‹ Le rève: études et observationsChapitre 18 sur 143 · OBSERVATION VU · texte numérisé non relu

OBSERVATION VU

Je rêve que mon grand-père maternel est mort depuis plusieurs jours, et que ma grand'mère vient de mourir. Je la vois morte et je suis très attristée. Près de moi se trouve une de mes tantes. Je lui dis qu'il faudrait prévenir mes

oncles. Elle s'en va et je reste seule auprès de la morte

Je m'habille pour sortir, et vais faire une visite chez M™* X..., à Nevers. A ma grande surprise, la bonne qui m'introduit me fait entrer dans la salle à manger, où des tasses à thé sont dressées sur la table. M"* X... vient au bout de quelques secondes, et, je ne sais comment, je me trouve assise à table. Il se trouve là six ou sept personnes, mais beaucoup de places restent vides. Nous causons gaiement. Je remarque que l'on mange des tranches de bœuf bouilli, et j'ai peine à me décider à manger. Je finis cependant par manger, mais sans plaisir, et je me fais la réûexion que c'est une étrange façon d'offrir un lunch. Au moment où nous nous levons tous pour nous séparer, le souvenir que ma grand'mère vient de mourir me revient, et j'en fais part aux personnes présentes. J'ai des larmes aux yeux, et quelqu'un, je ne sais qui, me dit que c'est bien triste, mais que ma grand'mère était âgée, qu'elle avait quatre-vingt-quatre ans. Je me réveille.

Là distinction des deux tableaux est d'abord très nette. Le premier tableau reproduit un souvenir ancien, inexact seulement en ce que la mort de la grand'mèrc de ma femme est survenue plusieurs années après celle de son grand-père. Quant au deuxième tableau, il reproduit un souvenir récent, mais avec substitution de personnes et avec l'addition bizarre des tranches de bœuf bouilli. Entre le premier et lé deuxième tableau, il y a discontinuité complète, et cette discontinuité est rendue particulièrement frappante par la contradiction de la tristesse du premier ^tableau avec la gaieté du deuxième. Néannfioins, vers la fin du rêve, les deux tableaux sont liés; la liaison est peu satisfaisante au point de vue logique, mais les deux tableaux étaient tellement incompatibles qu'il n'était guère possible qu'ils fussent mieux liés : la liaison n'aurait pu être meilleure que si le premier tableau avait été placé après le deuxième.

OBSERVATION Vm

Voici maintenant un autre rêve de ma femme que j'ai noté dans des conditions qui en font un rêve de notation immédiate.

Une nuit, à une heure du matin, dans la chambre voisine de la nôtre, un enfant tombe de son lit sur le parquet. Le bruit me réveille brusquement, je vais en hâte ramasser l'enfant, je le recouche, il ne s'est même pas réveillé. Mais ma femme a entendu le bruit aussi, et elle me dit un instant après que, à ce moment-là même, elle rêvait que Cécile (notre fille aînée) avait la fièvre typhoïde {V tableau). Elle rêvait en même temps (2^ tableau) qu'elle était à Paris, chez M'"'' L..., et qu'elle parlait à sa fille. Gabrielle. Gabrielle L... faisait cuire des poires et déclarait qu'utie des meilleures espèces était celle des poires Henri V, et aussi celle des

poires poulette, elle en avait mangé à (ici le nom d'une

petite ville des environs de Paris qu'il a été impossible de retrouver avec sûreté). — Après avoir noté hâtivement ce qui précède, je demande des détails sur le tableau de la fièvre typhoïde, et j'obtiens, en outre d'explications complémentaires, le récit d'un troisième tableau. « Cécile avait sa robe de tous les jours, et, debout près de son lit, disait : « Je suis mal, je vais me recoucher. » Je lui répondais : « C'est cela, recouche-toi », et je n'éprouvais aucune inquiétude. Au même moment (3* tableau), je me trouve avec quelqu'un qui avait à la main un petit livre, ou un cahier, comme les cahiers de dessin ou d'écriture de Marcel (notre petit garçon), mais moins large et moins haut : en haut, il y avait des dessins à toutes les pages, et le bas des pages était imprimé. Celte personne, une femme, je ne sais qui, dit : « Louise, qu'est-ce que c'est que ça? » Elle montrait une ||fî: image représentant une petite fille qui mangeait à table un

5j!?- œuf à la coque; elle avait à côté une tartine de beurre. La

•îi j Louise à qui ces paroles étaient adressées était Louise V...

1*; (la fille d'un de mes collègues). La personne ajoutait en

■',]'. montrant l'image : « De cette façon, elles apprennent bien

.j à lire. ^ La dame a feuilleté le livre, j'ai vu d'autres images,

';; une représentait des cocottes en papier sur fond grisâtre,

les cocottes étant gris-clair, plus clair que le fond. En dessous des images, il y avait des lettres, des majuscules en écriture anglaise, grandes, en pointillé, comme les modèles d'écriture que les enfants doivent suivre avec la plume ou le crayon, mais les lettres avaient au moins 3 centimètres de hauteur. Je dis : « Tiens, Ane, A. » Mais c'est en voyant la cocotte que je dis : « Ane. » Je me suis souvenue que i : Cécile avait appris à lire de cette façon. »

Ainsi, dans ce réveil brusque, au milieu de la nuit,

Tesprit contenait trois tableaux distincts. Au point de

vue de l'ordre des tableaux, quand j'écrivais hâtive-

j ment pendant la nuit, c'est sous la dictée même que

I j'ai écrit : « En même temps » (deuxième tableau), et :

« Au même moment » (troisième tableau). Mais, après

avoir écrit le tout, j'ai demandé quel était Tordre des événemenls, et voici la réponse : « Je crois que Cécile ayant la fièvre typhoïde, c'est le dernier rêve, et que c'est chez Gabrielle L... que se trouvait la personne qui m'a montré le livre. » Ainsi, dans la première période du réveil, les tableaux apparaissaient comme simultanés, mais un peu plus tard la mémoire les présentait déjà comme successifs. On pourrait soutenir, il est vrai, que les expressions « en même temps, au même moment » ne sont que des façons de parler et ne désignent qu'une simultanéité approximative, mais je laisse de côté pour le moment la question de savoir si, dans de pareils rêves, les tableaux sont successifs ou simultanés. J'y reviendrai dans le chapiire suivant. Je n'ai cité ce rêve ici que pour montrer que l'esprit qui sort brusquement d'un sommeil profond contient une pluralité de tableaux séparés.

L'observation VII présente donc un rêve partielle- ^ ment lié, l'observation VIII un ensemble de tableaux sans lien, à peine rangés dans un ordre chronologique. C'est la confirmation de mes observations personnelles, puisque le rêve de l'observation VII est un rêve de notation différée, tandis que celui de l'observation VIII est un rêve de notation immédiate. Au reste, voici un autre rêve de mémoire de la même personne, dans lequel les tableaux composants ont dû être relativement nombreux et se sont unis à un point tel qu'il est difficile de les dégager.

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