ACTE PREMIER, SCENE IV
MICHEL
Je le demande pardon... mais je suis moimême très malheureux, songe donc...
HENRIETTE
Ne dis rien... laisse-moi pleurer... Toutes les raisons que tu me donneras, je ne les comprendrai pas. Dire que nous sommes là, tous les deux, et que nous ressentons, dans le même temps, la chose la plus rare qui soit au monde, une attraction entière et réciproque, et que le bonheur passe et que nous ne le saisissons pas !
MICHEL
Mais il n'y a pas que le bonheur, dans la vie.
HENRIETTE
Mais si, mais si, car nous mourrons un jour, voilà une chose certaine... et nous n'aurons pas saisi un bonheur possible. Ah ! ton devoir, ta résignation, ta pitié, ton sacrifice, ça te fera un beau squelette, tout ça, quand tu seras dans la terre... car après, après, il faut bien se dire qu'il n'y a plus rien, et que c'est fini, fini... à moins que tu ne croies à la vie éternelle.
MICHEL
Non, je n'y crois pas.
HENRIETTE
Alors, tu es insensé ! D'ailleurs, si tu m'aimes comme tu le dis et comme je le crois, ce qui doit être sera et je le désire trop pour que ça ne soit pas. Tu as pris une forte résolution, mais à peine serai-je partie que lu la regretteras et ton désespoir sera trop grand. Alors prononçons : adieu! mais pensons : au revoir!
MICHEL
Non.
HENRIETTE
Sait-on jamais? L'an prochain à Jérusalem, continuent à se dire mes coreligionnaires, en fêtant la nouvelle année israélite.
MICHEL
Ils se le disent depuis deux mille ans.