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Le rêve

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RENTE DE 5 7 de

= Alfred BRUNEAU

à l’Opéra-

Comique

par Louis BEYDTS

ne nous ménager qu’une amère déconvenue, vient de nous réserver une charmante surprise. Une déconvenue, puisque Mme Jane Rolland, souffrante, ne reparaissait pas

L' reprise du Rêve, qui aurait put

sous les traits d'Angélique, où elle -

a accoutumé de briller d'un émouvañt éclat. Une surprise, puisque la jeune artiste qui la remplaçait — uncore qu’elle en ait été prévenue voilà seulement trois jours — s’est acquittée de sa lourde tâche avec le pius touchant bonheur.

A dire le vrai, ceux qui connaissaient Mille Jacqueline Cellier pour l'avoir entendue aux concours du Corservatoire ont conçu plus d'étonnement de sa tranquille audace que de son heureuse réussite, car les épreuves scolaires avaient permis d'apprécier déjà ses ravissantes et sérieuses qualités — et je gardais, pour ma part, un souvenir enchanté de la façon dont elle avait, au moment de son premier prix, chanté Ja Cavatine des Pêcheurs de Perles. La voix est d’un grain précieux, très personnel, et Mlle Cellier (qui a, comme on dit, de qui tenir puisqu'elle est la fille de M. Alexandre Cellier, l'un de nos plus savants or- . ganistes) la dirige avec un sens musical parfait. Au rôle d’Angélique, propice aux douces extases et aux tendres abandons, elle donne toute sa limpide innocence, toute sa délicieuse fraîcheur. Elle est vraiment l'héroïne du Rêve, — d’un rêve, — la jeune fille que les troubles de la passion n’ont pas encore agitée, que n’ont pas tentée les réalités de l'amour. On se rappelle que, dans le roman, Angélique meurt sur les marches de l'église où se bénit son union.

La version primitive du drame Iyrique d’Alfred Bruneau s’achevant, d'ailléürs, sur cette apothéose mystique, avant que-la conclusion n’en fût modifiée au lendemain de la répétition générale,

Mile Cellier, par la pureté qu’elle dégage, nous laisse deviner que, soumise au vœu de l'écrivain, elle se brisera au seuil de son bonheur et que celui-ci n'aura été qu’un songe de plus après tant d’autres songes qui avaient peuplé son enfance naïve et illuminé sa frémissante adolescence,

On n’en est plus à découvrir la haute tenue, la distinction de pensée qui caractérisent chacune des compositions de M. Endrèze et l’on n'est pas surpris de le voir les déployer, sous le camail de Jean de Hautecœur, avec une autorité et une conviction singulièrement expressives. La maitrise de M. Louis Arnoult n’est pas moins étonnante, qui atteint ici à la force dramatique la plus éloquente, de même qu’il a détaillé en grand chanteur les suaves aveux sur lesquels s'achève l’adorable scène du deuxième acte, où Alfred Bruneau a sans doute trouvé l’une de ses inspirations les plus achevées.

L’aphonie quasi totale dont souffrait M. Guénot a mis en valeur, par compensation, son articulation excellente et Mme Solange Michel conduit agréablement une voix au timbre généreux.

11 m’a-semblé que la mise en scène ne présentait aucune modification sur les reprises aniérieures e: l’escamotage de la procession — que la vraisemblance et la clarté de l’argumenf exigeraient cependant que l'on vit défiler dans le fond du décor — m'a stupéfié une fois de plus.

En revanche, aucun tour de passepue dans la fosse d'orchestre, où ont merveille la vigilance et la pré-!

cision de M. Eugène Bigot.

La partition conserve la même saveur, la même force, la même poésie et l’on ne cesse pas d'y retrouver cette même présence du cœur. Elle n'est pas sans contenir quelques inhabiletés d'écriture, quelques duretés et l’on n’a pas de peine à penser qu’elles ont pu dérouter, sinon choquer, à l’époque. déjà lointaine — 13 juin 1891 Re CU Le Rêve, alors que s'imposait au théâtre, das la fleur de son admirable perfection, le langage translucide de Massenet.

Mais l'humanité débordante de cette mvsique fait qu'aujourd'hui, comme hier, on ne peut pas y rester insensible. A travers son accent énergique, au feu de ses élans passionnés, à la clarté des visions qu'elle évoque, le [drame avance, les personnages vivent. La nouveauté qu'elle présente s'affirme davantage dans le discours que dans le vocabulaire, dans le sentiment profond que dans l'apparence fugitive. À son maître, Massenet, Alfred Bruneau doit ce sens aigu du théâtre, qui, malheureusement ne comptera que de moins fréquentes occasions de se manifester à mesure que le compositeur cédera aux fascinations philousophiques que Jui rodigueront ses prochains livrets. C'est ici que j'avoue préférer Bruneau, dans Le Rêve, dans L'Attaque du Moulin, dans ces partitions généreuses qu'anime une prompte et robuste jeunesse, Leur ardeur et leur vérité ont vaincu les ruses meurtrières de la mode et du temps et dans leurs meilleures pages reste inébranlablement fixé l'un des aspects les plus vigoureux du génie français.

M. H. ALBERS

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Blanche Deschamps-Jehin

dans « Le rêve » d'Alfred Bruneau, l'Opéra-Comique le 18 juin 1891

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