M. C. MOREAU
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car depuis elle a changé son cours. Ils élevèrent à la hâte sur ses rives, une méchante cabane d' écorces, et ils y couchèrent leur malade aussi bien qu’ils pureut.
Le premier souci du Père fut de consoler ses compagnons. Il les exhorta à {a confisnce en Dieu qui ne les abandonnerait pas dans ces vastes solitudes. Puis il leur donna quelque temps pour se disposer au sacrement de pénitence qu’il voulait encore leur administrer. Il acheva dans l'intervalle ce qui lui restait à dire de son bréviaire pour ce jour-là. Car quelqu'incommodité qu'il eut eue dans le voyage, il voulut le réciter jusqu'au dernier jour de sa vie,
Après avoir entendu la confession de ses bien aimés compagnons, il les envoya prendre un peu %e repos. Quand il sentit l'agonie qui approchait, il les appela, et remettant à l’un d’eux le crucifix qu'il portait à son cou, il le pria de le tenir élevé en face de lui. Portant les yeux sur cette image bénie, la fixant de son reg-.r41, il fit sa profession de foi d’une voix ferme, remercia Dieu
de. ‘= incomparable qu'il lui faisait de mourir Jésuite, missionna , abandonné au miliew à’un désert.
Ensu. il se tut, se recueillit, por s’entretenir en lui-même avec Dieu ; de t:mps à autr. il laissait échapper quelques pieuses aspirations. Il entra en agonie, mais une agonie douce et tranquille ; ses lèvres mourantes murmurèrent le nom de Jésus et Marie, qu'il prononça plusieurs fois, et en même temps, comme si quelque chose se fut présenté devant ses yeux, il les hanssa tout d’un coup, un peu au-dessus de son crucifix, et regardant toujours fixés:ent de ce même côté, le visage souriant et tout enflammé, il rendit paisiblement sa bienheureuse âme à son Créateur, un samedi, le 19 mai 1675, entre onze heures et minuit (Ægl. 1675).
« Ainsi, dit M. Garneau, se termina dans le silence des forêts, la vie d’un homme dont 15 nom reter tit aujourd’hui plus souvent dans l’histoire que celui de bien des personnages qui faisaient alors du bruit sur la scène du monde, et qui sont pour jamais oubliés »
Après avoir versé bien des larmes sur le corps de leur Père, les deux compagnons du missionnaire allèrent l’enterrer sur une petite colline voisine et ils plantèrent une grande croix auprès de sa tombe. Ayant accompli ce dernier devoir, ils s'embarouèrent tout tristes, le lendemain, pour continuer leur route à Michillimakinac.
Deux ans plas tard, au printemps (1677), les sauvages Kiskakon, que le P. Marquette avait instruit à la pointe du St. Esprit, s’en revenaient des environs du lac des Illinois, où ils avaient pas-
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sé l’hiver à chass’r. En passant près de la tombe de leur bien aimé Père, ils eurent la pensée de s'y arrêter. Une fois rendus fl sur les lieux, ils délibérèrent sur ce qu'ils avaient à faire pour témoigner de leur respect envers les restes de leur missionnnaire,
LS ‘4 Ils résolurent alors d': agir suivant leur coutume indienne. [ls | x ouvrirent donc la fosse, enlevèrent le corps, en firent la dissection | # puis lavèrent les os, et les ayant fait sècher, ils les enfcemèrent fi il dans urfe Caisse de bouleau pour les transporter à la mission de il we St. Ignace, à Michillimakinac, (| Trente canots composaient la flottille, devenue maintenant un (el " convoi funèbre. Comme ils s'avançaient vers Michillimakinae, [is it ! un parti d’ Lroquois alla les rejoindre pour faire honneur au Père fl le | que tous regrettaient. Lorsqu'ils furent en vue de la résidence je , Ë des missionnaires de St. Ignace, le P, Nouvel,supérieur, le P. Pier- (] 1 , son, ct tout ce qu ‘il y avait de Français et de Sauvages à la mis- la u sion s'en allèrent à leur rencontre, Après avoir vérifié, par les il gs interrogations ordinaires, que c'étaient bien les restes du vénéré ht, P. Marquette que