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CHAPITRE II LA FONCTION DE L'IDÉAL

flnale. - L'échelle des valeurs elle sens de 1 action.

L'idéal, pour un être quelconque, c'est la représentation, sous une forme déterminée, de la plus haute perfection qu'il puisse concevo.r a un moment donné de la durée. Disons encore s. vous Tvoulez, que c'est la formule de son des.r, ca ce deuxième mode de définition est naturellement ■npl que dans l'autre. Quel que soit d'ailleurs le „.ode qu'on adopte, il reste applicable auss. b.en Z individus qu'aux peuples et à l'human.te tout

'"corsidéré dans cette acception très large, l'idéal reconnaît certains caractères qui sont essentiels, elque l'on doit retrouver invariablement dans toutes les formes particulières qu'il revêt.

Et d'abord, l'idéal ne surgit pas du néant : il semble être, à certains points de vue un effet Int d'être une cause, et il est bien, à la vente,

LA. FONCTION DE l' IDE AL

un effet du mécontentement. La faculté de mécon- Lement, voilà qui distingue vraiment „c.re esDèce humaine des autres espèces, et c est a elle :;; doute que nous devons de modi er sa s cesse le milieu dans lequel nous vivons alors que es animaux s'adaptent à ce milieu simplement ol peut donc dire de cette faculté qu elle est la Jrce de tout progrès, car c'est dans le ma^ajse de l'insuffisance que l'homme puise sa force d asp ration au mieux. Sans cette protestation incessante contre le présent, sans cette querelle continue qu s'adresse au fait accompli, nul idéal ne sauraU éclore. C'est dans la critique de la chose acqmse que naît invariablement la volonté d'une acquisition nouvelle, et c'est dans l'appréciation du médiocre actuel que se développe le rêve enthousiaste du mieux à venir.

L'idéal, avons-nous dit, n'implique pas simplement la notion de perfection possible; il implique la représentation de cette perfection sous une forme donnée. Ceci revient à affirmer qu .1 est autre chose qu'une idée pure; il est une tendance incarnée dans une image, tantôt vague, tantôt pré- Oise, mais toujours existante à quelque degré. Lest la nature de cette image, et c'est sa position dans le temps et dans l'espace qu'il s'agit de bien déterminer si l'on veut pénétrer dans son mécamsme la fonction que nous envisageons.

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L'image, incarnation de l'idéal, n'est pas une représentation de la réalité pure et simple. E e n'est pas contraire au réel, sans doute, mais elle ne lui est pas identique : elle le prolonge. Elle n est pas opposée aux choses, mais elle anticipe sur les choses. En s'élevant au-dessus des réalités présentes, elle exerce une sorte de fascination sur ceux qui l'ont reçue ou qui l'ont formée, et leur activité la prenant pour modèle tend à s élever

iusqu'à sa hauteur. ^

Mais si limage en question n'est pas une représentation de la réalité imparfnite, elle n'est pas davantage une représentation de l'absolue perfection, laquelle serait imperfectible et «"«'»>;»f";:' par là même la limite décisive et r«rtt défln.Uf .le tout idéal. L'essence de l'idéal, en effet, cc»i d'être possible indéfiniment et, |>ar suite, de n être point réalisé jamais et de reculer à mesure ses

limites.

L'idéal se présente ainsi dans «on mouvement d'ascension comme une ,,<tr/èffwn «mpamtm toujours supérieure à l'état actuel, toujour* .nférieure ^ l'absolue perfection, iM toujours faisant etlorl du premier ver» la «econd*.

Eu sonune, vous voyez u-.l un dooWc mouvement : aspiration continue <le notre acl.vitë par «ne perfection relative et aspiration continue de celte perfection relative par une perfection ab*»lue qui ne peut ôtro réalisée. A chaque ins<«nl de

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îa durée nous avons, par rapport à toutes es Choses qui sont désirables, comme la vision propbétique d'une existence supérieure à notre existence actuelle. C'est sur cette conception de la réalité dépassée que notre attention reste constamment rivée, et c'est vers elle que nous montons de toute la puissance de notre effort. Mais 1 image représentative de cette conception n'est en vérité qu'un jalon et, pourrait-on dire, un point théolue au cours d'une évolution indéfinie. En nous représentant cette image, nous ne faisons qu établir sou* une forme concrète, le terme provisoire de notre activité; noo« ne faisons qu'édift. r, pour un instant qui n« dure pas, le couronnement pro- ^ir. de notre pensée. D5« qne le terme ^ atteint, et »it6t que le cooroBneroent doit être effectif, l'image désormais privée de «a fprce attractive s'évanouit, et une autre loi succède qo. rehausse du même conp l'aspiraUon de la pensée et les limites de l'activité. Chaque »yutht*e idéale, uinuyéc «nr une «vnthfese réalisée, «e réalise ellemême sous linflueDce directrice de l'idéenlésir qui la consUtue: puis, devenue une rc^alilé patenU, elle fournit, i son tour, une base à l'organisation d'une sTiithèsc idéale nouvelle qui lui e«t wp«rieure, "cl ainsi de suite indénniment.

