‹ Le rève: études et observationsChapitre 138 sur 143 · Enist hnng der Traûtnpy p · texte numérisé non relu

Enist hnng der Traûtnpy p

citées plus haut, je crois que le rêve typique comporte toujours cette persistance de la sensation, qui est inlerprétée de la même manière ou à peu près, pendant tout le temps qu'elle dure. En un mot, le rêve typique est un rêve perceptif à répétition.

Il est arrivé à tout le monde de se réveiller sous rinfluence d'une émotion et de se rendre compte que Fémotion était la cause même du réveil. C'est ce qui se produit dans le cauchemar, où l'émotion est toujours pénible. Mais il est d'autres émotions qui peuvent produire le réveil, par exemple la surprise, et aussi, quoique plus rarement, le plaisir. Si l'on examine le contenu de l'esprit en de telles circonstances, on constate que quelquefois l'émotion se rapporte à un souvenir récent qui reparaît en hallucination (voir les observations LXXTII, p. 209, etLXXIV, p. 210), mais que plus souvent le souvenir est modifié par l'adjonction d'autres images. Autrement dit, l'émotion qui naît pendant le sommeil joue, à l'égard des séries de représentations qui occupent l'esprit, le rôle de force organisatrice, c'est-à-dire que les séries simultanées entrent en communication et s'unifient d'une façon plus ou moins parfaite sous l'influence de l'émotion.

L'idée d'émotion est demeurée passablement confuse ^dans la psychologie contemporaine. Tous les faits

que la psychologie des facultés rattaehait à la sensibilité, le plaisir et la douleur, le- désir et la crainte, les tendances, les passions, les états affectifs, etc., sont donnés simultanément à la conscience, font partie des mêmes états psychiques concrets. Ils sont unis d'ailleurs à des représentf^tions et à des actions, de sorte que toutes les espèces de phénomènes psychiques sont saisies à la fois parla conscience. Lorsqu'on entreprend de les analyser et, tout d'abord, de séparer les différentes espèces, on isole aisément par l'abstraction les faits de connaissance d'une part et les actions d'autre part. Mais le reste est un ensemble confus qui résiste à l'analyse; on a coutume d'en faire un troisième groupe, le groupe de la sensibilité ou des faits affectifs.

Quelques psychologues cependant ont divisé ce groupe en deux : ils distinguent d'une part les tendances, ou sentiments, ou inclinations, dont le type est le désir ou la crainte, et, d'autre part, les plaisirs et les douleurs auxquels ils donnent le nom d'émotions. La tendance peut se définir par l'action : elle est une action possible, une action virtuelle, une action suspendue, une action en puissance. Quant à l'émotion, si l'on prend pour types de ce phénomène le plaisir et la douleur, on peut la définir par son analogie avec la représentation : le plaisir est le signe d'un acte utile, d'un état favorable, la douleur est le signe d'un acte nuisible, d'un état défavorable. Par suite, l'émotion est, non pas un jugement ou une croyance, mais l'équivalent d'un jugement ou d'une croyance, c'est une sorte de jugement porté sur la valeur des actions; , mais c'est l'équivalent d'un jugement pratique et non pas d'un jugement théorique. 11 en résulte que l'émotion, le plaisir ou la douleur, détermine une attitude

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de l'être à Tégard des objets, une attitude confcirme aux exigences de la situation, une attitude d'adaplalion.

Par son analogie avec la représentation, Témotion se distingue donc neltement de la tendance. Mais, par ses conséquences, elle met enjeu les tendances. C'est pourquoi Tobservalion ne saisit jamais une émotion sans qu'elle soit liée à quelque tendance, ni une tendance sans qu'elle soit liée à quelque émotion. De là, sans doute, est venue, chez les pj^ychologues, l'habitude de confondre la tendance et l'émotion, de les identifier sous le nom de faits affectifs ou sous quelqu(^ dénomination équivalente. Mais ce sont deux faits de nalure différente, ou plutôt ce sont deux parties, ou deux éléments différents, d'un même fait concret.

De là résulte que, dans les états concrets que Ton désigne sous les noms de peur, colère, surprise, indignation et que l'on appelle des noms communs d'émotions, affections, sentiments, il faut faire avec soin la distinction de la tendance et de l'émotion proprement dite.

D'ailleurs l'émotion proprement dile, quoique étant un fait élémentaire par rapport aux états affectifs concrets, n'est pourtant pas un fait simple, une simple caracléristique des représentations, comme l'admet par exemple Ebbinghaus*. Supposons que, dans un état concret de surprise, on ait séparé par analyse, non seulement les représentations et les actions, mais aussi les tendances, comme les désirs intellectuels (désir de comprendre quant à ses causes le fait qui cause la surprise, désir de percevoir le fait d'une façon plus

i. Grundzûge der Psychologie^ I, p. 540 et suiv.

complète, désir de connaître les- faits concomitants auxquels il se rattache, désir de connaître les conséquences auxquelles il tend, d'autres désirs encore peut-être), les désirs pratiques (inquiétude quant aux conséquences prochaines ou lointaines, sentiment dé la responsabilité, désir d'utiliser Tévénement présent), les sentiments altruistes et tous les désirs ou toutes tes craintes qui peuvent exister dans la conscience d'une façon, plus ou moins nette, le reste de cette analyse, la partie exclusivement émotionnelle de ce fait concret, ne sera pas encore quelque chose de simple, ne sera pas une pure tonalité agréable ou pénible. Dans le genre des émotions qui ne sont que des émotions, il y a encore des espèces. Wundt a essayé d'en distinguer les éléments dans sa théorie tri-dimensionnelle des émotions : plaisir-déplaisir, tension-relâchement, excitation-dépression*. Ce n'est pas le moment d'examiner la valeur de celte hypothèse, je me borne à la signaler en passant et comme une raison d admettre la compl»*xité et le caractère qualitativement variable des émotions.

Dans le chapitre v ci-dessus, j'ai étudié le rôle que jouent le désir et la crainte dans le développement des séries imaginatives pendant le sommeil. Je vais envisager maintenant le rôle de l'émotion dans le rêve. Ce rôle me parait être surtout de réunir en une seule série plusieurs séries de représentations du rêve et, parla, de provoquer le réveil.

La principale émotion que l'on trouve dans le rêve est la p'eur. Conformément à la distinction que je viens

1. Grundriss der Psychologie, p. 99 et suiv.; P/iilosophische Studien, XV, p. 163; Physiologische Psychologie, 5« éJ., II, p. 284,

de faire, je n'envisage plus maintenant la peur-tendance, mais la peur-émotion. La peur-tendance est une force analogue au désir qui, comme le désir, se réalise spontanément pendant le sommeil ef provoque une invention de moyens défensifs, tandis que le désir provoque une invention de moyens destinés à le satisfaire. La peur qui se manifeste ainsi comme force de développement dans une série d'images s'accompagne d'ailleurs d'une émotion pénible, de même que le désir satisfait s'accompagne d'une émotion agréable. Les observations que j'ai citées au chapitre v étaient propres h montrer la façon dont agit 1% peur-tendance; mais elles n'étaient généralement pas de nature à mettre en lumière l'action de la peur-émotion. C'est pourquoi je vais maintenant citer des observations nouvelles.

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