FOUCAULT
•ciiiation est redevenue complète : il n'a donc existé qu'une période de doute, pendant laquelle les deux courants opposés ont existé simultanément.
En fin de compte, les faits que je viens de citer ne s'expliqueraient que très difficileiïient dans l'hypothèse de la succession des tableaux : ils s'expliquent ^u contraire facilement dans l'hypothèse de la simultanéité et, par conséquent, donnent à cette hypothèse une probabilité que l'on peut considérer pratiquement •comme une certitude. Toutefois, je dois maintenant indiquer quelques réserves.
D'abord,, je ne prétends pas qu'il existe toujours, au moment où commence le réveil, une pluralité de séries simultanées dont le réveil viendrait interrompre le développement. Il est un cas, en effet, dans lequel le rêve est toujours simple : c'est celui où une vive émotion accompagne les images et réalise, dans le sommeil même, l'unité de la conscience, un état analogue à celui de l'attention spontanée. J'aurai plus loin^ l'occasion de citer des rêves de ce genre et d'en 'expliquer la formation. — Il arrive même que ces rêves émotionnels sont complexes, et que les tableaux dont ils se composent sont unis ensemble, organisés, pendant le sommeil même, et c'est ce qui permet d'expliquer que les souvenirs de la veille soient fréquemment déformés dans le rêve. Autrement dit, l'organisation des tableaux ne s'effectue pas seulement pendant le réveil, elle «^effectue aussi pendant le sommeil. Mais elle a, dans ces deux circonstances, un caractère différent : pendant le réveil, elle est de nature
logique, c'est le besoin de comprendre les faits du rêve conformément aux lois de la raison et du monde réel qui détermine la construction; pendant le sommeil, elle^tient à d'autres causes, et elle est principalement déterminée par les sentiments, par les émotions et par la force de développement spontané des images et des sensations*. D'où un critérium qui permet de distinguer, dans un souvenir de rêve, ce qui appartient au réveil et ce qui appartient au sommeil : toute opération proprement logique appartient au réveil, toute combinaison ou modification d'images dans laquelle on reconnaît l'influence déterminante d'un sentiment, d'une émotion ou de la force de développement spontané des représentations, appartient au sommeil.
Il est vrai que l'application de ce critérium soulève une question passablement embarrassante. Il arrive fréquemment que le rêveur, soit à la suite d'une émotion de surprise, soit par un simple effet de cette curiosité qui ne s'éteint pas, même dans le sommeil, cherche l'explication d'un fait et la trouve, bonne ou mauvaise, quelquefois très saugrenue : voilà donc une opération logique -qui se produit dans le rêve même. — Je crois, d'après quelques observations, que les. opérations de ce genre ne se produisent que dans les états de somnolence voisins de la veille, dans des états semblables à l'état de réveil, mais qui peuvent se prolonger plus longtemps que le réveil ordinaire et qui peuvent même être suivis d'un temps de sommeil nouveau : il existe alors une combinaison de phénomènes du sommeil (apparition spontanée d'images hallucinatoires) et de phénomènes de la veille