l’on apportait, les missionnaires entonnèrent le ji e De Profundis et la prière funèbre s'éleva solennelle sur les eaux {ii 8 jusqu à ee que l’on fût arrivé à terre. (if 1- La châsse crossière qui contenait les précieuses reliques fut À ; transportée à l'éclise et placée sous la représentation d’un cercueil Le où elle resta exposée toute la journée (8 juin). Le lendemain on 8 chanta un service solennel pour le digne religieux, et l'on mit ses Fi t / restes dans un petit caveau au milieu de l'église, où il repose - comme l'ange tutélaire des missions des Outaouais (Rel, 1673-— il k- 1678). il . L'église de Michillimakinac dont il est question ici ne parait LA
pas être celle qui fut élevée par le P. Marquette, mais 1ne autre ; construite en 1674, l’année qui suivit le départ du Père pour le l è Mississipi. . fi “ Après la fondation de Détroit (1683) les Hurons et les Outaouais quittèrent Michillimakinac pour aller vivre au nouveau { poste, alors les missionnaires voyant la place abandonnée par
S He F y ls 8 ; { leurs chrétiens et désespérant de faire aucun bien parmi les quelques payens et les coureurs de bois qui y végétaient, abandonnè- li
N rent la mission et avant de partir firent brûler leur église(1706). ip.
Aujourd’hui il n'existe donc aucun menument pour indiquer où se trouvent les restes du célèbre missionnaire.
Pour terminer cette notice bien imparfaite, il reste à dire ! quelques mots des rares qualités qui distinguèrent le P. Marquette, Nous avons déjà lu avec plaisir l'appréciation de ses talents comme écrivain et conteur par M. Jared Spark.
Comme religieux et missionnaire, le P, Marquette s’est montré digne fils de St. Ignace, digne imitateur de St. François Xavier, l’apôtre des Indes, qu'il avait pris pour patron. Ses frères et ses compagnons parlent avec attendrissement de sa douceur angélique, de son affabilité pour tous. Les voyages qu'il a entrepris, les lettres qu'il nous a laissées, témoignent de son zèle ardent pour répandre la foi de Jésus-Christ ; mais ce
ui l'a surtout distingué, c'est sa tendre dévotion pour Marie- Doi, Son cœur en à1*+ si rempli que dans ses discours, ses lettres, ses conversations, il avait toujours quelque çhose à dire de la Vierge-Immaculée.
I] jeûnait en son honneur tous les samedis, et il avait ecommencé cette pratiq'e dès l’âge de neuf ans ; il récitait tous les jours le petit office de la Conception.
Il avait coutume, dans ses voyages, de s'associer ses compagnons pour quelques pratiques de piété envers Marie-Immacu'ée.
Il donna le nom de Conception à la rivière du Mississipi qu'il découvrit et à Ja mission qu’il fonda chez les [llinois.
Les deux compagnons de son dernier voyas= ne doutent pas que la Bienheureuse Vierge ne l'ait assisté ’2 sa présence au moment suprême : la douce joie Gui illuminait sa figure, cet objet invisible qui semblait captiver ses regards et les attirer vers le ciel les ont laissés les témoins de son heureuse mort «sous l'impression qu'il avait rendu son âne entre les mains de sa bonne Mère.”
Comme St. François Xavier, son modèle, le P. Marquette eut à travaiher au milieu des nations de langues diverses. Il dût s'appliquer avec beaucoup d’ardeur à l’étude difficile des langues sauvages puisqu'il en parlait six facilement, et qu'il en connaissait plusieurs autres plus ou moins parfaitement. Notre missionnaire a reproduit son modèle jusque dans les circonstances de sa mort : comme l’apotre des Indes, il meurt sous un méchant abri, sur une rive déserte, dans le plus grand dénûment et dans le dernier abandon. La tombe isolée du P. Marquette fut longtemps un lieu vénéré pour les voyageurs canadiens ; l’un d’eux y planta une croix, et, dans les moments de danger, soit sur les eaux, soit dans la forêt, bon nombre l’invoquèrent comme un protecteur puissant au ciel.
Fin.
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