‹ Le retour de Jérusalem; comédie en quatre actesChapitre 43 sur 58 · JUDITH, ANDRÉE, PAULINE AFKLER, MICHEL · texte numérisé non relu

JUDITH, ANDRÉE, PAULINE AFKLER, MICHEL

YOWENBERG, L'ONCLE EMILE,

DOCTEUR LURDAU, NARCISSE AFKLER,

MOISSAC, TRÉVIÈRES.

Au lever du rideau, tous ces personnages sont divisés en trois groupes. Au premier plan, à gauche, Judith et Andrée; à droite, Michel, Yowenberg, Moissac, Trévières, Afkler; au deuxième plan, le docteur Lurdau et Pauline Afkler en grande conversation. L'oocle Emile, isolé, lit le numéro de YOréopancu', paru le matin même.)

ANDRÉE, à Judith.

Vous le saviez déjà? Comment le saviez-vous?

JUDITH

Apparemment parce qu'on me la dit.

ANDRÉE

Qui vous l'a dit?

JUDITH

Ah! voilà. On vous a vus ensemble, l'autre jour, au Palace.

ANDRÉE

Oui, en effet, nous avons pris du thé. Ça ne m'étonne pas, il y avait là un tas de mauvaises langues qui étaient assises et qui me regardaient en ouvrant des yeux !

JUDITH

Eh! bien, je l'ai appris le jour même, une heure après... une de ces mauvaises langues, qui étaient assises, s'est levée et est accourue me le dire.

Je parie que c'est cette rosse de Vowenberg; il était là. Et puis, zut! Ça m'est bien égal, après tout... cette fois-ci, ma petite Judith, je crois que je suis partie pour la grande passion.

JUDITH

C'est la grâce que je vous souhaite.

ANDRÉE

Par exemple, ça ne va pas être facile do rompre avec l'autre.

JUDITH

Ah! avec le prédécesseur... ça n'est donc pas fait?

ANDRÉE

Non... et il menace de se cramponner.

JUDITH

Je comprends ça... mais vous avez un excellent moyen de vous en débarrasser. Vous n'avez qu'à lui dire : « Mon mari sait tout ! »

ANDRÉE

Ça ne prendrait pas.

JUDITH

Pourquoi?

Parce que j'ai eu l'imprudence de lui raconter notre convention avec Georges... vous savez ce que c'est... dans les commencements, il y a des moments où l'on dit tout.

JUDITH

Vous êtes impardonnable, Andrée. Comment! vous vous réservez une porte de sortie et vous

lui en donnez la clé! Mon amie Rachel, vous savez, ma petite amie Rachel PfelTerkorn, dont, je vous parle souvent, elle a fait la même convention avec son mari; seulement, elle ne t'a jamais confié à ses amants.

ANDRÉE

Oui, je sais bien. Que voulez-vous?

(Cependant on a apporté le café.

MICHEL, <e détachant de son groupe et venant auprès de Judith.

Tu sais que le café est là depuis un moment. Si tu t'occupais un peu de tes invités ?

JUDITH

Ah! c'est vrai. (A Andrée.) Vous allez m'aider, voulez-vous?

ANDRÉE

Certainement.

(Toutes les deux se lèvent et servent le café. Michel revient auprès de Vowenherg, Trévières, etc.

HOISSAC, prenant un livre sur une table.

« h' Horaire sentimental, par Lucien Sproom. >«

JUDITH, de sa place.

C'est un livre admirable!

MOISSAC, lisant sur la feuille de garde.

'< A son Intelligence Judith Fuschyani... Il a « été tiré de cet ouvrage un exemplaire unique « sur vieux Japon à la forme, signé. — Six « exemplaires sur Japon impérial de Mi-Tjui. « — Six exemplaires sur Ilollande van Gelder. « — Vingt exemplaires sur Chine Yu-Tsching. » Ça me suffit, je n'irai pas plus loin.

VOWENBERG, avec force.

Et un exemplaire sur peau humaine !

(Il prend le livre.) MOISSAC

Il était très bien, Afkler, le dernier numéro de VOréopanax.

