OBSERVATION CIX
De L... — Je sortais de la caserne avec un sergentmajor et un camarade; à peine étais-je dans la rue que je^ me sentis pris d'une crampe dans la jambe que je me suis cassée Tannée dernière. Je priai mon camarade d'aller au lycée pour dire qu'on m'envoie un fiacre et un garçon pour rentrer Puis, mon rêve a été interrompu pendant quelques instants. Je me suis retrouvé dans le cercle des sousofficiers avec quelques sergents-majors. J'ai causé avec eux, puis, tout à coup, j'ai cru que j'étais en retard pour rentrer au lycée, et je me suis mis à courir. A la grille de la caserne, une nouvelle crampe m'a pris, et j'ai vu le répétiteur de la première étude et le garçon du premier dortoir qui m'attendaient avec une couverture. Nouvelle crampe : on m'a étendu sur la couverture, et je me suis réveillé.
A mon réveil, ma jambe qui a été cassée était étendue toute droite, et je sentnis une crampe dans les doigts du pied. Il y a encore un fait qui peut expliquer une partie du rêve : hier soir, j'ai dîné avec un sergent-major, à la caserne ; je me suis promené dans les bâtiments, et les sergents que j'ai revus en rêve étaient ceux avec qui j'avais fait une partie de cartes dans le cercle des sous officiers.
Les notes expliquent suffisamment la consiruclion de ce rêve. Une image de la veille occupe d abord Tesprit; puis, survient la sensation musculaire, qui est interprétée correctement, mais mal localisée; le tableau se développe alors avec ses conséquences naturelles (le camarade va chercher une voiture). Ici se
produit une inlerruption, qui tient peut-être à ce que le tableau précédent est arrivé à son lerine; le moyen est trouvé pour sortir de la situation embarrassante. Mais la sensation persiste, et elle prend de nouveau place dans un tableau formé par des images du même groupe que celles du tableau précédeni, mais les éléments du souvenir sont un peu plus anciens, c'est àdire que la sensation, dans ce travail qu'elle provoque pour devenir une perception, va chercher plus loin des images plus anciennes, et le deuxième labloau se développe k son tour, mais la direction du mouvement est donnée maintenant par la crainte d'être en retard. Enfin, la sensation envahit une troisième fois la série des images, sans que Ton puisse dire au juste si Timage j
de la couverture, sur laquelle le dormeur se voit étendu, forme la suite du deuxième tableau ou si elle a été évoquée par la troisième sensation.
Il arrive quelquefois que le réveil se produit trop lot pour qu'un deuxième tableau se forme. C'est ce qu'on voit dans le fait suivant, oij c'est la surprise causée par la persistance de la sensation qui détermine le rêve v