Leibnilz. Afonatio/o^ie, 19 et
conscience réfléchie, ou, clans le langage de M. Pierre Janet, qu'elle est saisie par la perception personnelle, ou qu'elle est attribuée au moi.
La différence qui existe entre la pensée du sommeil et la pensée consciente de la veille n'estdonc pas une simple différence de degré. La pensée consciente de la veille contient quelque chose de plus que la pensée du sommeil, à savoir cette attribution au moi, qui provient de Tattention ou de Teffort mental. Par suite on peut dire que le sommeil est, au point de vue psychologique, un état de distraction profonde ou d'inattention totale.
Maintenant, sans insister outre mesure sur la ressemblance du rêve et des maladies mentales, on ne peut pas no pas remarquer que cet affaiblissement de l'attention est aussi le fait dans lequel M. Pierre Janet a vuja caractéristique essentielle de l'hystérie.
Il y aurait donc une certaine ressemblance entre l'état mental du dormeur et l'état mental de l'hystérique éveillé. Et cette ressemblance conduite supposer que les séries subconscientes qui se développent simultanément dans l'esprit de l'homme endormi sont la forme normale de la personne seconde et de la personne troisième de l'hystérique. Sans doute les séries subconscientes du sommeil ne durent que peu de temps, on n'a pas coutume de les voir reparaître avec une suite de souvenirs qui leur constitueraient une vie personnelle, elles n'ont pas de caractère tranché, elles n'ont pas de nom : bref, ce sont d'ordinaire des personnalités infiniment pauvres et simples. Pourtant, on trouverait peut-être qu'il existe des souvenirs de rêve à rêve, et que par suite certaines personnalités naissantes du sommeil peuvent acquérir quelque stabilité. Peut-être aussi faudrait-il attribuer à une stabilité
exceptionnelle du même genre les rêves où le dormeur personnalise, ou, comme dit Delbœuf, aUruise une partie de ses représentations en attribuaiit à une autre personne un travail mental qui s'est fait en lui*. Mais en général, chez Thomme normal, ces personnalités subconscientes restent éphémères.
On rencontre d'ailleurs aussi des séries subconscientes qui se développent pendant la yeilie, tantôt coordonnées, tantôt isolées et indépendantes. En même temps que je réfléchis ici sur la nature de la conscience et que je m'efl^orce d'élucider mes idées, des images verbales surgissent et s'enchaînent pour les exprimer et, pendant que ma main exécute lés mouvements graphiques nécessaires, je prononce 'mentalement les mots, €omme si l'appareil d'articulation les dictait à l'appareil graphique ; de plus, je les lis à mesure que je les écris, et je rectifie à l'occasion une négligence d'écriture ou de langue. Or, efl'ectuer des mouvements d'articulation et des mouvements graphiques, sentir qu'on les effectue, localiser ces sensations, les unes dans les organes vocaux, les autres dans les doigts, percevoir par la vue les traits de l'écriture sur le papier, et en même temps suivre une pensée abstraite, analyser des idées ou faire I un mouvement, cela constitue une pluralité d'événe-
I ments psychiques qui parfois se succèdent rapidement,
r mais parfois aussi sont simultanés ; il existe là un
[ ii^vail complexe qui comprend une pluralité de séries
psychiques se déroulant simultanément, quoique parfois avec des interruptions. D'ailleurs, ces quatre ou I -cinq séries simultanées sont coordonnées entre elles ;
[ ■ 4. Voir sur ce point Delbœuf, Le sommeil et les rêves, p. 24 et
suiv. ; et, pour le rêve de Van Goens, Spitta, Die Schlaf- und Traumzustàndey p. 316.
il existe, pourrait-on dire, une série maîtresse, la série proprement intellectuelle, par rapport à laquelle sont subordonnées les autres, les séries d'images, de perceptions et de mouvements. — Mais, en même temps, il existe dans ma conscience d'autres séries qui se développent pendant un temps plus ou moins long : j'entends le bruit désagréable d'une mauvaise musique à une centaine de mètres, et, à certains moments, un bruit de pas dans la pièce voisine; tout en écrivant, je vois, d'une façon distraite, la table sur laquelle est placé mon papier; si, cessant un instant d'éjcrire, je relève la têle, je vois en face de moi le papier qui tapisse le mur; et, pendant ce temps, j'éprouve de vagues sensations organiques qui pourraient être précises ou même douloureuses. Ainsi, en même temps que la série intellectuelle sur laquelle je concentre mon attention se déroule dans ma conscience avec les séries qui lui sont subordonnées, d'autres séries indépendantes se développent de leur côté, et, pour peu que mon attention se relâche ou que j'éprouve quelque inquiotude^ des séries d'images étrangères viendront se joindre aux séries de perceptions. D'une façon générale, il existe pendant la veille, et même pendant la veille attentive, une pluralité de séries psychiques simultanées.
Maintenant, la plupart de ces séries sont constituées de phénomènes subconscients, et ces phénomènes ne deviennent proprement conscients, ne sont aperçus, que si je fais acte d'observation subjective, ou si quelque excitation un peu. forte m'impose une sensation gênante, ou si quelque image émotive triomphe de ma distraction. En un mot, au point de vue de la conscience, elles se comportent comme les séries du sommeil, avec
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cette différence qu'elles s'élèvent plus souvent au-dessus du seuil de la conscience. Si donc je cesse complètement de faire attention à ce que je pense ou à ce que je fais, je dormirai, et toutes ces séries secondaires continueront à se développer suivant les lois de la pensée automatique, et, lorsque la conscience attentive sera rétablie, au réveil, j'en saisirai quelques lambeaux auxquels je donnerai le nom de rêve.
Mais, si j'ai une rêverie familière pendant la veille, . ou un rêve familier pendant le sommeil, si quelqu'une de ces séries subconscientes devient «table, si elle s'enrichit et se développe outre mesure, elle pourra iinir par envahir la personnalité normale de la veille. Ainsi la désagrégation mentale provisoire du sommeil nous présente la forme affaiblie de la désagrégation morbide, c'est-à-dire que, une fois de plus, nous trouvons dans un fait normal la forme atténuée d'un fait morbide.