‹ Le Rétrécissement Mitral: Dans Ses Rapports Avec L'État PuerpéralChapitre 34 sur 53 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'ARTÉRITE PULMONAIRE ET L'INSUFFISANCE VENTRICULAIRE DROITE DU RÉTRÉCISSEMENT MITRAL AU COURS DE LA GROSSESSE

Dans la classification des accidents gravido-cardiaques que nous avons substituée aux cadres anciens, on vient de voir que l’intérêt principal se concentre sur l'insuffisance des cavités gauches; nous pensons néanmoins qu’une place, plus petite il est vrai, mais non point négligeable doit être réservée aux complications pulmonaires du rétrécissement mitral et à l'insuffisance ventriculaire droite.

Il existe fréquemment au cours de l’évolution de la sténose mitrale, un syndrome de distension de l'artère pulmonaire qui se manifeste à l’écran par une exagération de la saillie de l’arc moyen qui monte verticalement très haut, en marche d’escalier et par l’augmentation du volume des ombres hilaires qui, lorsqu'il n'existe pas de stase veineuse concomitante, restent nettes, faciles à dessiner et sont animées de battements très amples et très visibles.

Ce syndrome de distension est sans doute la conséquence d’une hypertension pulmonaire et c’est par suite de l’aug-

mentation de cette hypertension que la grossesse peut être envisagée comme un des facteurs de production de l'artérite pulmonaire ou comme un facteur d’aggravation lorsque lPapparition en est antérieure à la conception. Souvent cependant, l’aggravation de l’artérite est peu marquée au cours de l’état puerpéral; dans ce cas, les accidents dont nous parlons maintenant sont alors masqués par l'allure plus inquiétante et plus redoutable des insuffisances auriculaire et ventriculaire gauches.

.Notons cependant que l’artérite pulmonaire doit être envisagée comme facteur de production possible d'œdème * aigu du poumon. <

En dehors de ces faits, l’artérite pulmonaire est également intéressante au cours de la gestation lorsqu'elle est grave et vient se compliquer d'insuffisance du ventriculedroit. Ces deux complications du rétrécissement mitral, qui sont sous la dépendance directe l’une de l’autre doivent ainsi, à notre avis, être étudiées dans le même chapitre.

Parmi les observations qui sont à la base de notre travail, nous avons recueilli deux cas d’artérite pulmonaire et d'insuffisance ventriculaire droite qui ont été aggravés par l’état puerpéral; l’un de ces cas s’est terminé par la guérison, tandis que l’autre a évolué vers la terminaison fatale. L’histoire de ces deux malades va nous servir de type de description des accidents qui font l’objet de ce chapitre. one

O8s. XV. — Mme M. D... primipare, 30 ans, vient consulter le 29 janvier 1927 à la consultation de cardiologie de l'hôpital Broussais, parce qu’elle est enceinte et que son médecin lui a trouvé une maladie de cœur. On ne relève rien dans ses

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antécédents jusqu’à l’âge de 18 ans. À ce moment, elle a eu

une maladie qui se serait traduite par un mauvais état général,

. une augmentation de volume de l’abdomen, et qui aurait abouti à la guérison en une année. C’est en la soignant pour

Cela que son médecin, lauscultant, lui a découvert une maladie de cœur, qui cependant n’a pas été soignée à ce moment et n’occasionnait d’ailleurs aucun trouble fonctionnel.

En 1918, à 23 ans, elle a eu la grippe ; depuis elle tousse assez souvent et quelques symptômes cardiaques subjectifs ont également commencé à apparaître : Dyspnée d’escalier progressive, palpitations et algies précordiales. Elle n’a jamais eu de dyspnée de décubitus mais parfois le soir, ses chevilles étaient enflées.

Réglée à 14 ans, la menstruation a toujours été assez irré- gulière jusqu’à sa grossesse actuelle. Elle à eu ses dernières règles le 11 octobre 1926.

Dès le début de sa gestation, celle-ci n’a pas été bien supportée. Ses palpitations, les algies et surtout la dyspnée d’effort ont beaucoup augmenté. Elle a eu de fréquentes hémoptysies. L’œdème malléolaire est devenu plus accentué et constant. Depuis le 15 novembre, la malade est soignée en ville par des gouttes de digibaïne, et ce traitement n’a pas amélioré son état.

Examen le 9 janvier : À l'inspection, on remarque que les extrémités des membres et le visage sont cyanosés. Les jugu-. laires battent violemment. Au cœur, on note un claquement de fermeture de la mitrale, un petit soufile systolique doux ne, se propageant pas vers l’aisselle et dont le siège se trouve au-dessus et un peu en dedans de la pointe. Ce souffle ne se modifie pas avec les changements de position. Enfin on constate à la base, un dédoublement du deuxième bruit, avec un éclat au foyer pulmonaire. Le pouls bat régulièrement à 100, la tension artérielle est de 12-8. L’auscultation pulmonaire permet d'entendre de nombreux râles sous-crépitants aux bases, l’œdème malléolaire est peu intense ; le foie dur et douloureux déborde de 2 centimètres les fausses côtes.

L'examen radiographique pratiqué le surlendemain, permet dé constater un arc moyen allongé, très convexe en vue

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“08 es de face et animé de battements visibles. Le ventrieule gauche est hypertrophié. Les cavités droites sont probablement aussi dilatées, mais on ne peut l’affirmer. On note également une stase veineuse bilatérale mais sans diminution de la transparence pulmonaire. Enfin, en position transverse, l'oreillette vient au contact de la colonne (ef. fig. 19).

Fig. 49.

Mme D.., 11 janvier 1927 {Ortho du D: Crareron). — Stase veineuse et syndrome de distension de l'artère pulmonaire, compliqué de dilatation probable du ventricule droit.

Nous concluons à un rétrécissement mitral, en état d'insuflisance ventriculaire gauche modérée, compliqué d’artérite pulmonaire, et peut-être d’un début de fléchissement du ventricule droit.

Le 1€T février, nous revoyons la malade. Depuis le dernier examen, son état a encore empiré; elle est plus essoufflée, tousse beaucoup et expectore de plus en plus souvent des crachats hémoptoiques. Les signes d’auscultation sont les

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