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LES PROBLEMES

Ainsi, Tobservation du rêve a inspiré à plusieurs psychologues cette opinion que le rêve, dans Finlervalle de temps qui sépare le moment où il a existé en tant que rêve et celui où il est fixé par écrit, non seulement risque de perdre par Toubli une partie de ses éléments^ mais subit aussi un travail de transformation ou de construction.

Ce fait crée pour Tétude du rêve une difficulté considérable : nous ne connaissons le rêve que [:ar le souvenir que nous en^ avons, et ce souvenir est infidèle, le tableau des événements auxquels nous avons cru assisler est défiguré par une illusion rétrospective. Marinier semble avoir regardé la difficullé comme insoluble : « Nous n'avons, au reste, dit-il dans le pas- « sage cité plus haut, aucun moyen de nous assurer « de Texaclilude de nos souvenirs. » Pourtant c'est, comme disait M. Egger, « une question préjudicielle» de savoir comment nous nous souvenons de nos rêvea*.

Même la solution de cette question ne doit pas seulement servir d'introduction à la psychologie du rêve. S'il est vrai que le rêve subit un travail de construction avant d'être fixé par écrit, l'analyse de ce travail est importante pour l'analyse du rêve en général. Car le

souvient et qu'on le rapporte de telle ou telle façon) ne se fait point sans une intervention active de Tinte' ligence éveillée, laquelle y introduit incnnsciemment des élém'ents étniigers, et se trompe souvent elle-même, sans qu'il soit possible de la conirôler. » (E. Maillet. Les rêves et Vinspiration m' thématiqueSy extrait du Bulletin de la Société Philomathique, 1^05, p. 7.) Le regretté philosophe et mathématicien a doi>c .«signalé la difficulté préalal le que doit lever d'abord la psychologie du rêve, et il a posé la question d'um^ façon très nette. «

1. V. Egger. Le sommnl, la cfirlitude et la ^ mémoire j Critique philosophique, 1888, 1, p. 344.

mot rêve, dans le langage ordinaire, et même dans le langage psychologique, est ambigu : il désigne tantôt Fétat mentiil du sommeil, tantôt le souvenir de cet état; et le plus souvent, on l'emploie avec Tintention de désigner Tétat qui appartient au sommeil et on rapplique en réalité au souvenir déformé que Ton garde de cet élat : c'est dans ce sens que l'on parle de l'incohérence du rêve. En tout cas, le fait concret que la psychologie du rêve doit expliquer, le fait qui lui fournit les éléments empiriques d'information, c'est, non pas le rêve lui-même, mais le souvenir du rêve. C'est donc le souvenir du rêve qu'il faut envisager, décrire, analyser, expliquer, pour arriver à expliquer le rêve lui-même.

De là résulte qu'il faut distinguer dans l'étude du rêve deux problèmes principaux : 1° Comment le rêve devient-il le souvenir du rêve, et quelles transformations subit-il dans cette opération? 2" Comment se forme le rêve proprement dit, c'est-à-dire l'état mental qui occupe l'esprit à la fin du sommeil? Autrement dit, le rêve saisi par l'observation, le souvenir du rêve, est formé par un double travail : un travail qui s'effectue après la fin du sommeil, c'est-à-dire principalement pendant la période du réveil, mais aussi quelquefois après que le réveil est complet; un travail antérieur, qui se fait pendant le sommeil même. De là les deux problèmes.

Le premier problème est relativement simple; il l'est du moins si on le compare au second. Il s'agit, en effet, pour résoudre le premier problème, de trouver les lois suivant lesquelles le rêve se déforme pour devenir un souvenir de rêve, les lois suivant lesquelles l'état mental du sommeil évolue à partir du moment

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où il entre dans la conscience jusqu'au moment où nous lui donnons une forme fixe en le notant par écrit. Ce n'est qu'après avoir résolu ce premier problème que Ton pourra aborder le second : il s'agira alors de soumettre le souvenir du rêve à une analyse régressive pour 'retrouver le rêve véritable, le terme premier de l'évolution accomplije pendant le réveil, la forme sous laquelle existaient, avant que la mémoire leur eût doniîé une forme nouvelle, les sensations et les images que nous trouvons dans le souvenir du rêve, dans le rêve d'observation. Mais, décrire l'état mental de la fin du sommeil, ce n'est qu'une partie de ce second problème : si nous supposons cette description faite pour les traits essentiels, alors se poseront des questions nouvelles relativement à l'origine des représentations et à la façon dont elles se comportent dans Tesprit endormi. A proprement parler, c'est là le problème essentiel du rêve; et il est très étendu et très difficile, car la vie de l'esprit pendant le sommeil, quoique peut-être plus simple que pendant la veille, est encore extrêmement complexe, et d'ailleurs on ne peut la soumettre à l'investigation que par l'analyse régressive des souvenirs de rêves, c'est-à-dire par une méthode indirecte. Aussi, je n'en aborderai que quelques points, ceux (|ui me paraissent naturellement les plus faciles à étudier.

