STANI?L\S
Le pouvais-';e ? A cent lieues de vous, h* sac sur le dos... courant toujours au pas de charge, et ne m'arrêtant que pour faire le coup de fusil... si même aujourd'hui je vous retrouve , c'est au hasard seul que je le dois... je viens enrégimenter pour un jour ou deux les habitans de ce village.
CHRISTINE
C'est pour cela ?..
STANISLAS
Oui... c'est ma consigne... et je n'ai eu qu'à me montrer... ce sont tous de braves gens qui ne demandent pas mieux.
«7 Christine , souriant. Si cependant, quelqu'un dentr'eux...
STANISLAS
C'est égal, il faudrait toujours marcher.
CHRISTINE
Par vous, du moins... on pourrait obtenir ..
STANISLAS
Rien!., oui, pour rieu au monde, je ne manquerais à mon devoir; pas même pour vous, Christine. christiwe, à part.
Ah! mon dieu! moi qui allais lui avouer.
STANISLAS
Mais, vingt fois, en vous quittant, j'étais tenté de revenir sur mes pas... je trouvais mon sacrifice trop grand; je m'irritais de ma générosité; je me demandais pourquoi je vous avais cédée à un homme qui vous méritait moins que moi; à un homme, dont même maintenant le nom seul me met encore en fureur. CHRISTINE.
Que dites-vous?
STANISLAS
Air : Le choix que fait tout le village.
p.irùon , l'ai tort, j'abjure la colère Qui m'animait encore jusqu ici ;
Devant cells qui lui fut chère, J'nai pas le droit de mal parler de lui.
Il n'est plus là pour se défendre ,
Et ie nMois voir que s?s vertus ; Nobles rivaux , n'outrage ons pas la cendre Du malheureux qui ne nous entend plus.
Il n'existe plus!., qui vous a appris?..
STANISLAS
Votre sœur , qui m'a tout raconté.,, mais, votre tris, tesse , cet habit de deuil m'en discMii encore plus que son récit... oui, Christine, vous êtes libre; moi, je l'ai toujours été. ( Avec émotion.) Me voilà Christine.
CHRISTINE
Moq ami, vous n'êies pas en état de m'entendre,.. Dans quelques jours je vous parlerai raison.
STANISLAS
Dans quelques jours!., attendre encore!.. Non, j'ai trop souffert, et vous me donnerez votre foi aujourd'hui , à l'instant même -, demain, je peux être tué... à présent que je veux vivre , le canon ferait attention à moi...
CHRISTINE
Mais, mon ami...
STANISLAS
Quoi! vous hésitez encore... Eh bien ! vous ne le pouvez plus, vous n'en avez pas le droit... cette foisci, j'ai rappmté de mes campagnes cinq blessures de plus, et les galons de sergent... mais, voilà tout; ainsi vous êtes riche , et moi...
Air : Sans murmurer.
Je n'ai plus rien > Je dois vous en instruire RefusVez-vous a unir vot1 sort au mien ?
CHR1STI-NE
Ecoutez-moi.
Stanislas , avec douleur.
Ce mot doit me suffire...
C'est maintenant , hélas.' que je puis dire : Je n'ai plus rien.
CHRISTINE
Oh! tout ce que je possède est à vous.
^T INISLAS.
Je n'en veux pas.
CHRISTINE
Ou plutôt , je ne possède rien qui ne vous appartienne.
STANISLAS
Je ne veux que vous... que vous seule...
CHRISTINE
Puis-je obtenir au moins que vous m'écouterez un seul instant.
STAM LVS.
Soit... un instant, et pas plus.
CHRISTINE
Que pouvez-vons exiger? mon affection, mon amitié... vous l'avez!., et une amitié si vraie , si tendre, que plus d'une fois peut être, Michel aurait eu le droit de s'en offenser ; mais mon amour !.. il n'est plus en mon pouvoir de le donner, et quand je le pourrais, devriez* vous le désirer?., cette tendresse, ces seniimçns qui vous semblent si doux, ne cesseront ils pas de l'être, quand vous vous rappellerez (jue je les avais déjà éprouvés pour un autre , jaloux du passé, mécontent du présent, vous craindrez toujours d'être aimé faiblement, et peut-être avec raison .. car, croyez-moi, mon ami, on u'aime bien qu'une fois, et c'est la première.
STANISLAS
A qui le dites-vous?
Christine , vivement.
Je ne parle ainsi que pour les femmes ; car vous... un homme , c'est si différent ; Stanislas... soyez sincère , et dites- moi si pendant ces cinq années, vous ne m'avez jamais oubliée ?
STANISLAS
Moi , morbleu !..
CHRISTINE
Pas de galanterie , la vérité... votre foi de soldat...
STANISLAS
Eli! bien, oui... l'absence , la guerre, les périls, d'autres distractions ; vous out quelquefois éloignée de mon souvenir , je ne dis pas non... mais depuis que je vous ai revue.
CHRISTINE
Et si vous ne m'aviezpas revue ; si quelqu'autre jeune, aimable ; et dont le cœur ne se serait pas donné , vous eut aimé?..
STANISLAS
Et où voulez- vous que je la rencontre? où trouver une autre Christine ?