AFKLER

Oui, il est très intéressant... il y a un bel article du docteur Lurdau, n'est-ce pas? Je crois qu'il fera du bruit.

MOISSAC

Fan du bru. Qui est-ce qui signe Torpille?

AFKLER

(Test un garçon qui a été dans la Hotte.

MOISSAC

Et qui est en train de la couler.

AFKLER

D'ailleurs, ce n'est que le commencement «l'une série. C'est fantastique, ce que nous recevons de documents à YOréopanax.

Sur quoi?

MICHEL

AFKLER

Sur tout. Après ça, nous publierons les Nbtes d'un Infirmier, puis le Cahier d'un Brasseur, ensuite le Journal d'un Disciplinaire. Mon cher, il y a des choses dont on ne se doute pas. Tenez, hier, nous avions à dîner un homme qu'on a enfermé comme fou... Il nous a raconté des choses terribles. Ma femme en était malade... elle n'a pas pu dormir celte nuit... (criant) n'estce pas Pauline?

PAULINE, à l'autre bout du salon.

Quoi donc, Narcisse?

AFKLER

Cet homme, hier?

PAULINE

Quel homme?

AFKLER

Qu'on avait cru fou.

PAULINE

Ah ! oui.

Elle reprend sa conversation avec le Dr Lurdau.

VOWENBERG, posant Y Horaire sentimental sur la table.

Moissac, vous avez tort de mépriser ce livrelà... vous savez que c'est de tout premier ordre.

MICHEL

Je l'ai lu... C'est surtout très habile.

VOWENBERG

Oh! c'est plus qu'habile... il y a là dedans toutes les qualités d'un Stendhal, avec plus de profondeur et, surtout, plus de style.

MICHEL

Oh! non, Vowenbcrg, ne prononcez pas le

nom do Stendhal à propos de ce pelil Sproom. Voyons, Stendhal, c'est tout de môme autre chose.

VOWE.N'BERG, avec autorité.

Enfin, vous ne trouvez pas, moi je trouve. Je maintiens que c'est stendhalien. D'ailleurs, le livre en est à sa douzième édition... en quinze jours, c'est joli.

MOISSAC

Oh! ce petit Sproom fait admirablement sa réclame C'est très israélite d'ailleurs. Quand vous faites quelque chose, vous autres, on le sait : il y a sept frères qui sont morts pour votre religion, ils ont trouvé moyen de donner leur nom à tous les cadavres.

JUDITH, apportant une tasse de café à Michel.

De qui parlez-vous?

MOISSAC

Des frères Macchabées.

JUDITH

A propos de quoi?

dT2 LE RETOUR DE JERUSALEM

MOISSÂC

A propos de votre jeune ami, VHôraire Sentimental.

JUDITH

C'est un chef-d'œuvre! Les cent premières pages sont tout à fait d'un grand écrivain.

MOISSAC

Voilà une chose qu'il ne faut pas dire.

JUDITH

Pourquoi?

MOISSÂC

Vous feriez croire qu'à la cent-unième page, ce jeune homme a cessé brusquement de savoir écrire.

Cependant le D1 Lurdau et Pauline sont descendus en scèoe. Judith, qui a flûi de servir le café, vient les rejoindre avec Andrée.

JUDITH

Vous accaparez le, docteur Lurdau, Pauline.

PAULINE

Je ne l'accapare pas du tout, nous causions.

JUDITH

Ah! c'est que Madame Afklcr est une de vos grandes admiratrices, docteur Lurdau ; elle connaît tout ce que vous avez écrit... d'ailleurs, elle connaît tout.

LURDAU

Oui, votre amie est singulièrement instruite... (Il regarde autour de lui.) C'est très bien arrangé ici, vous avez-là une jolie place.

ANDRÉE, riant.

Ah! ah! ah!

JUDITH

Le docteur Lurdau veut dire un salon. Et vous quittez Paris ce soir?

LURDAU

Oui, à mon grand regret.

Vous retournez à Copenhague?

