Le Rev. P. Marquette, s.j. ou Notes sur les découvertes du Mississipi [microforme]
Le 17 juin, oa célébrera, en Canada et aux Etats-Unis, le deux-centième anniversaire de la découverte du Mississipi.
C’est un jour qui ne pouvait passer inaperçu au milieu de nous ; car il rappelle un événement glorieux pour la Religion et la Nationalité ; ce furent en eet un de nos compatriotes GE), et un de nos missionnaires qui furent les premiers à découvrir, au profit de la France, le grand fleuve américain (2;.
L'occasion m'a semblé favorable pour faire connaître davantage l’un de ces premiers explorateurs, le P. Marquette, et avec lui quelque peu de ces précieux documents historiques que les Jésuites nous ont laissés sous le titre de Relations.
La notice, que j'offre au publie ne sera pourtant qu’une traduction de la vie du P. Marquette par M. Johr. Gilmary Shea. Mes occupations ne me permettant pas de faire toutes les recherches nécessaires pour avancer sûrement et par moi-même dans un pareil travail, j'ai eru devoir im'attacher à l’auteur distingué que je viens de nommer, et que je reproduirai presque toujours.
(1) Le compagnon de Marquette, le Sieur Louis Jolliet a été baptisé à Québec, le 21 Sept. 1645, Il mourut en 17, entre Mail et Octobre probablement sur l’île d’Anticosti où il se rendait chaque année pour la traite des pelleteries, Ces renseignements que nous fournit l'Abbé Tanguay dans son granû Dictionnaire Généalogique des Familles Canadiennes Sont bien pione E pour l’kistoire qui était complètement déroutée sur la date de a mort de Jolliet. M. She la place à quelques années avant 1737,
(2) On pen ie assez communément que Fernand de Soto, qui suivit Pi- Zarrée à la conquête du Pérou, a été le premier européen à découvrir le Mississipi qu'il aurait traversé en Juin ou Juillet 1541 La découverte fortuite de l’aventurier de Soto, ne ressemble en rien à celle du P, Marquete et de Louis Jolliet, Nuage revient tout entier l'honneur d’avoir révélé & l’Europe le cours du Mississipi,
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Non loin d’une branche de l'Oise, dans le département de l'Aisne, la petite ville de Laon s'élève altière sur le sommet d'une montagne, Avec sa cathédrale antique, et sa ceinture de vieilles murailles, elle nous rappelle d’autres temps, d'autres époques : celles des luttes entre les nobles, comme durant la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons, où elle fut plusieurs fois assiégée,
La famille des Marquette est la plus ancienne de cette ville fameuse, et pendant de longues années on voit les rejetons de cette illustre races élevés sans interruption aux premiers honneur, civiques. Elle occupait déjà une place distinguée sous Louis-le- Jeune, et ses armes sont là pour nous attester encore le dévoue-
ment de Sieur Jacques Marquette, shérif de Laon, à la cause der
son royal maître, l'infortuné Jean de France, en 1360.
L'esprit militaire était traditionnel dans la famille, et dans toutes les guerres sérieuses de la France on retrouve quelquesuns des Marquette qui s'y distinguent par leur valeur, Trois d’entre eux ont donné leur vie au service de la république américaine, en combattant dans les rangs de l'armée française venue au secours des Etats-Unis pendant la guerre de la révolution.
Cependant, quelqu'ancien que soit le nom des Marquette, quelqu'illustre qu’il puisse être, son souvenir n'aurait pas été conservé parmi nous, n'eût été le dévouement d'un membre de la famille. Celui-ci, après avoir renoncé au toit paternel pour se faire religieux, s'arracha encore à la patrie pour venir sur cette terre d’ Amérique, en Canada, travailler jusqu'à sa mort à la conversion des pauvres sauvages.
Usé avant le temps par de rudes travaux et de continuelles privations, il est mort dans la fleur àe l’âge, sur un coin de terre isolé, perdu dans les forêts, mais le souvenir de z4es vertus et l'histoire de son apostolat vivront à jamais dans nos annales ; une découverte fameuse, celle du Mississipi assure encore l’immortalité à l’illustre sujet de cette biographie, le Père Jacques Marquette, de la Compagnie de Jésus.
Il est né dans la ville de Laon, en 1637. Il était parent par sa mère, Rose de La Salle, du vénérable J, Bte, de La Salle, fondateur de l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes. C’est en partie à l'éducation de sa pieuse mère qu'il dût cette tendre ei constante dévotion envers la T. Ste. Vivrge qui l'a placé au rang des plus zélés serviteurs de Marie Immaculée.
On peut dire de lui qu'il renonça aux séductions du monde avant de les connaître, car dès l’âge de dix-sept ans, il se sentit. porté vers la Compagnie de Jésus où il entra en 1654. Les deux années du noviciat, années d'étude de soi-même, d'examen et de
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récollection, passèrent bien vite ; elles furent suivies de douze autres années consacrées, comme c’est l'habitude chez les Jésuites, à l’enseignement et à l'étude.
