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AUTRES OPERATIONS DE CONSTRUCTION

comme constituant une partie des événements du rêve,

I les autres tableaux tendent à occuper, soit le même

lieu, soit un lieu conforme aux événements du tableau

directeur.

Parmi les autres opérations de construction, je peux

[ signaler encore les additions, les suppressions et les

[ substitutions. Dans un rêve ordinaire, on peut deviner

I parfois des additions qui se sont effectuées après le

sommeil en vue de relier les tableaux. Mais ce sont

les rêves de notation répétée qui donnent sur ce point

les indications les plus précises. Ce sont d'ailleurs les

seuls qui permettent d'étudier les substitutions et les

suppressions.

Dans l'observation XVIIl (p. 73), la première notation commence ainsi : « Je rêve que je suis dans une voiture, conduite par un cocher, sur une route; il fait clair. Tout à coup le cocher s'en va, et me laisse. Comme je sens mes bottines qui me blessent, je les retire. » Après une longue station, la personne qui a fait le rêve s'impatiente, descend de voiture, et, nupieds, va à là recherche du cocher, qu'elle trouve attablé dans une guinguette. Elle lui fait des reproches, puis retourne à la voiture, et voit le cheval, dételé, qui broute dans un pré. Avant de remonter en voiture, elle cherche un endroit, pour satisfaire un besoin. Ce passage s'est résumé dans la seconde notation, et voici ce qu'il est devenu : « J'étais en voiture, sur une route. Mon mari, je crois, conduisait. A un. moment donné, je me suis arrêtée pour un petit besoin. Mon mari, je crois, a dételé le cheval. »

La comparaison de ces deux récits montre un échanllon des diverses modifications que je viens de dis- .nguer.

D^abord, on peut remarquer dans la deuxième notation une substitution importante : ce n'est plus un cocher qui conduit la voiture, c'est le mari. Cette substitution a pour but de rendre le fait plus conforme aux habitudes de la veille, car M. B... avait ordinairement un cheval et une voilure et se piquait d'être un habile conducteur. D'ailleurs cette substitution peut se faire d'autant plus facilement que le mari" figure dans la seconde partie du rêve.

Comme conséquence de la suppression du cocher, toute la partie du rêve qui se rattache au cocher disparaît dans la seconde notation : son départ brusque et inexpliqué, la station prolongée dans la voiture, et ce qui s'y rapporte^ la recherche du cocher, la guinguette, les reproches, tous ces détails sont oubliés. Or, il faut remarquer que cet oubli n'est pas un fajt fortuit : toutes ces images tombent de la mémoire parce qu'elles ne sont pas utiles pour unifier le rêve et qu'elles sont même embarrassantes. En effet, le sujet du rêve tel qu'il se présente dans la seconde notation est le suivant : M""*" B... fait une promenade en voiture, et la promenade est interrompue par un besoin à satisfaire. Les différentes images relatives au cocher cadrent mal avec les représentations centrales : c'est pourquoi elles sont rejetées, par une sorte de choix instinctif et inconscient, comme des matériaux inutiles oa gênants.

Enfin, si bref que soit devenu le récit dans la seconde notation, il contient cependant deux additions importantes. Au lieu que le cocher s'en aille sans que ce départ soit expliqué, c'est maintenant M""^ B... qui fait arrêter la voiture parce qu'elle a un besoin à satisfaire. De plus, au lieu de retrouver le cheval dételé sans qu'on voie comment et par qui il Ta été, elle raconte

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maintenant que c'est son mari qui a dételé le cheval : toutefois , il subsiste quelque incertitude sur ce point, une réserve est faite indiquant que cette explication paraît douteuse. — En tout cas, on voit que ces deux additions ont pour but d'expliquer des faits qui restaient obscurs, c'est-à-dire d'établir une coordination logique qui n'existait pas.

La seconde partie du rêve contient des modifications du même genre, parmi lesquelles il y a lieu de signaler deux additions : au lieu de trouver immédiatement une grande pièce sale et sentant mauvais, M°^* B... voit maintenant une femme en bonnet blanc, elle lui demande les cabinets, la femme lui montre une porte^ bref, tout devient maintenant plus précis et plus semblable à ce qu'aurait pu être la scène, dans la réalité. De plus, l'inscription « Bureau » se trouve maintenant sur une porte vitrée, et ce détail contribue à donner plus de précision à l'ensemble.

Dans les observations XIX (p. 75), XX (p. 77) et XXI (p. 79), on voit de même des différences entre la première et la deuxième notation, et elles ont toutes pour but de corriger le premier récit par l'addition d'un détail explicatif, ou de le compléter pour rendre les faits plus semblables à la réalité, ou de substituer (obs. XX) un cas familier à un autre qui ne l'était pas; et les détails qui sont oubliés sont aussi ceux qui étaient inutiles.