LURDAU

Oui, à Copenhague. J'espère que si, un jour,

lo.

vous venez dans le Danemark; j'aurai l'honneur de vous recevoir.

JUDITH

Oh! certainement... j'ai tellement envie de connaître le Danemark... Malheureusement, je ne voyage pas assez... et j'aimerais tant voyager! Mais, ça viendra. Copenhague est une jolie ville ?

LURDAU

Ach! ce n'est pas une ville aussi gaie que Paris.

JUDITH

Vous aimez Paris?

LURDAU

Beaucoup... c'est une ville si agréable, vraiment!

ANDRÉE

A cette époque de l'année surtout... je ne connais rien de plus ravissant que Paris au mois de mai.

LURDAU

Ach! ravissant! ravissant! Et puis, les Parisiennes sont des femmes si charmantes, si séduisantes. Elles ont tellement de désinvolture

pour l'amour. D'ailleurs, chez vous, tout est réellement fait pour l'amour. Toute votre littérature parle de l'amour, tout votre théâtre joue l'amour. Aux devantures de vos papetiers, on voit de si jolies cartes polissonnes et, dans les music-halls, comme les petites femmes sont déshabillées d'une façon excitante... môme les honnêtes femmes ont des dessous, vous savez, comme de la crème blanche, bleue, verte, rose, vous savez, et couleur de la chair... Ach! tout est ici tellement gracieux et cochon !

ANDRÉE

Oh! Monsieur, quel vilain mot!

LLRDAU

Comment faut-il dire?

ANDRÉE

Je ne sais pas, moi : on dit suggestif, pervers.

LLRDAU

Mais c'est la même chose?

ANDRÉE

Oui, oui...

Ll'RDAU

Mais il faut que vous veniez à Copenhague... je vous ferai connaître mon neveu, Erick Lurtlau... il voudra faire votre portrait : c'est le plus grand peintre de la Scandinavie.

JUDITH

A propos de portrait, il faut que je vous montre quelque chose d'admirable; ce sont des por- Iraits de femmes, une série de douze eaux-fortes de William Dorth qu'il vient de m'envoyer. Vous connaissez William Dorth?

LL'RD.Vl

Non.

IUDÏTH

Comment! vous ne connaissez pas William Dorth ? C'est le plus grand peintre de l'Angleterre. i^EIIe amène le Docteur, Pauline et Andrée auprès d'un grand carton, posé sur une petite table. En passant près .hi groupe des hommes, elle leur dit : Venez donc Voir

de belles choses, au lieu de dire sans doute des bêtises.

Moissac, Vowenberg, Afkler se groupent autour du carton. Michel et Trévières ne les suivent pas.

TRÉVIÈRES

'Monsieur Aubier, j'ai un service à vous demander.

MICHEL

De quoi s'agit-il, mon petit Trévières?

TRÉV1ÈRES

Vous connaissez Sagelier?

MICHEL

Oui.

TRÉVIÈRES

Vous savez qu'il fait partie de la nouvelle combinaison ministérielle?

MICHEL

Oui, oui, je sais, et alors?

TRÉVIÈRES

Alors, s'il est nommé, et il le sera, je désirerais être attaché à son cabinet. En quels termes ètesvous avec lui?

MICHEL

En très bons termes.

TRÉVIÈRES

Vous le voyez toujours ?

MICHEL

Je le vois assez souvent.

TRÉVIÈRES

Votre recommandation auprès de lui serait très efficace.

MICHEL

Dame, je pense. J'étais au lycée avec lui, nous étions étudiants ensemble, nous sommes demeurés amis. Il y a entre nous des souvenirs certainement plus forts que nos divergences politiques.

TRÉVIÈRES

Alors, vous voudrez bien lui parler?

MICHEL

Comptez sur moi. Mais pourquoi voulez-vous être attaché au cabinet de Sagelier?

TRÉVIÈRES

Je vais vous expliquer. J'ai vingt-cinq ans...

MICHEL

Et vous ne voulez pas mourir encore

TRÉVIÈRES

Non... je suis arrivé à un tournant de ma vie, et...

