‹ Le rève: études et observationsChapitre 10 sur 143 · Article cité, p · texte numérisé non relu

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4. Expérimental Investigations concerniag the Depth of Sleep, Psychological Review, IX, p. 254 (1902).

Foucault. 2

18 QUESTIONS PRÉLIMINAIKÉS

des troubles nerveux, comme il est arrivé à un philosophe de Genève, Le Sage, « qui tomba dans une insom- « nie invincible pour avoir voulu observer ce qui lui « arrivait dans le passage de la veille au sommeil' ». Il semble, en effet, que l'emploi trop prolongé de ce genre d'observation peut devenir dangereux : mais il est facile de s'arrêter quand on s'aperçoit que le sommeil commence à' être sérieusement troublé. J'ai coutume de faire des observations pendant quelques semaines seulement à raison de trois ou quatre nuits par semaine, et, entre deux séries d'observations, je laisse toujours s'écouler plusieurs mois : par exemple, je fais une série d'observations au printemps, une autre pendant l'été, quelquefois une troisième en octobre. En faisant ainsi un usage modéré de l'observa-

1. Santé de Sanctis. J Sognif p. 29 (1899). Je suppose qu'il y a là quelque exagération, car la mention la plus ancienne que je trouve de ce fait vient d'Hervey-Saint-Denys {Les rêves et les moyens de les diriger , 1867), et d'Hervey ne se montre guère affirraatif. « Un philosophe de Genève, dit-il (p. 37), Georges Le Sage, faillit, dit-on, devenir fou, en s'efforçanl inutilement de surprendre dans son propre esprit la transition de la veille au sommeil, ou, pour mieux dire, au songe. » D'autre part, la Biographie Universelle de Michaud donue ce renseignement : « Ce travail auquel il s'était livré avec trop d'ardeur^avait dérangé sa santé et l'avait rendu sujet à des insomnies, qui durèrent toute sa vie et qui lui ôtaient souvent la faculté de suivre ses méditations habituelles. » Les travaux dont il s'agit concernaient principalement la physique et les mathématiques. Pourtant Le Sage s'est occupé du sommeil, car P. Prévost, dans un article de la Bibliothèque Universelle [Quelques observatinns psychologiques sur le sommeil, iS3^, Littérature, t. LV, p. 245), donne un exemple de raisonnement assez suivi, tiré des papiers de Le Sage, et intitulé : <( Comparaison trouvée immédiatement avant de m' éveiller ». Il existe encore, paraît-il, des manuscrits de Le Sage à Genève, et, s'il a fait d'autres observations sur le sommeil, elles doivent s'y trouver.

lion des rêves, j*^ai conservé Thabitude de bien dormir.

Le deuxième reproche fait par Santé de Sanctis à la méthode de Maiiry est que l'intention d'observer un rêve agit à la façon d'une autosuggestion et suffit à provoquer le rêve et même à en déterminer le contenu. Santé de Sanctis cite à cette occasion une dame chez qui il a produit des rêves émotionnels simplement en lui demandant si elle avait une tendance à revivre en rêve les scènes émotionnelles de son passé. Ce fait prouve que cette personne devait être très sensible à la suggestion, mais non pas que le procédé de Maury soit défectueux. Le reproche de Santé de Sanctis est déterminé par Tidée préconçue que le sommeil ne conlient des rêves que par exception. Mais il en est tout autrement. La suggestion agit bien dans le cas de la notation immédiate, elle agit comme résolution d'être attentif, mais ce n'est pas là un inconvénient. C'est seulement une des circonstances du rêve dont il y a lieu de tenir compte.