Ainsi la construction du rêve a coutume de rester inachevée. Mais l'analyse qui vient d'en être faite suffit à nous montrer dans quel sens et par quelles opérations elle s'effectue. On peut même deviner approximativement ce que certains rêves deviendraient si cette construction était poussée jusqu'au bout. Par

exemple, il me semble que, si le rêve de l'observation VIII (p. 51) avait évolué jusqu'à son terme naturel, il se serait présenté à peu près sous la forme suivante :

« Je me trouvais à Paris, chez Gabrielle L..., qui faisait cuire des poires. Nous causions. M""* V... est arrivée ensuite : elle nous a montré le li>Te dans lequel sa fille apprenait à lire. Enfin, je suis rentrée à la maison, pour soigner Cécile qui avait la fièvre typhoïde. »

De même^ le rêve de l'observation XUI (p. 61) aurait pu prendre à peu près cette forme : i

« J'allais à Dijon. A la gare, j'ai rencontré le facteur, qui m'a remis deux lettres, dont Tune contenait deux photographies. La gare était très encombrée, et j'ai j

vu partir plusieurs trains avant de trouver place dans un train allant à Dijon. Arrivé à Dijon, j'ai rencontré \

deux jeunes gens, dont Tun m'était connu. Nous avons causé sur une grande place mal éclairée. » ,

Il aurait suffi, pour que ces deux rêves prissent cette forme ou une forme analogue, de quelques opérations supplémentaires, semblables en tout point à celles dont |

la réalité a été établie. \

Conclusion

L'analyse qui précède nous explique maintenant ce caractère si commun des rêves qu'on appelle Tincohérence. Le monde des rêves est ordinairement incohérent, c'est-à-dire que les choses paraissent s'y passer contrairement aux lois du monde réel et de la raison. Par exemple, il y a incohérence au point de vue du temps si l'on se trouve d'abord enfant, puis brusque-

ment adulte, ou inversement. Il y a incohérence au point de vue de Tespace si l'on se trouve à un moment à Paris, Tinstant d'après à Marseille, etc. D'une façon générale, il y a incohérence toutes les fois que l'enchaînement des événements imaginaires est tel qu'il ne pourrait pas se produire dans le monde réel.

Or, si l'on considère, dans les rêves de notation immédiate, les tableaux en les prenant un à un, on voit que les événements imaginaires s'y développent sans incohérence. On y trouve bien, il est vrai, des bizarreries, des conceptions saugrenues; mais, s'il est difficile qae tous les événements de ces tableaux se réalisent, cela n'est pourtant pas impossible. D'ailleurs, J'aurai plus tard (ch. v) l'occasion d'expliquer que ces bizarreries ont leur source dans quelque désir. Il est exagéré de dire que le désir ne connaît rien d'impossible, mais il est vrai qu'il s'attache à beaucoup de fins pratiquement inaccessibles. De là les détails étranges que l'on rencontre assez souvent dans Tintérieur même d'un tableau de rêve. D'autres étrangetés peuvent se présenter aussi dans un tableau organisé pendant le sommeil sous l'influence de la force de développement spontané des images (ch. vi).

Le rêve ne peut donc être proprement incohérent qu'à la condition d'être complexe. S'il comprend une pluralité de tableaux séparés, s'il est formé par la rencontre de plusieurs séries indépendantes qui s'organisent tant bien que mal postérieurement au sommeil, le rêve doit être incohérent toutes les fois que l'arrangement des scènes qui le composent n'est pas achevé. Et comme il est rare que cet arrangement soit achevé, comme l'observation et la notation du rêve ont coutume d'interrompre le travail d'organisation, on com-

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prend que les rêves complexes soient toujours incohérents. Il peut arriver que, par un hasard exceptionnel, les tableaux composants s'enchainent naturellement à la façon des événements de la veille. Mais la plupart du temps les tableaux sont difficilement compatibles, et, même si la construction n'était pas interrompue, ils ne parviendraient pas à former un drame suivi. Supposons que Ton prenne au hasard trois ou quatre paragraphes dans des livres différents et qu'on les mette en succession en vue de former un ensemble : même si Ton ajoute quelques détails pour les relier, ou si Ton en supprime quelques autres, on n'obtiendra presque jamais une suite logiquement satisfaisante. Il en est de même pour le rêve complexe. L'esprit qui dort écrit plusieurs livres à la fois, mais sains savoir ce qu'il fait. Lorsqu'il se réveille, il lit ce qu'il a écrit, mais il lit la dernière pag.e de chacun de ces livres.. S'imaginant qu'il a dû écrire quelque chose de raisonnable, il cherche à comprendre ces pages en les assemblant, parfois même il essaie des assemblages différents, ou bien il fait quelques corrections, mais il renonce bientôt à ce travail de coordination et il détourne son attention de ce qu'il appelle la folie des rêves.

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