PRÉFACE
Après le Retour des Bourbons en 1814, volume qui fut publié, il y a deux ans, un autre volume devait être : le Retour de VEmpereur en 1815. L'échec des princes légitimes démontré, il fallait narrer le retour offensif de l'homme dont le nom suffit, sans une goutte de sang répandue, à leur enlever le royaume qu'ils s'étaient attribué, comme un bien patrimonial. Les Bourbons représentaient l'égolsme, l'esprit exclusif, rétrograde, rancunier des émigrés; leur adversaire, le patriotisme et l'esprit égalitaire de la nation, cette conséquence naturelle de la Révolution. Assurément, ceci devait tuer cela ; le souvenir de Napoléon chasser de nouveau les Bourbons.
Ceux qui ont écrit sur le même sujet n'ont point concentré leur étude uniquement sur l'homme de génie, qui, pendant cent jours, gouverna le pays, si miraculeusement rendu à luimême. Et, pourtant, il n'y eut, alors, qu'une seule histoire, en toute l'Europe, celle de Napoléon. Dans les chancelleries, on ne pensait qu'à lui, on ne combinait de projets que contre lui. Je n'ai point eu d'autre objectif que cette grande figure, que ce cerveau bouillonnant faisant front à tout un continent
qui lui était hostile. Je n'ai point dispersé ma pensée en d'autres considérations. C'est lui, toujours lui, que l'on trouvera dans les chapitres de ce volume ; lui, dont l'action vigoureuse faisait vibrer, en ces jours tragiques, toutes les passions contenues dans l'âme jde ses amis, aussi bien que dans celle de ses ennemis.
De son rocher de l'île d'Elbe, ses aigles, comme il l'écrivit, volèrent, en vingt jours, de clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre-Dame. Posées au faite de ce nouveau Capitole, elles jetèrent haut leur cri de victoire. En trois mois, la trahison aidant, la coalition européenne les arracha violemment de ce faite glorieux pour les précipiter sur la roche Tarpéienne ; et le triomphateur de la veille fut anéanti pour toujours.
Pas à pas, j'ai suivi cet immortel vaincu ; j'ai tâché de faire surgir, du milieu des événements les plus cruels, l'image d'une fermeté d'âme, — la sienne, — aussi héroïque que celle des plus grands hommes de l'antiquité ; j'ai voulu rendre vivante, émotionnante, la description des malheurs dont il fut accablé, sans répit, et passionnantes aussi les attaques, tantôt furibondes, tantôt hypocrites de ceux dont il avait reçu les plus basses adulations. Point de petits faits, en ces derniers jours d'écroulement, qui eussent affaibli l'attention du lecteur, mais la présentation à nu de cette âme violente qui sut résister aux acclamations du peuple, aux manifestations et aux vociférations des patriotes fédérés, et ne songea toujours qu'à la sauvegarde de la patrie et à son indépendance. N'est-ce pas ce que signifiaient ses adieux à la France, en apercevant ses rives , pour la dernière fois , du haut du iVorthumberland y qui le conduisait à Sainte-Hélène? ... Adieu^