ADRIEN, BLANCHE
ADRIEN.—Comme tout me paraît changé ici! Ce jardin, ce parc, qui me semblaient si sévère, si triste,
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il y a quelques jours, sont pour moi un paradis terrestre maintenant... N'est-ce pas qu'il est sublime ce sentiment qui a le pouvoir non seulement de réchauffer les cœurs les plus froids, d’inspirer des actions héroïques aux plus égoïstes, mais encore de transformer ainsi même ee objets matériels, la nature inerte! Oh! aimons-nous toujours ainsi, Blanche, et toute l’existence ne sera qu’un long enchantement.… Mais vous ne me semblez pas très gaie... auriez-vous quelque chagrin ?
BLANCHE.--Non, Adrien; mais j'ai des appréhensions; je ne comprends pas trop tout ce qui se passe autour de nous; il me semble que tout ceci est un rêve.
ADRIEN .--Que ce soit un rêve ou une réalité, si ce rêve doit durer toujours, pourquoi désirer autre chose? Ne nous préoccupons pas de l’avenir. Tu m'aimes toujours, n'est-ce pas? Dis-moi que tu m'aimes toujours. .
BLANCHE.—Oh ! oui, toujours Kat comment ne t’aimerais-je pas, toi si noble et si généreux ! toi mon ami d'enfance, mon frére ! mon frère par l’affection, et aussi. par le malheur... Tous deux nous avons souffert, tous deux nous avons pleuré; et.c’est là une fraternité qui ne s’altère jamais, car elle tient à toutes les fibres du cœur. Oui, Adrien, oui, je suis fière de te le dire, je t'aime! je t'aime de toutes les forces de mon âme, sans restriction, sans hésitation, sans partage... mais.
ADRIEN.—Alors, Blanche, Ô ma Blanche 1 aimée, qu'’as-tu à craindre? Pourquoi douter la
Providence? Celui qui protège le nid dés pétits oiseaux, est le père de tous ceux qui s'aiment.
BLANCHE. —Qu'il nous défende alors, car je crains un malheur... ‘
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mo. 49 SCÈNE III
LES PRÉCÉDENTS, Mme SAINT-VALLIER.
Me SAINT-VALLIER, entrant.—Blanche, je né dois pas souffrir que vous sortiez ainsi seule avec monsieur, Tous ces roucoulements sont fort bien, mais cela ne peut durer. Ma fille m’appartient, et personne n’en disposera contre mon gré. Puisque M. Jolin nous a trompées en se faisant passer pour riche, je veux bien ne plus penser à lui; je lui ai retiré mon estime; mais je ne vois pas de raison là-dedans, monsieur Launière, pour que je vous accorde la main de Blanche. Cela ne vous met pas en position de vous charger d’une famille. Je finirai par me lasser de toutes ces chuchoteries, si l’on ne va pas franchement au but.
ADRIEN.—Mais, madame, ne m'avez-vous pas permis.
Mn SAINT-VALLIER.—Permis, permis! est-ce que je sais, moi, ce que je permets et ce que défends, depuis l’arrivée de ce M. DesRivières, si bien surnommé la Bourasque. Tout tourne à sa volonté ; il fait la pluie et le beau temps dans cette maison. Il est riche, il ne l’est pas ; il arrive ici vêtu comme un mendiant, et il jette l’or par les fenêtres. Une nuit vous tombez des nues en nous annonçant que M. Jolin assassine votre M. DesRivières. Le lendemain matin on vous voit déjeuner gaiment tous les trois, et vous nous assurez que toute cette affaire qui nous a causé une si grande peur, n'est qu'un malentendu. M. Jolin a l’air de détester cet étranger, êt lui obéit comme un'esclave. Enfin Jolin n’est pas digne de ma fille, c’est fort bien. M. Des- Rivières en me parlant de votre mariage, m'a fait entendre certaines choses. mais s’il ne se hâte pas de s'expliquer clairement, je ne vois pas pourquoi je souüffrirais plus longtemps des assiduités inutiles...
BLANCHE.—Mais, mamap, M. DesRivières vous aurait-il exprimé l'intention. ?
Mne SAINT-VALLIER.—Rien, rien; ces questionslà ne sont pas à ta portée. Seulement si votre millionnaire continue à recevoir üne légion d’amis, de cousins et de cousines à qui il fait espérer sa succession, je ne sais pas comment il pourra réaliser ses promesses.
BLANCHE.-Je comprends mal, maman; vous
ne voulez pas dire sans doute que M. DesRivières aurait promis de suppléer à notre défaut de fortune ?
Mie SAINT-VALLIER.—Et quand cela serait?
BLANCHE.=-Les convenances, le sentiment de ma dignité me défendraient d’accepter les dons d’un étranger, dût mon bonheur en dépendre !
Mme SAINT-VALLIER.- Phrases de romans que tout cela. D'ailleurs si tu es si délicate, M. Des-
Rivières ne pourrait-il pas s'intéresser en faveur de son nouvel ami, M. Adrien, qui lui a, paraît-il, rendu un service immense ?
ADRIEN.:-Madame, je frougirais de devoir la main de Blanc’ une indélicatesse ; et c’en serait une que de ” r le prix d’nn service rendu.
BLANC —Cher Adrien, nos âmes se devinent toujours.
Mu SAINT-VALLIER.--Sur ma parole, la jeu-
nesse d'à présent est complétement folle. Ah! ça, voudriez-vous bien me dire pourquoi, après m'être opposée jusqu'ici à cet absurde mariage, j'aurais changé d’ävis tout à coup, si l’on ne m'avait fait entendre certaines éventualités? Qu'y aurait-il de changé dans nos situations réciproques ? Mais puisque vous êtes si désintéressés, n’en parlons plus..tout est rompu! Toi, Blanche, je te défends de revoir M. Lauxière ; et de son côté M. Launière voudra bien ne plus t’honorer de ses attentions particulières.
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ds ADRIEN.—Oh! madame, par pitié pour moi, pour Blanche.
Mne SAINT-VALLIER.=-C'est mon dernier mot!
BLANCHE.—Oh! maman! ( Elle pleure. ; Mne SAINT-VALLIER.--Blanche, rentrons!
ADRIEN:-Soyez tranquille, Blanche; je ne vous abandonnerai pas !
Mme SAINT-VALLIER.—C'est ce que nous verrons. ( Elle va pour sortir en entraînant Blanche, et elle se trouve face à face avec Auguste.)