OBSERVATION CX
Dt E, A... — Je presse le bouton d'une sonnette électrique, à là porte d'une maison qui m'est bien connue. Mais la sonnerie continue, même après que j'ai cessé de presser le boulon. Je m'en étonne et je me réveille. Mon réveillematin est en train de sonner.
Le deuxième tableau n'existe ici qu'à l'état de germe : la persistance de la sensation auditive inlerrompt d'abord le développement du premier tableau,
Foucault 18
LE RÊVE PERCEPTIF
car la porte devrait s'ouvrir, le dormeur devrait rêver qu'il entre dans la maison. Mais ces images sont écartées, parce que la sensation continue, d'où surprise et perception correcte. En réalité, c'est la surprise et la perception correcte qui forment le deuxième tableau.
Je reproduis enfin, comme exemple de rêve perceptif à répétition, une observation empruntée à d'Hervey-Saint-Denys, qui montre bien comment l'esprit, ainsi que le dit d'Hervey, « accommode la sensation aux images de son rêve », ou plutôt comment la rencontre de la sensation et des images et l'invasion répétée de la sensation dans la série des images détermine une suite de tableaux perceptifs :
(( Une pièce de bois m'étant tombée sur Tépaule, j'avais usé d'un médicament qui contenait de la belladone, pour engourdir la douleur d'une forte contusion. Je fis d'abord plusieurs rêves interrompus, durant lesquels je crus me promener avec un lourd fusil sur Tépaule, supporter l'angle d'un grand tableau qu'on essayait d'accrocher, etc. Enfin, vers le malin, je rêvai ce qui suit :
« J'étais en voyage, j'arrivais je ne sais où. Je cherchais un gîle, ayant vue valise sur mon épaule^ et ne trouvant personne ni pour la prendre, ni poiir m'indiquer une auberge. J'aperçois cependant une enseigne de cheval blanc, sur une maison d'assez bonne apparence; mais la porte est si basse que je suis forcé, pour entrer, de me courber péniblement et de traverser une assez longue voûte; dans cette position incommode, plusieurs fois mon épaule se heurte au mur, A l'intérieur de l'auberge, je suis reçu par une jeune servante, qui m'annonce que l'affluence des voyageurs est graine, et qu'il me faudra loger un peu haut. J'accepte par
avance la chambre qu'on pourra me donner, et, replaçant ma valise sur mon épaule^ je mq mets à suivre la jeune fille par des corridors et des escaliers sans fin.
Nous arrivons ainsi dans une salle haute comme une église, dont la muraille était recouverte de branches cje fer disposées horizontalement les unes au-dessus des autres, de manière à servir tour à tour de poignées et de marchepieds. N'auriez-vous point confiance en moi et ne voulez- vous plus me suivre? me demanda mon guide en commençant à gravir celte échelle. Je vous suivrai jusqu'au bout du monde, lui répondis-je. Déjà je ne me souvenais plus de ma valise, ni de l'auberçe, ni d'une chambre à occuper. Je me sentais comme envahi par je ne sais quelle exaltation croissante. Ce n'était plus une servante qui me montrait la route ; c'était une sorte d'héroïne de roman. Je montais fort et léger. Comme nous touchions à la corniche, ma compagne appuya fortement sa main sur mon épaule^ passa par une petite fenêtre en m'engageant à la suivre, etc.* ».
Les rêves typiques sont des rêves qui se produisent sous une forme à peu près identique chez beaucoup de personnes, presque chez tout le monde. Par exemple, on rêve que l'on monte un escalier^vec beaucoup de fatigue, ou que l'on descend un escalier auquel manquent des marches, ou que l'on vole dans les airs, ou que Ion est menacé d'être écrasé contre un mur par un camion, ou que l'on se trouve en chemise ou tout nu dans la rue ou dans une société nombreuse. Je n'ai presque pas recueilli de rêves de ce genre, quoique je connaisse le rêve des escaliers par expérience personnelle : j'en citerai un exemple dans le chapitre suivant,