‹ Le rève: études et observationsChapitre 11 sur 143 · I. Freud. Die Traumdeutung · texte numérisé non relu

I. Freud. Die Traumdeutung

§ 3. ■^— Classification empirique des hêves.

Si Ton envisagé les rêves tels que l'observation les présenle, par conséquent les souvenirs de rêves, on peut les classer empiriquement, c'est-à-dire en laissant de côté toute considéralion théorique, à trois points de vue: 1** au point de vue du degré de complexité; 2® au point de vue de la nature des matériaux; 3"* au point de vue du degré d'organisation.

1. Au point de vue du degré de complexité, on peut distinguer les rêves simples et les rêves complexes.

Les rêves simples sont ceux que la conscience saisit dans un acte unique. De même que, pendant la veille, un acte unique de l'esprit nous suffit pour percevoir un bruit, une parole, une phrase, ou un objet qui se trouve dans le champ visuel, ou pour nous représenter par une image un événement passé ou futur, de même on trouve des rêves dont un seul acte de l'esprit nous permet de nous rendre compte: nous saisissons alors comme un lambeau du monde des rêves. — Cela ne veut pas dire que le rêve simple ne comprend qu'une représentation unique. Il peut au contraire être formé par un groupe de représentations que l'analyse distingue facilement les unes des autres ; mais ces représentations sont fortement liées ensemble, elles forment un tout qui se tient, un tableau bien cohérent. Par exemple, si je m'imagine en rêve que je suis dans ma classe en train de faire une leçon à mes élèves, je n'ai , dans l'esprit qu'un seul tableau, et mon rêve est simple. Le rêve simple peut contenir tout ce que la conscience

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éveillée pourrait embrasser en quelque soric d'un seul coup d'œil. — Il ne résulte pas de là pourtant que le rêve simple soit véritablement inslantan(^ : il doit avoir pour le moins la durée qui est nécessaire pour que Ici conscience puisse saisir une image ou un groupe d'imag«'S, une perception ou un groupe de perceptions simultanées, et cette durée est ordinairement très courte. Mais il arrive fréquemment qu'un rév4» simple se prolonge au delà du temps qui est nécessaire pour qu'on le saisisse, soit à la façon d'une image obsédante que Ton ne peut pas chasser, soit à la façon d'une image qui se transrorme comme se transforme la perceplion d'un objet changeant, soit à la façon d'une situation qui se développe.

Quant aux rêves complexes, ils sont formés d'une pluralité de rêves simples, ou d'une pluralité de tableaux. Ils comprennent le plus souvent deux ou trois tableaux, quelquefois davantage. On pourrait donc distinguer des rêves doubles, triples, etc. Mais cette distinction n'aurait, à mes yeux, aucune utilité pour l'analyse. C'est une question qui sera étudiée plus loin de savoir si ces tableaux sont d'abord donnés à la conscience comme simultanés ou comme successifs, et celte question est importante. Je pense établir qu'il existe des rêves complexes dont les tableaux élémentaires sont simultanés, mais il existe aussi des rêves* complexes formés de tableaux qui se succèdent les uns aux autres d'une façon rapide. C'est ce qui arrive notamment lorsque la période intermédiaire entre le sommeil et la veille se prolonge d'une façon exceptionnelle : on peut alors distinguer des liens associai ifs, des transitions entre les divers tableaux dont se compose le rêve total. En tout cas, au moment oii le

rêve complexe est noté par lobservateur, les tableaux dont il se compose semblent d'ordinaire présenter une Fuited'événemenis. Quelquefois cependant Tobservaleur signale son incertitude relativement à Tordre dos événements; après avoir décrit un des tableaux de son rêve, il emploie alors des expressions comme cellesci : « J'ai vu aussi telle chose, je me suis trouvé aussi « dans lel endroit, mais je ne sais si c'est avant ou « après le premier tableau. » Cette incertitude se renconire surtout dans les rêves de notation immédiate. . -

2. Les matériaux des rêves sont de deux sortes : images et sensations. En réalité, les sensations ne peuvent jamais à elles seules constituer un rêve, car elles réfiondent à des phénomènes extérieurs ou organii^ues dont elles sont les représentations, elles sont vraies par définition, elles ne comprennent jamais cette erreur au moins partielle qui fait nécessairement partie du rêve : quand je me souviens en m'éveillant d'avoir eu Iroid aux pieds pendant le sommeil, ou d'avoir entendu la pluie battre les fenêtres, ce n'est pas là le souvenir d'un rêve si le phénomène qui en est l'objet s'est réellement produit; je n'ai eu un rêve que si la pluie, par exemple, n'est pas véritablement tombée Le rêve comprend donc nécessairement des images.