Tant qu'il fut occupé dans ces humbles devoirs, il n’eut pas d'autre ambition que celle de se former aux vertus religieuses par une parfaite observance de ses règles ; mais lorsqu'il fut revêtu du caractère sacré de la prêtrise, il sentit son cœur s’enflammer du désir de vivre et de mourir dans les missions,à l'imitation de St. François Xavier, qu'il avait choisi pour patron.
Il était alors enrôlé dans la province de Champagne qui n'avait pas de mission étrangère, mais bientôt il fut transféré dans celle de France, et en 1666, il faisait voile pour le Canada. Il débarqua à Québec le 20 septembre, plein de vie et de santé, et il attendit au milieu de ses frères,que ses supérieurs lui fixassent sa nouvelle destination.
Le Père Marquette arriva en Canada à une époque bien intéressante de son histoire.
Dans les premières années de son établissement, la colonie avait joni d’une pleine et entière liberté religieuse, Aucune mesquine ja’eusie, de la part de l'autorité civile aucune froide et égoïste politique n'était venue entraver et décourager les efforts de l'Eglise naissante.
Mais ces jours de paix et de tranquillité ét taient passés nour l'Eglise du Canada ; elle devait maintenant se préparer à la lutte contre les empièteinents de l'autorité civile. Dieu venait de donner à son petit peuple an guide ferme et éclairé, François de Laval, qui était débarqué à Québec en 1658, avec le titre d'évêque de Pétrée et de vicaire apostolique de la Nouvelle- France, Peu à peu, il vit se rassembler autour de sa personne
quelques prêtres séculiers, et il put songer à la condition religieuse
des postes français, qui n'avaient été jusqu'alors que de simples missions entre les mains des Jésuites. A l’époque de l’arr'vée de Marquette, le diocèse avait déjà pris une apparence de régularité ; le clergé avait augmenté, la cathédrale et le séminaire
s'élevaient rapideme nt. La guerre avec les [roquois qui avait si longtemps retardé les progrès de la colonie et frustré les espérances des missionnaires, venait de se terminer heureusement par les efforts du Lieutenant-Générai de Tracy, enfin un nouveau champ était ouvert aux missions.
Lougtemps elles avaient été l'objet des désirs du P. Marquette qui n’ambitionnait rien tant que de parcourir ces solitudes et surtout l'Ouest où il voulait ailer porter avec l’image, la connaissance et l'amour de Jésus Crucifié. Dès 1660, on ‘avait résolu de commencer une mission chez les Outaouais, et Ménard, un vété-
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ran, ke dernier survivant den missions huronnes, encouragé par l'évêque, partit pour aller relever la croix du Sault Ste. Marie, que ses anciens compagnons Jogues et Raymbaut avaient plantée vingt ans auparavant, Il l'arhora sur les bords de la Baie de Kewzena dans le lac Supérieur, et tandis qu’il méditait le projet d'aller rejoindre les Sioux dans le Haut du Mississipi, il mourut misérablement au milieu des bois par la famine ou par la hache d’un sauvage errant,
Au temps où Marquette se préparait à partir pour les missions du lac Supérieur, le Père Allouez s’y trouvait déjà, explorant les lieux et pénétrant dans des contrées qu'aucun blanc n'avait visitées avant lui. A la vue du vaste champ qui s'ouvrait à son zèle, le missionnaire implorait l'assistance de ses frères, et il demandait un nouvenñu renfort.
Telle était la mission de l'Ottawa ; mais il ÿ en avait d'autres encore. Le Père Jogues, traiïné en captivité par les cruels Troquois de l’état de New-York, avait rougi de son sang cette terre infidèle. Le sol était préparé pour recevoir la semence du Catholicisme, Dès lors, les missionnaires tournèrent leurs regards vers les farcuches tribus de la famille iroquoise, et en 1654, le Père Simon le Moyne visitait le bourg d'Onondaga.
L'année suivante une mission fut établie, ec les missionnaires explorèrent tout l'état depuis l’Hudson jusqu'à Niagara.
Mais voici que tout à coup la face des affaires change — un complot est formé contre la colonie française d'Ono: 1daga, et cette première mission est anéantie après une courte existence ‘de trois années. la guerre qui suivit, porta l'épouvante dans tout le Canada, et il ne fut pas possible de sonzer à une nouvelle mission dans New-York. La tentative e que firent ensuite les Jésuites pour rétablir la missicn de Michigan, est certainement une des entreprises les plus hardies que mentionnent les Relations, et c'est un des plus glorieux moments du courageux apostolat de ces missionnaires. À peine l'arbre de la paix at-il été planté, qua les Pères se hâtent de nouveau vers les cantons iroquois et après vingt ans de labeurs, de prédications incessantes, ils ont la consolation de voir la plus grande partie des Iroquois professer la Religion du Christ.
Une autre grande mission était celle des Abénaquis dans le Maine, fondée par le Père Druillette en 1647. Il la visita ensuite à divers intervalles j jusqu’à ce que des missionnaires y fssént leur résidence permanente.
Il y avait encore les missions du fleuve St. Laurent pour les tribus nomades des Algonquins, qui se réunissaient à Sillery et
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