‹ Le retour de Jérusalem; comédie en quatre actesChapitre 15 sur 58 · ACTE PREMIER, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCENE

m'a prêté Madame Sureau... Si vous voulez, je vous le prêterai.

ANDRÉE

Voyons, maman, lu sais bien qu'Henriette dc

t'ait jamais un point. [Un silence.) Ces pauvres Sonchamp !... c'est toujours triste un départ.

GEORGES

Oui, je te conseille de parler... tu as l'air vraiment frappé.

HENRIETTE

Tout à l'heure, ce sera mon tour... je saurai ce que ça signifie, quand je vous verrai agiter vos mouchoirs.

ANDRÉE

Oh! vous, ce n'est pas la même chose... Tout le monde ici vous regrettera... n'est-ce pas, tout le monde?

L'ONCLE EMILE, galamment.

Il y a départ et départ.

GEORGES

Le diner ne sera pas gai ce soir.

l'oncle émile

Vous ne me jouerez plus du Schiïmann après le diner, ni .cet admirable Tristan et Yseult que vous jouez si bien.

HENRIETTE

Oh! c'est si beau... c'est d'une inspiration si ardente! Mais je laisserai mes partitions, vos nièces vous feront de la musique.

l'oncle émile Si je ne compte que sur mes nièces.

MONSIEUR AUBIER

Oui, nous serons tous très ennuyés de vous voir partir... on était habitué à vous voir là, à vous entendre causer... et puis, nous allons être privés d'une jolie femme.

HENRIETTE, désignant Suzanne et André.'.

Mais il me semble que...

MONSIEUR AUBIER

11 n'y en a jamais trop... Enfin! les beaux

jours ne peuvent pas toujours durer; l'automne s'avance et vous vous en allez avec les roses.

ANDRÉE

Oh! papa.

HENRIETTE

Monsieur Aubier est l'amabilité même...

MADAME AUBIER, regardant son mari.

Comme tu es rouge, Jules! Est-ce que tu ne digères pas bien? Tu n'es pas malade?

MONSIEUR AUBIER

Malade? Jamais malade!

HENRIETTE

Enfin! Il n'y a qu'une personne ici qui ne me regrettera pas, j'en suis sûre : c'est le capitaine.

LE CAP1TALNE

Moi, madame, je serai désolé; je n'aurai plus personne avec qui me disputer, came manquera.

HENRIETTE

Et dire que si vous n'étiez pas militaire, je vous aimerais tant.

l'oncle émile

Quand il n'a pas son uniforme, ça ne se voit pas.

HENRIETTE

Tout de même, il y a toujours quelque chose.

MONSIEUR AUBIER

Je sais bien pourquoi vous n'aimez pas les militaires : M. de Chouzé fait ses vingt-huit jours et vous maudissez une institution qui vous prend pendant quatre semaines votre mari.

HENRIETTE

Ce serait une raison pour la bénir, au contraire... une petite séparation, de temps en temps, ce n'est pas désagréable.

GEORGES

11 paraît qu'il y a des chaleurs terribles dans la région où il fait les grandes manœuvres.

HENRIETTE

Oui, il parait.

MADAME AUBIER

Monsieur de Ghouzé est officier de réserve?

HENRIETTE

Oui, officier.

MADAME AUBIER

Dans quoi?

HENRIETTE

Dans les chasseurs.

MADAME AUBIER

A cheval?

HENRIETTE

A cheval, oui, je crois... est-ce qu'il y a des chasseurs à pied?

LE CAPITAINE

Il y en a quelques-uns.

HENRIETTE

Vous savez, moi, ces choses-là...

MONSIEUR AUBIER

Et vous n'avez pas été fière de voir votre mari avec un dolman bleu de ciel, des culottes rouges, des bottes !

HENRIETTE

Ça ne m'a pas emballée du tout.

Ah! ma chère, ne dites pas ça, l'uniforme des chasseurs est ravissant.

HENRIETTE

C'était la première fois depuis que nous sommes mariés, que je le voyais ainsi... ça m'a produit une impression qui sera lente à s'effacer.

l'oncle é.mile La joie du retour l'effacera.

MONSIEUR AUBIER

D'autant [dus que depuis quatre semaines que

Monsieur do Chouzé jeûne, il doit avoir les dents longues.

ANDRÉE

Oh! papa, tu sais qu'Henriette n'aime pas ces plaisanteries-là.

HENME1TE

Monsieur Aubier a le droit de tout dire; je salue en lui le représentant de la vieille gaîté française.

MONSIEUR AUBIER

Mais je m'en vante.

HENRIETTE

Seulement, la perspective que vous me faites entrevoir ne me sourit pas du tout; non, je ne suis pas la femme de ces sortes de fringales.

l'oncle Emile Vous n'aimez pas les jeux de satiété.

HENRIETTE

Les jeux de satiété?... Ah! oui... Monsieur Emile, vous êtes incorrigible. Enfin! j'espère bien que Gaston m'aura trompée ou, du moins,

aura trompé sa faim avec quelque servante d'auberge.

MADAME AL'BIER

Petite dame, vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites et. si vous aviez soupçon d'une infidélité, vous ne seriez pas trop contente, comme les camarades.

HENRIETTE

Non, je vous assure, je suis de bonne foi. Voyons! Qu'est-ce que ça peut faire?

MONSIEUR AUBIER

Alors, vous n'êtes pas comme les femmes qui accompagnent leurs maris, quand ils font leurs vingt-huit jours?

HENRIETTE

Il y en a?

le capitai.m:

Mais oui.

Quelle horreur!

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