Mais il peut se faire qu'il ne compreune que des image<5, ou du moins que l'analyse la. plus atlentive n'y puisse découvrir la moindre trace de sensation. Dans ce cas on peut donner au rêve le nom de rêve imaginatif.

Les rêves imaginalifs peuvent d'ailleurs, comme les images de la veille, reproduire fidèlement des événe-

QUESTIONS PRÉLIMINAHiES

ments antérieurs, ou bien reproduire de pareils événements en les modifiant d'une façon plus ou moins profonde. Dans le premier cas, les rêves imaginalifs peuvent être appelés reproductifs. Dans le second cas, ce sont des rêves mv€n/2/5.

Lorsque les rêves sont constitués par Tunion d'une sensation, ou quelquefois de plusieurs sensations, avec des images, on peut les appeler rêves perceptifs. Alors, en effet, ils sont composés des mêmes éléments que la perception ; Tanalogie de ces rêves avec la perception va même beaucoup plus loin; le mode de construction de pareils rêves est le même que celui de la perception, comme je l'expliquerai plus tard.

Les rêves perceptifs peuvent se subdiviser de la même façon que les perceptions, car toute sensation peut à la rigueur former le point de départ d'un rêve perceptif aussi bien que d'une perception vraie. Mais en fait les rêves perceptifs les plus fréquents se rapportent aux sensations de louïe, de la vue, du toucher, et Bux sensations organiques.

Cette division des rêves en perceptifs et Imaginatifs n'est pas nouvelle. Elle se ramène à la distinction classique des illusions et des hallucinations, et elle a même été appliquée aux rêves par James Sully et par d'autres*. Mais les dénominations que j'emploie se justifient par l'assimilation qui sera établie ultérieurement enlre le travail de la veille qui donne naissance

1. James Sully. Les illusions des sens et de Vesprit^ p. 100 (Paris, F. Alcan). Spitta fait une distinction analogue, avec cependant un sens un peu différent. [Die Schlaf- und Traumzustànde, p. 300). Tissié distingue de même les rêves d'origine sensorielle et les rêves d'origine psychique. [Les ftdt'es, 2° éd., 1898, Paris, F. Alcan.)

aux perceptions et aux images, et le travail du sommeil et du réveil qui donne naissance à de fausses perceptions et à des représentations mensongères dont Tespril reste dupe.

3. Enfin, au point de vue du degré d'organisation, on peut diviser les rêves en rêves organisés ou cohérents et rêves incohérents ou mal coh&rents. — Les rêves simples sont parfaitement cohérents, même lorsqu'ils nous représentent des événements fort opposés à la réalité : par exemple le rêve d'un affamé qui s'imagine être assis à une table bien servie, le rêve de Thomme qui croit voler dans les airs, s'ils ne comprennent pas d'autres tableaux, sont parfaitement cohérents; si éloignés de la réalité que soient ces événements imaginaires, ils sont à la rigueur possibles; de pareils rêves ne présentent pas de contradictions internes. — Mais les rêves complexes peuvent être plus ou moins organisés, il peut se faire que les tableaux dont ils se composent jurent ensemble, il peut se faire au contraire qu'ils soient arrangés de façon à présenter une suite irévénements à peu près possibles ou tout à fait possibles. En réalité, on ne trouve presque pas de rêves tout à fait' incohérents, et Ton en trouve fort peu, parmi les rêves complexes, qui soient parfaitement cohérents : il est rare qu'ils ne présentent pas quelque détail en contradiction avec les autres ou avec l'ensemble du rêve. Il s'agit donc ici de degrés d'organisation : il existe des rêves complexes qui sont plus cohérents, et d'autres qui sont moins cohérents *.

1. La même division se trouve dans Giessler, Aus den Tiefen des Traumlebens, p. 13 (1890).

En réunissant ces trois divisions des rêves, on obtient le tableau suivant :

Classification empirique des rêves,

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