LOCAUSATIOX DANS LE TEMPS
mois de septembre suivant, et l'image de la terre détrempée par la pluie provenait de ce que, pendant la nuit même à la fin de laquelle j'ai noté ce rêve, j'avais été réveillé par le bruit de la pluie. Je suppose donc qu'î^ la fin du sommeil, la scène de la demande en mariage, celle du jardinage et celle de la pluie se développaient d'une manière indépendante et qu'elles se sont organisées pendant que je notais les deux premiers tableaux. Quant à ces deux tableaux, ils sont probablement simples l'un et l'autre. Le tableau II est lesouvenir modifié d'une excursion récente hors de Paris. Lf's mots bizarres du début du tableau I reproduisent sans doute des souvenirs récents : j'avais eu l'occasion de parcourir des livres espagnols, et j'avais été surpris, n'ayant jamais appris Tespagnol, de comprendre des phrases entières.
Ainsi l'ordre subjectif tend bien à déterminer l'ordre objectif, en ce sens que le tableau qui est saisi le premier est considéré comme représentant des événements qui se sont passés immédiatement avant le réveil; le tableau qui est saisi le deuxième est localisé dans l'espace de temps précédent, et ainsi de suite. Mais l'influence de cette loi se trouve compliquée par une autre loi qui vient à la traverse et que l'on peut formuler ainsi : les tableaux, quel que soit leur ordre subjectif, reçoivent l'ordre objectif qui est le plus propre à en faire un ensemble cohérent. C'est par suite de cette dernière loi qu'un tableau manifestement interrompu est toujours placé en dernier lieu. En vertu de la môme loi un tableau principal peut être encadré entre les autres tableaux s'il se trouve que la coordination est parla mieux assurée.
§ 3. — L'illusion de la dlrée.
L'étude de la construction du rêve au point de vue chronologique m'amène à dire quelques mots de l'illusion qui se produit fréquemment au sujet de la durée du rêve. C'est un des points de la psychologie du rêve qui ont été le plus fréquemment étudiés, et c'est une des rares questions que l'on peut regarder comme à peu près résolues.
D'abord il faut faire une distinction qui a été souvent négligée : il faut distinguer la durée pendant laquelle les représentations du rêve ont occupé Tesprit, et la durée que l'esprit qui se rend compte de son rêve attribue aux événements, c'est-à-dire la durée psychologique ou réelle et la durée objective ou apparente.
Les représentations apparaissent-elles et disparaissent-elles pendant le rêve avec une rapidité plus grande que pondant la veille? Rien n'autorise à répondre à cette question par l'affirmative ou, comme dit M. Clavière*, « rien ne nous force à admettre une rapidité foudroyante et quasi mystérieuse de la pensée dans le rêve ».
La question de savoir quelle est la vitesse de la pensée dans le rêve reste ouverte, mais l'observation faite par M. Clavière, au moyen de son réveille-matin h sonnerie répétée, porte h croire que les images du rêve ne se succèdent pas plus vite que celles de la veille.
1. Clavière, La rapidité de la pensée dans le rêve, Revue philos, 1897,1, p. 509.