AUTRES OPÉRATIONS DE CONSTRUCTION
§ 4. — Autres opérations de construction.
La mise en ordre objectif des tableaux du rêve est sans contredit Topération la plus importante de la construction consécutive au sommeil : elle donne déjà au rêve la physionomie d'un drame, et parfois même les tableaux se suivent assez naturellement pour que l'esprit peu exigeant du rêveur qui se réveille se trouve satisfait. Mais le plus souvent renchaîriement chronologique des événements fait apparaître des difficultés ou des impossibilités au point de vue de la localisation, de la succession causale, etc. Alors, de deux choses l'une : ou le travail de construction s'arrête, et le rêveur constate l'étrangeté et l'incohérence de son rêve; ou le travail se continue, et d'autres opérations s'accomplissent. ^
Bans les observations déjà citées, on trouve des indications au sujet de ces opérations complémentaires. Par exemple, on voit comment s'effectue la localisation spatiale dans l'observation XIII (p. 61). Le premier tableau représente le commencement d'un voyage à Dijon; le second tableau commence ainsi : « A Dijon probablement... » La scène du second tableau, une conversation sur une place, se trouve fixée à Dijon par une sorte de raisonnement inconscient, en tout cas par un raisonnement qui n'a pas été signalé par l'observateur. C'est visiblement le premier tableau qui détermine la localisation du second, et la réserve efxprimée par le mot « probablement » fournit la preuve ^u'il s'agit là d'une opération logique destinée à relier les deux tableaux et par suite consécutive au sommeil. — Le premier tableau détermine aussi la localisation du
troisième. Mais j'ai déjà donné sur ce point, en commentant ce rêve , les explications nécessaires. Je me borne à faire remarquer maintenant que la localisation des deux derniers tableaux a pour but d'unifier le rêve autant que possible au point de vue local.
A propos de Tobservation XXVIIl (p. 103), j'ai déjà signalé la dualité du premier tableau. On voit facilement comment la première partie de ce tableau détermine le lieu attribué à la deuxième partie. L'observatrice visite une église où se trouve un reposoir comme pour le Jeudi saint : cette partie du rêve reproduit un souvenir récent. « Près de ce reposoir il y avait de grands cercueils de pierre qu'on m'avait chargée de mesurer, etc. » Cette seconde partie reproduit, avec modifications, le souvenir d'une lecture de la veille. Les deux scènes élémentaires s'unissent, la seconde (dont le lieu réel était le Panthéon) s'unit à la première et se trouve localisée dans une église visitée récemment.
J'ai montré aussi, à propos de l'observation V (p. 43), comment, en rêvant que je vais à un rendez-vous à la Sorbonne, ce tableau détermine la localisation dans la Sorbonne d'une scène qui reproduit le souvenir d'un événement ayant eu lieu à Bordeaux, et transforme le veslibule de la Sorbonne en une salle de conférences publiques.
D'autres observations encore, parmi celles que j'ai rapportées jusqu'à présent, fournissent des indications sur la manière dont s'effectue la localisation. 11 est inutile de pousser plus loin cet examen, car la preuve me semble faite que : l** la détermination des lieux, quand elle se fait, a pour but d'unifier le rêve complexe; 2° un des tableaux étant accepté par l'esprit