‹ Le rève: études et observationsChapitre 39 sur 143 · Santé de Sanctis, ISogni · texte numérisé non relu

Santé de Sanctis, ISogni

on veut soutenir que lé rêve naît tout entier dans la période du réveil, ou dans U période de somnolence par laquelle on passe pour sortir du sommeil profond, je dois reconnaître qu'il n'est pas absolument impossible qu'il en soit ainsi : mais la non-impossibilité d'un fuit ne suffit pas pour créer même une présomption en faveur de ce fait.

§ 3. — Succession autonome ou simultanéité?

Les tableaux élémentaires du rêve complexe sont très peu liés dans les rêves de notation immédiate, et il y a lieu, d'après l'évolution logique du rêve, de regarder \

cette absence de liaison comme tout à fait complète, au début du réveil. Or, cette absence de liaison a déjà été constatée par beaucoup de psychologues; on pourrait ^ même dire que tous ceux qui se sont occupés du rêve Tont remarquée, car c'est ce qu'ils désignent d'ordinaire quand ils parlent de l'incohérence des rêves. Tout récemment, Bernard Leroy et J. Tobolowska* en ont fait ie point de départ d'une théorie sur là nature du rêve. '^.

« On doit admettre, disent-ils, qu'un grand nombre ^j|

« d'épisodes du rêve sont formés de successions de -^M

« tableaux sans aucun lien apparent » (p. 573-574). -Â

Mais ils ne voient là rien de plus qu'une « succession autonome » de représentations (p. 577). ' :::^

Cependant, il faut bien qu'il y ait une cause à celte J

succession de représentai ions ; cette apparition d'images ^

que les lois de l'association ne peuvent expliquer n'est ^^î

pourtant pas un fait de génération spontanée ou de

1. Sur le mécanisme intellectuel du rêve, Revue philosophique^ t^^^,

ciéation ex nihilo. Aussi Bernard Leroy et Tobolowska admettenl-ils, sans insister, que le fait est dû à de* causes pliysiologiques : « Les causes de Tapparition de M ces tableaux pourraient sans doute être mieux u éclaircies si Ton cherchait du côté des explications^ u physiologiques » (p. 574) . — En attendant que l'on ait trouvé ces explicaiions physiologiques, il est légitime d'envisager la question par le côté psychologique, qui est plus aisément abordable.

On ne peut pas obtenir une preuve directe de la sioiultanéité des tableaux parce que Ion ne peut pas faire, au moment même où commence le réveil, Tacto d observation subjective qui constaterait cette simultanéité : la conscience attentive de Tobservateurne* saisit qu'une représentation à la fois, puisque Tattention a précisément pour but et pour effet de réaliser l'unité de conscience. Mais, à défaut de preuve directe,. oQ peut poser Thypothèse de la simultanéité et voir si les faits, en la confirmant suffisamment, to fournissent une preuve indirecte.

Supposons donc que les tableaux non liés du rêve complexe appartiennent à des séries différentes et simultanées de représentations, à des séries autonomesdont chacune se développe séparément, sans subir riufluence des séries voisines et sans être coordonnée avec elles autrement que par une simultanéité fortuite. CiOtle hypothèse est confirmée par plusieurs genres d& faits que je vais expliquer.

1, Les tableaux non organisés sont pris pour des rêves

dislincts, — L'attention rétrospective au moyen de la-

quelle on saisit le rêve se porte d'abord sur une des

jïéHes de représentations, puis sur l'autre, et ainsi de

;V^UÏtfî jusqu'à ce qu'il soit impossible d'aller plus loin.

Ainsi se forme un ordre subjectif de succession des iableaux. Si les tableaux se lient difficilement, s'il est tout à fait impossible de les prendre pour les actes successifs d'un même drame, l'observateur va voir dans ces tableaux des rêves distincts, et il les attribuera à des moments différents du sommeil, plus ou moins éloignés du réveil, bien qu'ils ne puissent dater que des derniers instants qui ont précédé le réveil. Cette illusion se produira principalement chez des observateurs jeunes et peu exercés. On leur a recommandé de faire leur observation subjective aussi attentivement que possible et immédiatement après le réveil. Ils suivent consciencieusement la recommandation, mais, là ou l'organisation des tableaux ne se fait pas et où la simultanéité objective des événements est impossible, ils s'imaginent qu'ils ont eu plusieurs rêves distincts, et ils les regardent comme successifs. En voici quelques •exemples.

Page 1