LOCALISATION DANS LE TEMPS
pite sur moi et me mord à la cheville. Je saute dans un fossé plein d'eau très claire sur un fond d'herbe verte. Le fossé est en contre-bas du jardin. Je plonge le chat dans Teau, il lâche prise. J'ai une morsure au pied : elle est nette comme l'entaille que ferait un ciseau à bois. Assis sur le bord du fossé, je plonge le pied dans l'eau : pas de sensation de température, je la vois fraîche cependant. En allongeant la jambe, ma veste trempe dans l'eau : je retire ma jambe.
Comme le sommeil auquel se rapporte ce rêve ne pouvait pas être très profond, puisque c'était un sommeil du malin succédant à un réveil peu éloigné, je ne pense pas que les six tableaux qui viennçnt d'être rapportés aient occupé Tesprit simultanément. D'ailleurs, quelques-uns de ces tableaux sont eux-mêmes complexes, et Ton voit en outre une sensation de piqûre ou de démangeaison donner naissance à trois tableaux perceptifs (piqûre d'une épine au bras, piqûre [au mollet, morsure au pied), et il n'est guère possible qu'il y ait eu simultanéité dans Tapparition de ces sensations et des images qui s'y sont ajoutées. Toutefois, l'indépendance visible d'une partie des scènes indique qu'il y a eu une simultanéité partielle. — Mais ce qui fait l'intérêt du rêve au point de vue de la construction chronologique, c'est que les tableaux ont été saisis en trois fois : « Le tableau n° o, dit l'observateur, est celui qui a été noté le premier, mais, après en avoir écrit les premiers mots seulement, d'autres tableaux, 1 , 2, 3, 4, se sont immédiatement présentés à mon esprit. Tous ces tableaux ont été notés immédiatement après le réveil. » Enfin le tableau 6 est apparu après tous les autres, et même quelques minutes après. Or, au point de vue chronologique, le tableau 5, tableau de premier plan, est placé le dernier dans Tordre objectif. Puis le groupe
des tableaux 1, 2, 3 et 4 est placé avant, sans qu'il y ait aucune transition de ce groupe au tableau 5. Enfin le tableau 6 n'a pas de localisation chronologique.
Cette observation montre donc que le tableau de premier plan détermine la mise en succession de l'ensemble des tableaux, en ce sens que, si rien ne s'y oppose, il occupe la première portion du temps qui se trouve vacante, c'est-à-dire celle qui précède immédiatement le réveil. Le groupe des tableaux 1 à 4 est rejeté en arrière sans qu'il soit possible de voir de quoi dépend la mise en succession des événements de ce groupe : peut-ôlre reproduit-elle l'ordre dans lequel les images se sont succédé, mais rien ne le garantit.