ACTE PREMIER, SCÈNE III i
MONSIEUR AUBIER
Ali! cette Madame de Chouzé, jusqu'au dernier moment il faut qu'elle travaille.
HENRIETTE
Le travail... c'est encore ce qu'on a inventé de mieux.
MONSIEUR AUBIER
Après la chasse... ma chère enfant, je vous dis adieu... je vais prendre mon fusil et faire un tour sur le plateau... je verrai peut-être quelques perdreaux... Oh! j'en verrai sûrement, mais ils ne se laissent plus approcher.
HENRIETTE
Ecoutez ! ils ont bien raison, mettez-vous à leur place.
MADAME AUBIER
Comment, tu vas encore chasser, Jules? tu as déjà chassé ce matin, tu dois être fatigué.
MONSIEUR AUBIER
Moi, fatigué? jamais fatigué!
HENRIETTE
Yous allez encore tuer de pauvres bètes. Quelle horreur !
MONSIEUR AUBIER
Que voulez-vous?
L ONCLE EMILE
Moi, Madame, j'ai des goûts moins sanguinaires : je m'en vais pêcher à la ligne, c'est une innocente manie.
HENRIETTE
Mais ne croyez donc pas ça! Alors, vous avez décidé que les poissons ne souffrent pas, parce qu'ils ne crient pas? mais ils n'en souffrent peut-être que davantage.
l'oncle émile
C'est vrai, les grandes douleurs sont muettes. Enfin, j'ai une excuse : c'est en péchant à la ligne que les idées me viennent. Ce malin, j'ai composé toute une scène de mon drame.