Dans les chapitres qui vont suivre, je ne me propose pas de traiter les deux problèmes en les séparant toujours rigoureusement : bien des questions de détail se présenteront qui se rattachent à la fois par quelque côté aux deux problèmes. Cependant le premier problème sera trailé principalement dans les chapitres u et IV ; je m'appliquerai à faire dans le chapitre m la

description générale de Tétat de la conscience pendant le sommeil, el je chercherai dans les chapitres v, vi, VII et vin à élucider quelques-unes des questions relatives à la vie menlale pendant le sommeil.

§ 2. — Méthode d'observatiOiN et d'analyse.

S'il est vrai qu'il existe une évolution au cours de laquelle le rêve, saisi par la conscience et conservé dans la mémoire, subit des transformations, la méthode qu'il convient de suivre pour étudier cette évolution se trouve par là déterminée : il faut arriver à saisir le rêve à des moments successifs de son évolution. Par exemple, après avoir noté un rêve au moment du réveil, on le noterait une seconde fois au bout' de quelques jours, puis une troisième fois plus tard, et ainsi de suite jusqu'à ce que Ton eût atteint une forme absolument fixe et invariable. On peut appeler ce procédé, le procédé de la notation répétée.

Dans la p?atique, il est bien difficile d'en faire usage. En effet, si je veux employer ce procédé sur moi-même, je sais, après avoir écrit un rêve une première fois, que je devrai Técrire de nouveau quelque temps après. J'y pense malgré moi, je le repasse dans ma mémoire comme un écolier repasse sa leçon mentalement en allant en classe, et par là j'entrave le travail spontané de l'évolution, ou bien, ce qui serait plus fâcheux encore, je risque de favoriser ce travail dans un sens conforme à mes hypothèses. Pour cette raison, je n'ai pas employé ce procédé personnellement, je n'ai fait que quelques tentatives infructueuses, d'autant plus infructueuses que, après avoir écrit un rêve, j'ai cou-

tume de Toublier très vite, et ordinairement pour toujours. — En revanche, je Tai employé avec d'autres personnes. Après avoir reçu communication d'un rêve, soit oralement, soit par écrit, j'ai pu quelquefois obtenir un deuxième récit que je notais immédiatement. Mais bien souvent, pour des causes diverses, j'ai échoué : si l'on demande trop tôt le deuxième récit, on obtient une reproduction exacte du premier; si on le demande trop tard, tout est oublié. Il faut rencontrer le moment favorable, et cela par des tâtonnements qui expliquent la fréquence des échecs. Toutefois, si l'on se tient avec une patience suffisante à l'affût des bonnes occasions, on réussit à recueillir par ce moyen des faits intéressants.

Mais cette méthode directe d'investigation peut être remplacée par une méthode indirecte, qui consiste à employer concurremment la notation iinmédiate et la notation différée.

Le procédé de la notation immédiate est, à peu près, celui de Maury, et il est devenu classique. « Je m'ob- (( serve, disait Maury, tantôt dans mon lit, tantôt dans « mon fauteuil, au moment où le sommeil me gagne; « je note exaclement dans quelles dispositions je me « trouvais avant de m'endormir, et je prie la personne « qui est près de moi de m'éveiller, à des instants « plus ou moins éloignés du moment où je me suis « assoupi. Réveillé en sursaut, la mémoire du rêve « auquel on m'a soudainement arraché est encore « présente à mon esprit, dans la fraîcheur même de « l'impression. Il m'est alors facile de rapprocher « les détails de ce rêve des circonstances où je m'é- « tais placé pour m'endormir. Je consigne sur un « cahier ces observations, comme le fait un méde-

« cin dans son journal* pour les cas qu'il observe *. » Je ne retiens pour le moment de cette méthode de Maury que le passage où il dit que, réveillé en sursaut, la mémoire de son rêve est encore présente à son esprit. C'est là, en effet, un fait capital pour la théorie de l'observation du rêve. Ce fait a d'ailleurs été remarqué par la plupart des psychologues qui se sont occupés du rêve. Donc, au moment d'un réveil brusque, et pourvu qu'il n'existe pas de circonstances perturbatrices, nous avons en général des images de rêves qui gardent, comme dit Maury, la fraîcheur môme de rimpre>sioa. C'est le meilleur moment pour noter un rêve complexe, pour recueillir un riche ensemble de représentations. Mais il faut pour cela noter le rêve immédiatement. 11 est probable que c'est ce qu'a fait Maury pour la plupart de ses rêves : c'était là, en effet, le moyen le plus commode pour lui de les analyser en les rapprochant des circonstances du sommeil et des évéuemenls antérieurs. Pourtant il ne s'est pas toujours soumis à cette règle, témoin son fameux rêve de la guillotine, rapporté de mémoire après beaucoup d'années. M. Egger* a bien montré que le récit de ce rêve contient certainement des inexactitudes, et Maury reconnaît lui même* que son rêve comprenait « bien <( des événements qu'il ne se rappelle qu'imparfaitei< ment ».

D'ailleurs Maury était doué d'une mémoire exceptionnelle relativement aux rêves. « Fort rarement, « dit-il, le souvenir de ce que j'ai rêvé m'échappe, et

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