(Ils continuent de causer.) JUDITH

N'est-ce pas que c'est admirable !

(L'oncle Emile [qui lisait VOréopanax se mêle au groupe, autour des eaux-fortes.)

l'oncle émile Qu'y a-t-il de si admirable?

JUDITH

Ces eaux-fortes de William Dorth... ce sont des merveilles...

ANDRÉE, lui passant une des eaux-fortes. Tiens, voilà le portrait de Judith.

l'oncle émile, à Judith.

Ça a la prétention d'être vous, ça?

JUDITH

Oui, c'est moi.

l'oncle émile Je ne vous eusse pas reconnue.

JUWTH

Ce n'est pas une photographie... ce n'est pas même, à proprement parler, un portrait, c'est îmo interprétation.

l'oncle émile Il vous a interprétée là comme une noyée

JUDITH

Vous n'y entendez rien.

l'oncle émile Sérieusement, vous trouvez ça bien?

JUDITH

Je vous dis, admirable !

AIKLEH

C*es1 bien vous, au contiaire... la sinuosité de la bouche., le mystère du regard

PAULINE

Oui, et je ne sais quoi d'infini qui circule à travers l'absolu.

MOISSAC

C'est curieux, j'allais le dire.

PAULINE

El puis, je trouve que William Dorth a une vision tellement spéciale... ce qu'il fait esl d'une synthèse si définitive... Ali! c'est d'un art si inquiétant.

l'oncle émile

Inquiétant pour lui.

JUDITH

Vous, d'abord, on ne vous parle pas.

ANDRÉE

J'avoue que si je devais faire faire mon portrait, ce n'est pas Dorth que je choisirais.

JUDITH

l'ourlant, Andrée, il vous trouve très bien; il m'a même dit qu'il ferait volontiers quelque chose avec vous.

ANDRÉE

Vous m'effrayez!

Oh! avec William Dorth, vous ne coure/ aucun danger : il caresse des pots et ça lui suffit.

l'oncle émile Comment! des pots?

JUDITH

Oui, il parait que les grès, les faïences, les porcelaines, leurs contours, leur poli, leur fraîcheur, leur grain, tout ça lui procure des sensations particulières.

l'oncle émile

Il est complet, votre William Dorth! Encore un élève de l'école anormale !

JUDITH

Quel mal fait-il? Il a bien raison si ça l'amuse. Il augmente Je champ de ses sensations, voilà tout. Moi. je l'envie.

A< ri. [II, SCENE I 183

l'oncle émile

Taisez-vous donc! Savez-vous à quoi l'on en

arrive, avec ces théories-là?

JUDITH

Non, mais je vais le savoir dans un instant,

l'oncle émile

Eh! bien, on en arrive à excuser le monsieur qui plante des aiguilles dans la gorge de ses petites amies.

Oh! l'espiègle!

l'oncle émile

Celui-là aussi augmente le champ de ses sensations.

MOISSAC, fredonnant.

Cours, mon aiguille, dans ta gorge...

JUDITH

Ah! non, vous savez, les aiguilles, très peu pour moi!

l'oncle émile

Vous voyez bien!... Non, ces gens-là, on devrait les condamner.

JUDITH

Ha! ha! les condamner! Alors, vous condamneriez William Dorth pour détournement de potiches?

l'oncle émile

En tous cas, je commencerais par l'enfermer et par Je doucher, ^u s'adresse à Pauline.) Voyons, Madame, n'ai-je pas raison?

PAULINE

Oh! Monsieur, pour ces choses-là, moi je trouve que chacun est libre de faire ce qu'il veut.

l'oncle Emile

Ah! alors, c'est différent. Après l'amour libre, le vice libre, le crime libre, même, au besoin; tout ça, c'est dans le même désordre d'idées.

JUDITH

Emile, vous vous emballf/ !

L'ONCLE EMILE

Je ne m'emballe pas; mais c'est égal, caresser des pots quand il y a les femmes, quand il y a les femmes!

