‹ Le retour de Jérusalem; comédie en quatre actesChapitre 7 sur 58 · Les Religions au théâtre. Figaro du 23 mars · texte numérisé non relu

Les Religions au théâtre. Figaro du 23 mars

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jugement, c'est impair et manque. Accordons-lui tout ce qu'il désire : mon unique but était, en attisant des haines stupides, de gagner de l'argent; mes personnages n'existent pas', on n'a jamais connu de milieu semblable à celui du troisième acte, etc..

Eh.' bien, il me semble que, si j'avais été à la pince de notre jeune confrère, j'en aurais profité pour dire à mes coreligionnaires :

Je ne chercherai pas à l'auteur la mauvaise querelle de n'avoir présenté au publie que des Israélites mal élevés, une dame sioniste improbable. Moi-même, n'ni-jc pas usé de ce procédé, lorsque, dans un de mes premiers essais dramatiques, j'ai accumulé sur une pauvre famille protestante tons les ridicules et les tares étroitesse, intolérance, hypocrisie, rigidité), que Von a accoutumé poncivement d'attribuer à ceux de telle religion. Tout de même, relie pièce très ■ mauvaise {c'est du Retour do Jérusalem que

(i je parle . a réussi. Pendant de nombi '< UX SOUS,

• il s'est trouvé des speetnlenrs pour applaudir

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n réponse incolore, la sœur noceuse, Ponde n<i-

• îionaliste, le mari odieux, l'amant inconsistant, « de dires si pauvres! et, par là, le public s est « montré antisémite. Ne négligeons pas l'avertis*

sèment.

« Nul effet sans cause. Si nous ne sommes pas aimés, c'est que certains, parmi /tous, ne « sont pas aimables, se conduisent en France « comme Vowenberg, Afkler et le DT Lurdau « dans le salon de Michel Aubier, choquant à « tout instant la sensibilité et les traditions de ce « peuple qui, depuis plus de cent ans, nous a « accueillis, émancipés, nous reconnaissant tous <( les droits de l'homme et du citoyen, et dont nous << sommes les hôtes. Et l'hospitalité implique « une telle réciprocité cC attentions et d'égard*. <• que le même mot désigne ceux qui la don-

• ■ nent et ceux qui la reçoivent. Qu'Israël tout « entier, au contraire du Bouc de la Bible, soi' « chargé des péchés de quelques-uns, cela n'est « pas très juste évidemment ; mais le public est « simpliste. Certes, il faut réprouver toute doc-

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< trine de haine. Cependant, devant l'Océan déi< monte, ne dit-on pas : Comme la mer est « méchante, furieuse! alors que la mer, de sa >• grande voix, pourrait répondre : Je ne deman- << dais qu'à rester tranquille, mais c'est le vent (i qui fait rage. »

Ah! de quelle plume autorisée, cette fois, mon

jeune confrère, vous auriez- pu écrire et. mieux

que moi, toutes ces choses. Vous ne l'avez pas fait ,

voulez-vous que je vous dise pourquoi? Parce

que vous êtes un penseur.

Pourtant, de cette façon, les choses eussent été /rases au point. Car j'ai des amis israèlites que j'aime et ijue j'estime. Si je les ai perdus, s'ils ont cru devoir se séparer de moi, ils n'ont pus été clairvoyants. C'est à ceux dont Lazare Hœndelssohn dit : « Que voulez-vous, ils me rendraient moi-même antisémite ! » c'est à ceux-là qu'ils devaient reprocher le Retour de Jérusalem.

Il est vrai que Lazare Hœndelssohn rie s'en sépare pas non plus.

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<■ Ki. en fin de compte, dit M. Catulle Mendès, K'Savez-vous qui a raison"! Ce sont les poètes qui . ne descendent pas dans la lutte des partis, <■ qui rêvent les accords futurs des fraternelles « fois et des fraternelles patries, qui attend

ce délicieux idéal du grandissement intima « universel des esjjrits et des cœurs et qui, « leurs poèmes, célèbrent ce qu'il y a de sublime « dans toutes les relu/ mus humaines : la pu « des morales, la fermeté des dogmes et la bet « des mythes '.

Oui, mon cher porte, c'est là des paroles de poète et d'artiste; mais l'auteur dramatique fait son métier, il obéit à son tempérament. Il ne descend pas délibérément dans la lutte des partis, c'est elle qui monte jusqu'à lui ou. plutôt, fenveloppe et l'étreint. Alors, inconsciemment presque, il enregistre des observations', les événements s'interprètent en lui: ainsi les éléments d'uni

pièce Se forment obscurément . lentement et. 1. Le Journal, i décembre 1903. •

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quelque jour, il récrit avec médita/ion. mais sans préméditation. Dans certains cas, il ne choisit pas son sujet, c'est son sujet qui le choisit. Entendons-nous : tout de même, il en assume la responsabilité qui, parfois, n est pas mince.

Il faut souvent se vaincre soi-même pour s'interdire de rêver, car tout rêve a le droit et le devoir d'être magnifique, et qui (Ventre nous n'avouerait pas des préférences pour l'idéal et la beauté? Rêver, c'est flatter V optimisme des hommes, mais cesl aussi les berner. A demeurer dans la réalité, à prendre le sens du relatif. si vous aimez mieux, on perd le bénéfice d'une altitude généreuse et , par conséquent, plus tentante.

Croyez-vous que Michel ne rêve pas, lui aussi, les accords futurs des fraternelles patries? S'il met à la porte un jeune homme qui s'est exprimé sans nuances contre ceux qui font leur métier

d'être solfiais, eehi ne signifie pas qu'il soit

militariste, ni que la guerre soit pour lui cette chose divine qu' elle est pour Joseph de Maistre.

PRÉFACE xu

Oh'.jr ne fais pas d'érudition. J'ai lu dernièrement cette épithète sur les éventails que distribuaient des femmes gracieuses, dans une tombola au profit des blessés russes, et le fait même de cette tombola ne donne-t-iipas déplorablement raison à Michel, quand il dit que la guerre est une chose possible?

Les rêveurs peuvent s'étonner que le seuil du vingtième siècle soit ensanglanté par de semblables tueries. Ils se sont moins étonnes quand, récemment, des milliers données après les grandes formations orologiques, sur notre planète sillonnée par les paquebots et les locomotives, enchevêtrée du fis mille réseaux de fils télégraphiques ri téléphoniques, un volcan peu progressiste ensevelit toute une population sous ses laves brûlantes. Si la matière est inconscience et inerte, l'humanité n'est-elle pas instinctive?

Mais cela nous entraîne nn peu loin. Voyezvous, mon cher poète, le plus grand inconvénient qu il y ait à descendre dans la lutte des partis, c'est bien l'obligation d'écrire une préface. Celle-

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ci est déjà trop longue. A quoi bon prolonger des explications qui ne seront jamais suffisantes?

Pointant, je ne la terminerai pas sans remercier tous ceux qui ont reconnu ce que /avais roula faire et m'ont approuvé d'avoir écrit cette pièce, Jeremercie également ceux qui. nï ayant sincèrement désapprouvé^ Font exprimé du moins avec la courtoisie que mérite toujours une œuvre de bonne foi.

Maurice Donnât.

Aeav, avril 1904.

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