‹ Le rève: études et observationsChapitre 128 sur 143 · OBSERVATION CI · texte numérisé non relu

OBSERVATION CI

Je me réveille un matin en rêvant que je chasse sur une colline couverte de bruyère et qui m'est très familière. J'ai déjà tiré de nombreux coups de fusil, je n'ai rien tué, je n'ai plus de cartouches, il ne m'en reste qu'une dans le canon gauche de mon fusil. Je ne vois pas de lièvres, mais des chats, et des animaux gris qui ressemblent à des lapins, mais passent avec une rapidité si grande qu'on les distingue à peine.

Les sensations auditives ont été produites par des coups de tonnerre, lesquels ont été interprétés comme des coups de fusil et ont appelé les images visuelles additionnelles parce que la veille j'avais parlé de chasse.

RÊVES PERCEPTIFS AUDITIFS 259

11 peut se faire enlin que le bruit soit perçu correctement, et que cette perception correcte se lie à des images hallucinatoires de façon à constituer un tableau de rêve qui est encore un tableau perceptif. C'est ce que Ton voit dans l'observation 1, où je rêve qu'il pleut à torrents, que je suis en retard pour aller au lycée, que je me hâte de partir, que je cherche mon parapluie, etc. Il pleuvait en fait à ce moment, mais je me réveillais a une heure raisonnable, je n'étais pas en retard et j'étais encore dans mon lit. La perceplion correcte s'est donc intercalée dans, une suite d'images familières dont elle a modifié la caractère.

D'une manière générale, il est difficile, et même à peu près impossible, de savoir si les images avec lesquelles la sensation s'unit pour constituer un tableau de rêve perceptif auraient pu être saisies par l'observation au cas où le réveil n'aurait pas été provoqué par la sensation auditive, c'est-à-dire si ces images se trouvaient à ce moment au seuil de la conscience ou si elles appartenaient à une couche plus profonde de la subconscience. 11 n'est peut-être pas impossible de trouver un critérium pour faire cette distinction, mais je n'en possède pas. Quoi qu'il en soit sur ce point, il résulte des observations que je viens d'analyser que le rêve perceptif se constitue d'une manière tout à fait semblable à la perception, c'est-à-dire par la fusion de la sensation avec une image constitutive qui lui ressemble, sans pourtant lui ressembler assez pour que la perception soit correcte, — et par l'appel dïmages additionnelles destinées à former un cadre à la perception généralement incorrecte, — enfin, que Timage constitutive et les images additionnelles existaient déjà dans l'esprit au moment où la sensation y est apparue

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f . à son tour et qu'elles onl pu seulement être portées à

un niveau plus élevé de la conscience par la sensation tendant à devenir perception.

§ 2. — Rêves visuels, tactiles, organiques.

Les rêves perceptifs auxquels on peut assigner avec certitude une origine visuelle sont rares : la raison de celte rareté, frappante surtout en comparaison de Texlrême fréquence des perceptions Visuelles chez les hommes normaux pendant la veille, est bien simple : c'est que nous fermons les yeux pour dormir. 11 en résulte que, pour qu'une sensation visuelle ayant une cause extérieure *se produise pendant le sommeil, il faut que l'excitation soit très forte et il est bon qu'elle agisse d'une façon brusque.

Je n'en trouve dans ma collection qu'un exemple bien net, et encore je n'ai pas d'explication sur l'origine de l'image constitutive, mais seulement sur l'origine des images additionnelles.

OBSER\^ATION Cil

De F. C... — Je me trouvais dans le tiall d*une vaste gare, ressemblant vaguement à celle de Dijon. Ctiose étrange, j'étais seul : ni un voyageur, ni un train, ni une locomotive. La gare était violemment éclairée. La lum-ère semblait venir des vitraux du plafond. Je me mis à marcher le long des rails, et subitement je me trouvai dans la campagne. Quelques collines formaient Thorizon. La lumière était de plus en plus violente. Tout à coup, sur le sommet d'une colline, je vis se dresser un énorme canon. Le sommet de la colline lui servait d'affût. Il se mit à tourner alentour avec rapidité comme autour d'un pivot. Je le regardai ébahi et me réveillai.

J'avais oublié en me couchant de fermer les doubles rideaux de ma fenêtre, et le soleil arrivait à flots sur mon lit. Quelques jours auparavant, j'avais lu une lettre du Transvaal, orù l'on disait que des canons de 155 possédés par les Boërs avaient fait merveille; j'avais lu aussi la description d'un canon de ce système.

L'imagp qui aurait pu servir à constituer une perception correcte était Timage de la chambre envahie par le soleil : l'image provoquée a. été d'abord celle d'une vaste gare mal déterminée, puis celle d'un paysage non moins vague. La sensation se trouve engagée dans deux tableaux distincts, c'est-à-dire qu'elle a pris place dans deux séries imaginatives. De la première il* reste peu de chose : le dormeur est seul dans la gare et il marche sur les rails; la sensation de lumière vive s'est ajoutée à ce tableau, et voilà que la gare est violemment éclairée. La deuxième série est plus riche et contient une image bizarre dont je ne cherche pas à rendre compte, mais une telle bizarrerie n'a rien qui doive surprendre dans un rêve : en tout cas la sensation de lumière vive s'ajoute aussi à ce tableau, et le paysage paraît éclairé par une lumière de plus en plus violente. Malgré l'absence d'indication sur l'origine de l'image constitutive, cette observation confirme sur tous les autres points les résultats obtenus par l'étude des rêves auditifs.

Les traités sur les rêves contiennent des observalions, et même des expériences méthodiques sur le rôle des sensalions visuelles (et autres) dans le rêve. On en trouve dans Maury *, Tissié*, Radestock', Wey-

1. Le Sommeil et lesréces 4« éd., p. 156 (une seule expérience au moyen d'une excitation visuelle).

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