ANDRÉE

Le fait est que je me demande quel plaisir on peut avoir avec des pots.

l'oncle émile

Après tout, j'en ai eu quelquefois avec des cruches.

(Il va rejoindre Michel et Trévières, en haussant les épaules et en grommelant.

JUDITH, quand il s'est un peu éloigné.

Quelle vieille bète !

MOISSAC

11 a raison, il dit ce qu'il pense.

JUDITH

Mais il ne pense pas.

MOISSAC

Alors, c'est comme s'il ne disait rien.

JUDITH

Imaginez-vous, il m'a lu l'autre jour un drame on vers, un drame historique, c'est idiot... c'est au-dessous de tout. Et puis il me déplait, avec son insupportable manie de faire des à-peu-près. D'abord, quand il sort de table, il est toujours congestionné... il boit trop de vin... je le déteste.

MOISSAC

11 ne faut pas le détester : il fait des à-peuprès, il écrit des drames historiques, il aime le vin, il ne trouve rien de plus beau que les femmes, tout ça constitue un ensemble.

JDD1TH

D'abord, c'est un raté, moi, j'aime qu'on

réussisse.

MOISSAC

C'est tout de même un type, croyez-moi,

(Uq si'ence.) VOWENBERG

.Judith, pourrais-je vous dire un mol?

.11 IDl III

Mais, certainement.

On -'éloigne discrètement. On les laisse seuls.) VOWESBERG

Vous savez qu'un nouveau ministère est entrain de se former et que Sagelier en fera certainement partie?

JUDITH

( lui... Eh ! bien?

VOWENBERG

Je voudrais être attaché au cabinet de Sagelier. Vous verrez Lazare Hœndelssohn, aujourd'hui?

JUDITH

11 doit venir me voir à quatre heures.

VOWENIUlRG

Alors, parlez-lui sérieusement, parlez-lui... il faut absolument que ça se fasse... Je n'ai pas besoin de vous dire pourquoi. Sagelier n'a rien à refuser à Hœndelssohn et, s'il marche à fond .

JUDITH

Soyez tranquille, il marchera.

VOWENBErtG

Avec l'appui de Hœndelssohn, je suis tranquille... Michel jette de noire côté des regards inquiets... il est persuadé que je vous fais la cour. D'abord, je ne vous ai jamais fait la cour.

JUDITH

Tous avez de l'aplomb.

VOWENBERG

Je veux dire que je n'ai jamais enguirlandé de périphrases surannées le grand désir que j'ai de votre chère petite personne.

JUDITH

C'est une justice à vous rendre, vous m'avez toujours parlé avec la dernière brutalité.

VOWENBERG

Et vous, vous m'avez toujours repoussé avec la dernière cruauté. Oh ! je sais bien qui vous aimez.

JUDITH

Je serais curieuse de l'apprendre.

VOWENBERG

Vous aimez Lazare Hœndelssohn.

JUDITH, riant.

Ah! ah! ah!

VOWENBERG

Vous n'avez pas du tout envie de rire. Lazare est votre flirt, votre love; je ne dis pas que vous soyez sa maîtresse...

JUDITH

C'est heureux.

VOWENBERG

Pas encore, mais vous le serez.

Jacques, je devrais vous mettre à la porte, pour vous apprendre à me parler comme vous le faites; mais j'aime mieux m'amuser de votre grossièreté que de m'en offenser.

VOWENBERG, galamment.

Vous adorez ma grossièreté, elle vous râpe lame.

JUDITH

C'est vrai, comme une mauvaise eau-de-vie râpe le gosier.

VOWENBERG

Alors, je continue : le jour où vous serez la maîtresse de Lazare, je souffrirai beaucoup.

JUDITH

Vous?

Elle rit.)

VOWENBERG

Oui, moi... je ragerai certainement; mais j'aurai la satisfaction de savoir que Michel est cocu.

JUDITH, le coupant.

Voulez-vous vous taire... J'ai horreurqu'on dise de ces mots-là... vraiment, vous avez un cœur charmant.

VOWENBERG

Michel me déteste... il ne peut pas me sentir.

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