En somme, il n'est jamais possible de triompher des difficultés pratiques de façon à ce que,, par la notation immédiate, on arrive à saisir l'état mental tel qu'il a existé pendant le sommeil ou même à la fin du sommeil : on peut tout au plus, dans les circonstances les plus favorables, saisir le rêve à un moment très rapproché du sommeil, c'est-à-dire h un moment où l'évolution du rêve est seulement commencée. C'est pourquoi, si l'on veut connaître le sens de cette évolution, le mouvement dont elle est le produit, il faut comparer, avec les rêves de notation immédiate, des rêves recueillis de façon toute différente. Si, au lieu de concentrer l'attention en vue de saisir et de noter le rêve le plus rapidement possible, on laisse les images évoluer

naturellement, on saisit le rêve sous une forme où son évolution esl plus avancée, où môme elle esl achevée. Par opposition avec le mode précédent de notation, on peut appeler cp procédé le procédé de la notation différée. En fait, c'est le procédé qui est le plus souvent employé par les psychologues qui ne sont pas soucieux d'exactitude scientifique. C'est de la même manière que sont recueillis les rêves que nous entendons raconter * aux personnes qui ne visent aucun but scientifique. Si donc on se contentait d'un tel genre d'observation, on n'en pourrait tirer aucune indication pour la solution du premier problème que j'ai posé au début, c'est-àdire pour déterminer l'évolution du rêve dans la mémoire. Mais, si Ton compare les rêves de notalion immédiate avec les rêves de notation différée, ou rêves de mémoire, on peut résoudre ce problème.

D'ailleurs, employer la notation répétée ou employer comparativement la notation immédiate et la notation différée, c'est toujours au fond suivre un même procédé. La seule différence est que, dans le premier cas, on l'applique à un même rêve, que l'on considère à des moments successifs de son évolution, tandis que, dans le sj'cond cas, on l'applique à des rêves différents, dont les uns sont envisagés le plus près possible, et les autres le plus loin possible du sommeil.

Pour résoudre le second problème, c'est-à-dirè pour déterminer l'origine des re|)résentations du rêve et la manière dont elles se comportent, la façon dont le rêve a été recueilli est en principe indifférente, pourvu que l'on puisse dégager, dans le contenu du souvenir, ce qui appartient au rêve lui-même et ce qui provient du travail d'évolution. Mais il est facile de comprendre que, moins l'évolution du rêve est avancée, plus la

séparation de ces genres d'élémenls peut se faire d'une façon complète et sûre. Par suite, ce sont les rêves de notation immédiate qui fourniront le plus de matériaux utiles pour celte recherche. Les rêves de notation différée pourront être utilisés aussi, mais dans la mesure seulement oii l'on sera sûr que leurs éléments proviennent bien du rêve primitif. Toutes les fois qu'il y aura doute sur l'origine de certains éléments, on n'en pourra tirer aucun renseignement.

On a proposé et employé pour l'étude du rêve des procédés qui paraissent différer de ceux qui viennent d'être décrits, et notamment l'expérimentation, les enquêtes et l'observation des dormeurs. Mais il est facile de voir que les deux premiers de ces procédés, sous la forme qui leur a été donnée ou sous les formes modifiées qu'ils pourraient recevoir, se réduisent aux procédés que j'ai décrits ou en constituent des applications spéciales.

L'expérimentation a été employée récemment par Mourly-Vold*. Dans ses premières expériences, relatives aux rêves d'origine musculaire, il priait ses collaborateurs, par exemple, de mettre avant de s'endormir des gant<^, des rubans ou des ficelles autour de certains muscles, de façon à obtenir une flexion du pied ou de la main. Chacun devait, en se réveillant, remplir un questionnaire relatif à ses rêves. Le but de lexpérience était de savoir quel rôle la sensation musculaire provoquée jouait dans le rêve. Dans ses expériences sur

1. Expériences sur les rêves, Revue de l'Hypnolisme, janvier i896 ; "réimprimé en brofihure, Christiania, 1896; Emige Experimtnte iiber Gesichtsbilder im Traum, Z^itschrift fiir l^sychologie und Physiologie der Sinnesorgane, XIII, p. 66 (1897).

les rêves optiques, Mourly-Vold envoyait par la poste à ses collanorateurs, ou leur remettait à la main, des .objets coloriés, enveloppés dans des paquels qu'ils ne devaient ouvrir qu'au moment de fermer les yeux avant de s'endormir, de façon que la perception de

