‹ Le Retour de Tarzan Burroughs Edgar RiceChapitre 26 sur 26 · LA FIN DU FILS DE LA JUNGLE · texte numérisé non relu

LA FIN DU FILS DE LA JUNGLE

Après avoir enseveli et rendu les derniers devoirs à l’infortuné Clayton, les deux jeunes gens poursuivirent leur route le long de la mer. Tarzan avait hâte de ramener Jane vers une contrée plus civilisée, et il s’était tenu le même raisonnement que Thuran, en pensant que, plus au Nord, il aurait quelque chance de trouver un établissement colonial.

Deux jours plus tard, ils aperçurent, au loin, un vieillard solitaire qui, assis sur le sable, contemplait l’horizon.

« Père ! » s’écria Jane en s’élançant vers lui. Ils étaient arrivés au camp de lord Tennington.

Après les folles exclamations, les questions sans fin, les réponses qui se succédaient pêle-mêle, chacun remit un peu d'ordre dans ses idées. Le professeur Archimède réussit à comprendre par quel extraordinaire concours de circonstances, il retrouvait sa fille en compagnie de Tarzan ; il écouta leurs aventures avec attention, mais ne cacha pas sa surprise en apprenant la triste fin de Clayton.

« Je ne comprends plus, dit-il. Thuran nous avait dit que Clayton était mort avant son départ !

— Thuran est avec vous ? fit vivement Tarzan.

— Oui, il nous a rejoints. Actuellement il est parti à la chasse avec lord Tennington. Il sera certainement ravi de vous revoir.

— Ravi et surpris », ajouta Tarzan.

Une heureuse nouvelle attendait encore les deux jeunes gens. La veille, précisément, un patrouilleur avait aperçu les signaux désespérés des naufragés, et devait venir les rechercher le surlendemain, après avoir achevé sa tournée d’inspection.

Les exclamations reprirent lorsque le professeur et sa fille entrèrent dans la clairière où les naufragés avaient édifié des huttes primitives. Esméralda, Philander, Hazel et sa mère n’osaient en croire leurs yeux, Thuran, de son vrai nom Rokoff, leur ayant apprit la mort de Jane.

Une heure plus tard, Tennington et Rokoff firent leur apparition à l’orée de la clairière. Tennington, le premier, s’aperçut du remue-ménage qui régnait dans le camp.

« Que se passe-t-il ? dit l'Anglais avec étonnement, en voyant que son compagnon verdissait soudain, les yeux fixés sur une haute silhouette qui se découpait au milieu de la clairière.

— Malédiction ! » murmura le Russe.

Et, prompt comme l'éclair, il épaula son fusil. Mais il avait compté sans Tennington qui releva brusquement l’arme au moment où le coup partait. La balle destinée à Tarzan alla se perdre en sifflant dans les airs.

Déjà Tarzan s'était rué sur son ennemi, mais il avait donné sa parole à Jane de se conduire en homme civilisé et

de remettre son ennemi entre les mains des tribunaux qui statueraient sur ses forfaits.

Tarzan se contenta donc de le réduire à l’impuissance et le ligota solidement, en attendant le retour du patrouilleur. Il retrouva avec joie les papiers que Rokoff lui avait dérobés, et que le Russe avait cachés dans une ceinture à même la peau.

Le lendemain, Tarzan, laissant son prisonnier à la garde de Tennington, qui jura de ne pas le quitter de l’œil, partit pour le village de Waziri.

Son peuple, qui le croyait perdu, lui fit fête, mais lorsque Busuli et ses fidèles guerriers apprirent que leur chef allait les quitter, ils retombèrent dans la désolation. Pourtant, ils exécutèrent ponctuellement les ordres que leur donna minutieusement Tarzan, avant de reprendre le chemin du camp.

Le lendemain, le patrouilleur accosta vers le soir, et l’embarquement des passagers fut décidé pour le jour suivant, dans la matinée. Mais dès l’aube, les guerriers de Tarzan arrivèrent, commandés par Busuli, et chargés des lingots qu’ils étaient allés déterrer selon les instructions de leur chef.

Tous les membres de la petite communauté furent abasourdis devant cette prodigieuse quantité d’or, mais Tarzan refusa obstinément toute explication sur l’origine de son trésor. Quant au commandant du patrouilleur, un peu interloqué, lui aussi, il déclara avec bonne humeur qu’il avait l'impression d’être capitaine à bord d’un galion espagnol rapportant tous les trésors du nouveau monde !

Tarzan avait appris qu’un ecclésiastique se trouvait à bord du navire. Il s’enhardit alors à parler à Jane d’un projet qui lui tenait au cœur.

« Je serais heureux, lui dit-il, que notre union fût célébrée sur cette terre d'Afrique où nous nous sommes connus, sous les ombrages de ces forêts qui furent témoins de mon enfance. »

Sans répondre, Jane inclina la tête en rougissant. Le commandant du patrouilleur accepta de servir d’officier d'état civil, et le pasteur vint bénir le mariage du fils de la jungle dans la verte clairière au bord de la forêt bruissante. Tennington et Hazel Strong devaient être les témoins, mais Tennington bouleversa cet arrangement par une idée qui lui vint au dernier moment.

« Si M”* Strong le veut bien, dit-il en saisissant la main de la jeune fille, Hazel et moi nous pourrions nous marier en même temps que nos amis | »

Ce fut donc, ce matin-là, la célébration d’un double mariage, tandis que les matelots emportaient dans les cales le trésor de Tarzan, et que Rokoff était mis au fer par le commandant, instruit de son indignité.

Dans l’après-midi, le navire leva l’ancre et s’éloigna lentement vers la haute mer.

Debout sur le pont arrière, un grand jeune homme, vêtu d’un complet de flanelle immaculé, et une gracieuse jeune femme contemplèrent longtemps le rivage, où vingt guerriers Waziris agitaient leurs lances dans les airs, pour faire leurs ultimes adieux à leur chef blanc.

« Je serais désespéré à l’idée de quitter la jungle pour jamais, dit pensivement le jeune homme, si je ne savais pas

que je vais commencer une vie nouvelle auprès de vous, ma bien-aimée ! »

Et Tarzan, fils de la jungle, désormais John lord Greystoke, serra sa femme entre ses bras.

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en février 2021.

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Ont participé à l’élaboration de ce livre numérique : Isabelle, Alain, Françoise.

— Sources :

Ce livre numérique est réalisé principalement d’après : Burroughs, Edgar-Rice, Le Retour de Tarzan, Paris, Hachette, 1938. D’autres éditions ont pu être consultées en vue de l’établissement du présent texte. L’illustration de première page, figure sur la couverture de Tarzan and the Jewels of Opar. Elle a été réalisée par Clinton Pettee (1832-1937) en 1918.

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