‹ Le retour de l'exilé [microforme]Chapitre 20 sur 32 · SCÈNE IV LES PRÉCÉDENTS, AUGUSTE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LES PRÉCÉDENTS, AUGUSTE

AUGUSTE, entrant.—Ma foi, mes bons amis, c’est

très mal à vous de quitter la table avant la fin. Voue:

perdez un spectacle unique : d’abord cette ménagerie de parents que j'ai grisés en les obligeant à boire outre mesure à mon heureux retour ; et ce pauvre Jolin, qui fait la plus piteuse mine en comptant les bouteilles vides et les verres cassés. Son cœur d’avare saigne par tous les pores. Le poverello ! s'ii avait vu mes diners d’apparat dans l'Inde! On buvait dans des gobelets d'or enrichis de perles que l’on jetait dans le ange à la fin du repas. On brisait les plats de porceraine du Japon, sur la tête des porteurs de palanquins, avec aussi peu de regret que je

brise ce méchant verre de deux sous. (/} jette le

verre dans la coulisse.) de |

Mme SAINT-VALLIER.— Voilà de jolies ruanières | Vous devriez avoir plus d'égards-pour la vaisselle de la maison, On a beau être riche,.on trouve toujours l’occasion d'employer convenablement sa fortur

AUGUSTE.-Fort bien parlé, bonne maman Saint- Valliér ; mais je suis pour le moment un riche d’une

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certaine espèce; mon plaisir suprême. (Æraminanl Adrien et Blanche.) Mais, par Al-Borak ! que signifie ceci? Les enfants ont pleuré ? Qui a effarouché mes gentils tourtereaux ? Qui a jeté des pierres dans mon buisson de roses? Tron de l'air! serait-ce un nou veau tour de Jolin? Voudrait-il rompre la trève ?

ADRIEN.—Non, mesieur ; Jolin n’est plus la cause de notre affliction. Merci de votre bienveil lance, mais elle ne peut rien pour diminuer nos cha

grins actuels.

AUGUSTE.—Alors je dois m'en prendre à vous, madame Saint-Vallier, je le parierais. Vous aurez encore tourmenté mes jeunes amis par vos éternelles exigences de fortune. Je vous avais pourtant fait entendre que, dans certains cas...

Mne SAINT-VALLIER.—Vous avez eu beau me parler de tous les cas possibles, ils ne veulent rien

de ‘vous ni de personne, et comme je ne saurais

souffrir plus longtemps de voir ce grand garçon rôder autour de ma fille, et lui parler à l'oreille.

AUGUSTE.-—-Etes-vous si méchante? Auriez-vous bien le cœur de martyriser ces chers enfants ? Regardez-les; leur naïve douleur ne vous émeut-elle pas ? Je croyais mon âme desséchée par vingt années de voyages, de luttes, de désenchantements ; et en les voyant, je me sens prêt à pleurer. Ah! c’est qu’en parcourant le monde dans tous les sens, j'ai admiré bien des choses, les merveilles de l’art, les splendeurs de la nature ; mais je n'ai rien trouvé d'aussi signe de respect et d’admiration que deux enfants jeunes et beaux, s’aimant d’un premier amour !.… Oh ! ne les séparez pas! ce serait une faute, ce serait un crime! Ne les séparez pas, ou craignez que leur malheur ne retombe sur votre tête... J'ai aimé come Adrien autrefois; il y a bien longtemps. Si rien n’eût fait obstacle à mon amour, j’eusse, pu devenir. un homme simple et, bon, utile à ses sem-

rnelles nt fait

au me nt rien saurais on rô-

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