1| l'objet fût, autant que possible, la dernière avant le

|f sommeil. Maury avait fait aussi des expériences ana-

logues, mais en petit nombre*. Santé de Sanctis a employé aussi la même méthode, qu'il appelle méthode des excitations sensitives, et une méthode analogue, dans laquelle les excitations ont un caractère émotionnel, agréable ou pénible*. — Toutes ces expériences présentent un grand intérêt, mais elles ne constituent pas à proprement parler une méthode nouvelle pour l'observation des rêves. Elles ont pour but de faire

s| naître des rêves dans des conditions inusitées et bien

(^ connues, et, par suite, elles sont très propres à déter-

/ miner le rôle qui appartient dans le rêve aux sensations

r et aux images récentes. Mais l'observation des rêves

eux-mêmes ne peut toujours se faire, dans ces conditions, que par la notation immédiate ou par la notation différée.

Les enquêtes sont recommandées chaleureusement par Sanle de Sanctis*. C'est même le principal procédé dont il s'est servi. Elles avaient été employées auparavant par Heerwagen*, par Jastrow*, dans ses études sur

"' i. Le sommeil et les rêves, p. 154.

][■; 2. ISogni, p. 351-355.

\ 3. / Sogni, p. 3f.

y 4. Stadslische Untersuchungen ûber Trâume und Schlaf, Philoso-

i;^ phische Studien, V, p. 88 (1888).

5. The Dreaths of the BHnd, extrait.de The new Princeton Review (1887); reproduit dans son livre Fact and Fable in Psy- ■;♦ chology.

les rêves des aveugles, et par Child*, dans une étude sur ractivité inconsciente du cerveau. Mais les personnes qui répondent aux questions ne peuvent donner que les résultats de leurs observations diffuses. En réalité, la méthode des enquêtes ne peul faire connaître que l'impression conservée par les personnes sur le souvenir de leurs rêves : c'est donc une application de la notation différée, et encore dans des conditions défectueuses. Celte méthode, comme Weygnndt l'a fait remarquer avec raison, n'est applicable que si Ton peut poser aux personnes des questions très simples. C'était le cas pour l'enquête de Jastrow, qui demandait aux aveugles si leurs rêves contenaient des images visuelles. Mais Heerwagen et Santé de Sanctis ont demandé à leurs sujets s'ils rêvent souvent, si les images de leurs rêves sont vives, etc. On ne peut faire à ces questions que des réponses vagues, et plus d'un bon observateur serait même embarrassé pour y répondre. La méthode des enquêtes n'est pas stérile, mais elle est peu fructueuse.

N Pourtant on ne peut pas, dans une recherche sur le rêve, faire fond uniquement sur ses propres observations. Deux raisons s'y opposent. Le psychologue qui se propose d'analyser ses rêves peut avoir une façon personnelle de rêver, et il courrait le risque de faire des généralisations prématurées s'il ne vérifiait pas ses hypothèses sur d'autns personnes. De plus, il peut subir l'influence de ses hypothèses et être conduit, le plus sincèrement du monde, à trouver en lui ce qu'il s'attend à y trouver: ce danger est peut-être encore

i. Statistics of « Unconscious Cerebration », American Journal of Psychology, V, p. 249 (1892).

plus grave que le précédent, en raison du caractère h»^ilif et inslablequele rôve présente presque toujours. On ne peut m^me pas éviter le danger dont il s'agit en s(ulébarrassanl de ses hypothèses, car les faits n'ont de sons que par rapport aux hypolhèses qu'ils viennent confirmer ou d«'îmentir, et, si Ton pouvait rejeter toute id(^e préconçue, le remède serait pire que le mal. Au reste, après avoir trouvé qu'une hypothèse est confirmc^e par des observations personnelles, il est généralemont possible de la contrôler par les observations d'autres personnes.

