‹ Le retour de l'exilé [microforme]Chapitre 8 sur 32 · SCÈNE I JOLIN, Mr SAINT-VALLIER, BLANCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE I JOLIN, Mr SAINT-VALLIER, BLANCHE

: JOLIN.—Quelle jolie voix elle a, cette aimable 5 Blanche! Vous avez admirablement cultivé votre fille, madame Saint-Vallier,

Mne SAINT-VALLIER.--Elle ne manque pas de

“ talent en effet, cher monsieur Jolin. Mais, vous sa-

1 vez, la jeunesse, ça n’a pas toujours la têté solide.

| Blanche, chante donc à M. Jolin la romance qu'il aime tant, Les quatre dges du cœur, tu sais.

| + BLANCHE.—Je ne suis pas en voix, maman.

JOLIN.—J'espère que Blanche sera toujours reconnaissante, raisonnable, et docile à vos instructions. y | [TAN LTS

Mne SAINT-VALLIFRR.—Certainement, cher monsieur ; Blanche ne sera pas une ingrate. Elle a maintenant dix-neuf ans; c’est l’âge cu jamais de prendre la vie au sérieux, d'apprécier lés positions, les caractères, de reconnaitre les bienfaits et les affections véritables. |

JOLIN.—Sans doute, sans doute. { À Blanche.) N'est-ce pas, Blanche, que vous vous montrerez toujours digne des soins que l’on a pour vous ?

BLANCHE.—Je l’espère, monsieur.

JOLIN.—Charmante enfant! Mais pourquoi ne pas m'appeler votre ami, ma fille ?.. Pourquoi ce titre de monsieur si banal et si froid ? Allons, venez m’embrasser, petite mauvaise.

Me SAINT-VALLIER.—Allons, Blanche, n’as-tu pas entendu ? Va dire bonsoir à notre cher protecteur.

JOLIN, après l'avoir embrassée au front, el la retenant par la main.—Adorable enfant ! que ne feraiton pas pour être aimé d'elle!

BLANCHE, faisant des efforts pour s'échapper .— Laissez-moi, monsieur! O mon Dieu! (Elle détourne la léle et se met à pleurer.)

JOLIN.—Encore des larmes! (La retenant par les deux mains.) Voyons, mon enfant, seriez-vous vraiment malheureuse dans cette maison? Que vous manque-t-il ? Etes-vous lasse de la solitude ? Voulezvous voir le onde? J’appellerai ici toute la société

de Québec. Voulez-vous de belles toilettes, des bi-. 4

joux? Perlez! Dites! Que désirez-vous ?

BLANCHE, sanglotant—Rien, monsieur, . ( Elle

s'échappe des mains de Jolin.) Mne SAINT-VALLIER.—Peut-on répondre ainsi

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à des procédés si généreux ! Se montrer ingrate à ce point envers un bienfaiteur, un ange...

JOLIN.—Non, non, ma bonne amie, ne parlons point de cela; ni elle ni vous ne me devez rien. Ja satisfaction de ma conscience est la seule récompense que je cherche en faisant ]. bien.

BLANCHE.—Monsieur Jolin, et vous ma mère, ne m'accusez pas d’ingratitude; je serai pleine de reconnaissance pour un bienfaiteur, pour un ami, mais je ne puis, je ne dois rien accepter à un autre titre.

JOLIN.—Et pourquoi pas, mon enfant? Dieu m'est témoin de la pureté de mes intentions. Je n'ai que votre bonheur en vue. Je suis vieux ; je voudrais avant de mourir vous assurer, ainsi qu’ à votre mère, une fortune acquise au prix de bien des sueurs. Ce projet eût coupé court à toute malveillante interprétation; et J ‘aurais eu, en mourant, la consolation de vous avoir assuré un sort heureux et enviable….

Mr SAINT-VALLIER.—Y a-t-il un pareil ange de bonté? Monsieur Jolin, quand vous mourrez, votre place est au ciel. Vous êtes un saint! Et toi, petite sotte, qui restes insensible à tant de vertus, tu n’as pas de cœur.

BLANCHE.-Ma mère, je voudrais vous obéir, mais vous le savez, des engagements sacrés.

Mre SAINT-VALLIER—QOui, un méchant barbouilleur de papier qui n’a pas le sou.

BLANCHE.—Maman, vous savez que je l'aime!

Mne SAINT-V ALLIER. —Elle l'aime, elle l’aime ! Tiens, Blanche, ne me parle plus de lui. Ge mariage ne se fera jamais tant que j’existerai !.

JOLIN. —Allons, calmez-vous, ma dHbré amie. La jolie Blanche n’est pas encore majeure ; elle ne peut se soustraire à votre autorité. Je sais bien qu’elle a

Re À .

Hi — !

fait mettre à la poste une lettre adressée à un certain M. Adrien Lauuière, à Montréal, et que ce M. Adrien Launière est venu s'établir en bas, chez Cayou,et 4 qu’il vient rôder souvent dans les environs du Do- % maine... mais.

BLANCHE.—Il est ici! à mon Dieu, merci! il m'aime toujours !

JOLIN.—Oh ! ne remerciez pas Dieu pour si peu. On attrape des coups de fusil au jeu qu’il joue-là. Mme ù Saint-Vallier ne se laissera pas prendre aux ruses 4 d’une petite fille, j'espère. |

Mne SAINT-VALLIER.—Moi! J'aimerais mieux la faire murer dans un cachot, que de la voir échan- 4 1 ger une seule parole avec ce freluquet,. 1 J

JOLIN.—Et moi, je veillerai de mon côté, et Thi. ÿ beault avec son fusil veillera de l’autre. Puisque tous

les moyer: de douceur échouent, nous en essaierons J d’autres. 4 | Mme SAINT-VALLIER.—Je vous aiderai, je vous Ü J

aiderai, mon ami.

| BLANCHE.—Malheureuse que je suis, je n’aurai L | donc personne pour me protéger. ( On sonne.)

JOLIN, {ressaillant, à part.—Qui peut venir à | pareille heure ? Tout le monde connait les habitudes de la maison. On sait que je ne reçois personne le soir.

Qui diable ce peut-il être ?.. À moins que ce ne soit... | à T Enfer ! je suis un imbécile, la moindre chose m’épou- 14 * vante. ( On sonne de nouveau.) Diable, diable! #4 y

On y met de l’impatience,; c’est sérieux albdrs; pre- A nons garde, prenons garde !... (À Mme Saint-Vallier, # 7 avec beaucoup d'agilation.) Ma chère amie, retenez- #Æ s’a] les un moment, pendant que je vais mettre mes :

livres en. sûreté, Dites que je reviens à l'instant: (/{ ! J empile ses livres sous. son bras pour sortir ; : Thi- # Qu beault entre. ) LE |

mieux échan-

et Thiue tous aierons

je vous

n'aurai

ir à paudes de e soir.

e soit...

m'épouia ble !..

rs; pre- -Vallier, reteneztre mes svt: (11

©Thi-

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