‹ Le retour;Chapitre 19 sur 22 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LISA , s'asseyant du côté de la porte à gauche , et pleurant , SÏA1NISLAS , de Vautre côté.

Stanislas , à part.

Je ne sais où j'en suis... j'éprouve un trouble, une émotion; moi, qui n'ai jamais aimé que des ingrats; il se pourrait... non, je ne puis le croire, et Christine s'abusait. {Haut.) Lisa!

LÏSA.

Laissez-moi , je ne veux vous parler, ni vous regarder... ma sceur dirait encore que je vous aime , mais c'est par jalousie... sachez que je n'ai jamais aimé personne,

STANISLAS

Ce n'est pas cependant ce que vous me disiez tout-àl'heure , avant l'arrivée de Christine.

LISA

Ah ! mon Dieu!., quoi! vous vous rappelez... c'est une surprise, c'est une trahison, et vous ne devez rien savoir.

Lisa, pourquoi me traitez-vous en ennemi?., est-ce ma faute , si votre sœur vous a fait de la peine.

LISA

En tout cas, vous vous rappelez aussi que, loin de vouloir vous retenir, je vous ai conseillé de vous éloigner.

STANISLAS

Oui, il n'est que trop vrai.

Eh! bien, maintenant, je vous en supplie.

STANISLAS

Et pourquoi ?

LISA

Parce que sans cela, vous croiriez toujours que je vous aime , et j'en mourrais de honte.

STANISLAS

Eh! bien, morbleu! quand par hasard, vous m'aimeriez , où serait, le mal?

LISA

Aimer quelqu'un qui ne pense pas à nous , ressentir pour lui un amour qui n'est pas partagé.

STANISLAS

Et s'il Tétait.

Que dites-vous?

STANISLAS

Si, frappé de votre caracière noble et généreux... il vous avait d'abord admirée .. si, plus tard, consolé par votre amitié, soutenu par vos conseils .. il se fût, grâce à vous, corrigé d'une passion insensée qui L'avilissait à ses propres yeux... si enfin , touché de vos grâces, de vos attraits, et plus encore de l'espoir d'être aimé, il éprouvait pour vous une tendresse véritable.

LISA

Non, non, cela n'est pas possible.

STANISLAS

Je le croyais comme vous... et voilà pourtant, ce qui m'est arrivé.

LISA

Vous cherchez à vous abuser vous-même, et vous aimez encore Christine.

STANISLAS

Même avant cet aveu, n etais-je pas décidé a la quitter?

C'est vrai.

STANISLAS

Dans ce moment encore, n'est- elle pas libre? ne m'offre- t-elle pas sa main?

lisa , avec joie. C'est vrai, mais c'estégal, il me faut d'autres preuves.

STANISLAS

Parlez, qu'exigez- vous ?

LISA

Je veux que d'ici à quelque temps , mes ordres , et mes volontés , soient sur-le champ exécutés par vous... et alors nous verrons.

STANISLAS

Mais au moins , quel terme voulez-vous me fixer?

lisa , à part , le regardant.

Dieu ! si j'osais... allons , essayons cette épreuve.

Stanislas , la serrant près de lui.

Lisa, parlez sérieusement, et ne vous faites pas un jeu de me tourmenter.

ltsa , le repoussant.

Non laissez-moi... ( l ev ai tt les yeux vers lui) tenez... {à part) oui , c'est cela... ( Haut ) ce matin , ici , quand vous avez voulu m'embrasser , celte grande moustache m'avais déjà déplu , je n'en veux pas, olez-là.

STANISLAS

Y pensez- vous , Lisa , est-ce une plaisanterie ?

LISA

Plaisanterie ou non, je l'exige.

STANISLAS

Me séparer de ma moustache ! passer pour un blancbec!., moi, un vieux grenadier, non!

]S"on? Non !

LISA

STANISLAS

LISA

Eli bien ! vous êtes le maître ; je savais Lien qu'à fa première chose que j'exigerais...

STANISLAS

Eh! morbleu! demandez-moi plutôt d'aller couper

celle de dix grenadiers ennemis.

l;sa.

Eh! que m'importe à moi que vous alliez vous exposer aux dangers du champ de bataille, vous le faites tous les jours , pour obéir à votre colonel , à votre capitaine ; il me faut aussi une preuve d'attachement, sinon , ne me parlez jamais de votre amour.

STANISLAS

Mille millions de cartouches !

LISA

Eh bien?

]\ron... (27 va pour sortir, et s' arrêtant au fond du théâtre , comme s'il réfléchissait ; il revient. ) Voyons si elle l'oserait... milzieux ! elle le paverait cher. (Il sapproche de Lisa. ) Eh bien ! Lisa , me voilà.

LISA

C'est bien. (Un moment de silence , et regardant Stanislas gui essuie une larme.) D'où vient cette larme?

STANISLAS

De rage... de me voir humilié par une femme.

LISA

Moi! vouloir vous humilier ! et vous avez pu le croire? non , cette preuve d'amour me suffit. Et c'est tout ce que je voulais.

STANISLAS

Comment ! il serait possible ! bien , Lisa ; si tu l'avais osé, je ne t'aurais revue de ma vie... maintenant, je

suis à toi, et pour toujours... il n'y a plus d'autre amour... il n'y a plus de Christine !..

Page 1