11 me semble que les auteurs qui écrivent des articles do revue où. même des volumes entiers sur le rêve sans nous communiquer une seule observalion personnelle méritent dos reproches sévères. Ponr^moi, j'ai fait de mes observations personnelles la base principale des hypothèses que je vais exposer plus loin J<» ne me suis jamais cru autorisé à affirmer quehjue thèse un peu importante, si je n'en avais pag trouvé la confirmation sur moi-môme. Mais j'ai toujour-; cherché à vérifier le résultai, d ^ mes observations par d\iutr''S observations , Dans ce but j'ai mis à contribution les personnes de ma famille, mes amis, mes élèves, et j'ai recueilli leurs observations eu grand n^ombre afin d<^ contrôler les miennes. J'ai mèrue cherché dans la littéiature considérable de 11 question tous les rêves qui pouvaient me fournir quelques renseignemenis utiles. Mais je naialtribué à tous ces rêves qu'une importance secondaire: je les ai considérés seulement comme pouvant renforcer ou allaiblir les hypothèses fondées sur mes propres observai ions.

L'observation des dormeurs peut fournir quelques renseignements complémentaires. D'après leurs mou-

vements, ou diaprés leurs paroles, on peut, dans certains cas favorables, deviner les pensées qui occupent leur esprit et il est possible d'en tirer des conclusions sur le rôve. Ce procédé est le seul dont on puisse se servir pour connaître les rêves des animaux, des jeunes enfants, et de certains malades. M. Vaschide Ta employé, ou fait employer, quand il faisait « surveiller « les sujets toute la nuit, ou au moins une partie de la « nuit..., recueillant avec soin les changements de « physionomie, les gestes, les mouvements, de même « que les rêves faits à haute voix* ». Il m'est arrivé souvent d'observer mes enfants pendant leur sommeil : je n'ai recueilli de cette façon qu'un petit nombre de » faits, mais ils «^ont généralement significatifs. Bref, l'observation des dormeurs n'est pas à dédaigner : elle peut donner des inforiïiations qui s'ajoutent utilement aux données de l'observation directe ou subjective.

Mais il ne suffit pas de recueillir des faits : il faut en dégager la signification, et dans celte partie de la recherche aussi il est bon de procéder * méthodiquement.

La méthode à suivre pour résoudre le problème de l'évolution du rôve après le sommeil' est tout indiquée : elle consiste à comparer les rêves de notation immédiate avec les rêves de notation différée, et aussi les notations successives d'un même rêve, en vue de dégager la loi de l'évolution. Il n'y a point de difficulté sur ce point: il n'en est pas de même quand on se propose de comprendre l'état mental du sommeil. Le

i. Vaschide. Recherches expérimentalea sur les rêve^j Comptes rendus de rAcadémie des sciences, CXXIX, p. 183 (17 juillet 1899).

seul moyen qui ait été employé jusqu'à présent avec succès est celui qu'indique Maury dans le passage cité plus haut: il faut noter tous les faits avec lesquels le rêve peut se trouver en connexion, tous ceux qui ont pu contribuer à le former ou à lui donner la physionomie sous laquelle il se présente. Parmi les faî(s qui peuvent nous aider à comprendre les rêves, il faut, avec Freud *, faire une place spéciale et importante aux sentiments, car, si les sentiments ne sont pas les seules forces qui déterminent la marche de la pensée î|| subconsciente, ils occupent du moins une très grande

;| place parmi ces forces, et c'est le mérite de Freud de

|l l'avoir montré.

jgj Celte analyse explicative du rAve est presque toujours

;f incomplète ; il est rare que l'on puisse tout comprendre

:| dans un rêve, même lorsque les circonstances sont le

,? plus favorables. 11 faut donc se contenter d'obtenir des

explications partielles. Mais, mcme l'analyse partielle

est souvent périlleuse: on peut être facilement dupe

d'une illusion quand on rapporte tel rêve ou tel élément

l de rêve à tel événement déterminé de l'expérience

l antérieure ou à tel sentiment. 11 n'existe pas de critère

] qui permette de distinguer à coup sûr une attribution

I vraie d'une attribution fauçse, tout est ici affaire de

I mesure, et plus d'un psychologue a souvent dépassé la

!' j mesure. Pourtant il est des cas dans lesquels il n'est

I plus pratiquement permis de douter. Ola suffit pour

'4 rendre possible l'analyse du rêve, au moins dans les

i-t cas privilégiés, et pourvu que l'on procède toujours

jN avec la plus grande prudence.

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