque oublieuse de sa divinité; Jésus-Christ, ayant dans son cœur divin la charité divine, et dans son cœur humain la plénitude du Saint-Esprit, amour substantiel qui est en Dieu ; Jésus-Christ, bienfaiteur et Sauveur ; Jésus-Christ, Sauveur à double titre : parce qu'il est venu et pour rendre la vie et pour rallumer le feu ; Jésus-Christ, Dieu deux fois aimable : une fois parce qu'il est Dieu, une autre fois parce qu'il est Dieu-Homme; Jésus-Christ, proposé par la sainte Trinité tout entière comme étant ainsi et autant qu'elle-même l'objet de notre fin, c'est-à-dire de notre félicité et de notre amour; Jésus-Christ, proposé et se proposant luimême à notre imitation; car son plan et le plan de Dieu son Père, c'est que nous lui ressemblions et que notre assimilation à lui soit le principal devoir de notre charité; Jésus-Christ, ayant une Mère et nous la donnant pour mère, afin qu'en elle, à côté de la charité paternelle et fraternelle d'un Dieu, nous ayons l'amour maternel avec tousses soins et tous ses droits.

0 mon Dieu, ô Jésus, ô Marie, en présence de ces prodiges de tendresse, l'homme qui en est l'objet reste de pierre ! Miracle de la misère répondant au miracle de l'amour.

Jusqu'à quel point suis-je plongé dans ce mystère du désordre?

l. Et Verbum caro factum est (Joann. i, 14).

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