LOCALISATION DANS LE TEMPS
face, je ne vois rien. Je suis dans une mortelle inquiétude, car je sais que Teau est profonde. Je saute à Teau, avec l'espoir de retrouver et de retirer Tenfant ; quoique Teau soit profonde, j'espère cependant que je n'en aurai pas pardessus la télé. Mais je suis très surpris de voir que je ne parviens pas à descendre dans l'eau : mes jambes s'y enfoncent jusqu'à mi-cuisses, mais je ne peux toucher le fond. Je m'éveille à ce moment. Je ne pleure pas, mais je pousse des soupirs que je ne parviens pas à retenir : une minute ou deux après avoir reconnu que j'avais un cauchemar, mes soupirs continuent malgré moi.
Ce rêve est simple, comme tous les cauchemars dans lesquels Témotion est vive. Mais ce tableau de cauchemar se comporte comme le tableau de premier plan d'un rêve complexe : il est même probable, pour le dire en passant, que c'est la persistance anormale de rémotion qui détermine la simplicité du rêve en empêchant Tattention d'atteindre d'autres tableaux. En tout cas, la persistance de Témotion montre avec quelle force le tableau de premier plan s'impose à l'esprit; même après que l'erreur est reconnue, le tableau subsiste par son côté émotionnel.
Ainsi le tableau de premier plan doit apparaître h l'esprit qui se réveille comme formant la donnée la plus certaine du rêve, comme en étant la partie maîtresse. Il joue par suite un rôle directeur dans la construction du rêve. ,
§ 2. — Localisation dans le temps.
J'ai déjà signalé, dans Je chapitre précédent, l'incertitude où se trouve quelquefois l'observateur relativement à Tordre des événements, il ne sait pas si telle scène est antérieure à telle autre, ou bien encore il Foucault. 10
change d'opinion à ce sujet, il modifie le récit de son rêve, il lui semble que telle scène doit être déplacée et mise avant telle autre. Les récits de roves dans lesquels on rencontre de pareilles variations ou corrections sont particulièrement instructifs pour montrer comment s'effectue la localisation des tableaux dans le temps.
J'ai déjà cité deux observations de ce genre qui fournissent des renseignements à ce point de \ue : ce sont les observations VIII et XXXI.
Dans l'observation YIII (p. 51), ma femme, réveillée brusquement, rêvait que Cécile avait la fièvre typhoïde. C'est ce tableau qui revient le premier à l'esprit. Dans le tableau qui reparaît le deuxième, elle se trouvait à Paris, chez (labrielle L..., qui faisait cuire des poires. Enfin, dans le troisième tableau, elle se trouvait avec une dame qui tenait à la main un livre de lecture à l'usage des enfants et lui donnait des explications au sujet de la méthode suivie dans ce livre. Tel est Tordre subjectif dans lequel les tableaux ont été saisis par la conscience au réveil. Mais, une fois le réveil complet, quand je demande des explications sur Tordre des événements, j'obtiens cette réponse : t< Je crois que Cécile ayant la fiiî^vre typhoïde, c'est le dernier rêve, et que
c est chez Gabrielle I que se trouvait la personne
qui m'a montré le livre. »
L'ordiv objectif attribue aux événements est donc dilTérent de Tordre subjectif dans lequel les tableaux ont été saisis. On pourrait croire que Tesprit, par analogie avec la marche qu'il suit ordinairement pendant lu veille quand il rappelle ses souvenirs, passe de Tôlat actuel au souvenir le plus récent, puis au souvenir imméJiatement antérieur, et ainsi de suite, .re-