Les Mensonges de la vie intérieure (Alcanj
c'est la dominer. Se poser en spectateur de sa misère, c'est s'élever au-dessus d'elle, c'est en être le maître et non plus l'esclave ; savourer son chagrin, c'est l'oublier un instant pour lui substituer un spectre de chagrin dont la volonté souveraine peut faire son hochet». Ne soyons donc pas étonnés si, comptant toutes les pulsations de son cœur, l'artiste entreprend de plein gré la dégustation de son mal, et s'il cherche même de la volupté dans le sang de ses blessures. Car la joie de regarder tarit la souffrance ou fait de cette souffrance du moins une souffrance nouvelle qui a pour caractère d'être «savoureuse». Et la vérité de ceiie proposition éclatera surtout dans le cas où l'esprit artiste, étant producteur, saura fixer dans une symphonie ou dans un poème sa douleur transmuée en beauté. Fixer une passion dans une œuvre d'art, en effet, ce n'est pas transporter ses émotions simplement dans le domaine objectif, les projeter au dehors, les chasser de la vie affective; c'est les tenir à la merci de l'être intellectuel qui s'en joue très positivement.
Je répète que cette prérogative est fort inconnue de la majorité des hommes parce que, l'élément représentatif de leurs émotions ne comptant pour rien ou à peu près rien, ils subissent ces émotions simplement et intégralement « dans la pauvre