L-esprit humain doit Mre envisagé à la foi», dans cet enchaînement, comme U cause elBeiente et la cause finale de «a propre ascension : cause

efficiente puisqu'il crée son avenir à mesure par une coordination libre de ses éléments actuels sous forme de représentation idéalisée, et cause finale puisque la réalisation de sa propre existence transformée et améliorée représente le but qui appelle son effort et qui sollicite son activité. Mais ce sont là deux aspects d'une même énergie qu'on ne peut dissocier que par la théorie. D'une manière indiscontinue, le rêve suscite et transforme l'action, en même temps que l'action sert de point d'appui à un rêve plus beau et plus loin situé.

Ainsi, tout ce qui vient au jour existe d'abord dans le désir des hommes à l'état de représentation d'une forme future, et cette forme non existante renferme en puissance les perpétrations à venir qu'elle implique et fait naître petit à petit, yicjéal n'est pas autre chose que l'avenir lui-même qui doit être et qui sera et qui déjà devient. Il est un rêve simplement, mais il est un rêve qui met en dehors, à mesure, nos puissances latentes, et qui nous oblige à nous surpasser sans cesse. Il est un rêve simplement, mais c'est ce rêve qui fait finalement la réalité de la vie.

Pour comprendre toute l'importance de la fonction qu'on vient d'esquisser, il suffit de rappeler les applications qu'elle trouve constamment dans notre existence morale.

C'est à l'idéal qu'est subordonné sans relâche et

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à notre insu le jeu de nos pensées. Penser, cela revient à peser ce qui est, et à le comparer, par suite, à ce qui devrait être. Penser qu'un jugement est faux, qu'un tableau est laid, qu'une action est mauvaise, c'est, en somme, leur opposer un jugement meilleur, un tableau meilleur, une action meilleure. Dans toutes nos pensées, nous créons un type supérieur au fait, et c'est au moyen de ce type idéal que nous évaluons et que nous qualifions le fait lui-même. Nous jugeons toutes choses à travers un rêve de parfait et conformément à ce

rêve.

C'est encore à l'idéal que se subordonne sans cesse la masse tumultueuse de nos sentiments. Il lient lieu, par rapport à eux, d'accumulateur et de régulateur, en les concentrant sur un point, en les polarisant dans une direction, en les disciplinant et les unifiant au lieu de les abandonner au chaos et à l'anarchie.

C'est sur l'idéal que se règle enfin notre activité de chaque jour, car, en concentrant nos tendances sur tel mieux à réaliser, l'idéal fixe à nos efforts leur destination : il donne l'impulsion et assure la continuité de l'essor, en même temps qu'il commande le cadre dans lequel se déploie le mouvement.

Concluons que l'idéal, pourun individu, pour un peuple, pour l'humanité, ce n'est pas seulement la formule de son désir, c'est très exactement la

^gg LE RÊVE ET L* ACTION

formule de sa vie. De l'idéal dépend l'échoie dvaleurs et par suite le sens de l'acUon.Orl échelle des valeurs et le sens de l'action pour un .nd.v.d pour un peuple, pour l'humamté, c'est t ute sa conception, de l'existence d'une Part, J» «« d'autre part toute sa destinée. Avoir ou n avoir paTd' déal, avoir tel idéal ou tel autre, voila bien rqui importe ici-bas, et voilà au fond ce qui d.s-

"ir^et ni ne pousse pas au hasard de nos impulsions. Il est autre chose qu'un caprice, - aL chose qu'une pure fantaisie. Il est la synh,se plus ou moins précise des matériaux qu nous apporte chaque jourla connaissance, et nous l composons réellement par un travail tout a fait actif de notre vie intérieure. Nous ne PO^vo^s établir, en effet, d'une manière certaine ce qu U nous ser it à la fois préférable et possible de devenir sans nous appuyer sur la conscience exacte de ce que nous sommes, et sans tenir compte aussi Le la plus grande précision possible, du rappo des choses dans le monde extérieur. En d autres termes, la victoire du mieux que nous concevons ne peut être assurée que si la concep ion elle- „,éme ne se montre pas opposée à l'expérience t à la raison. Et vous voyez survemr ainsi, pour seconder l'idéal, tout en le refrénant tout en le contrariant et lui faisant échec, un autre élément qui se nomme le libre examen. ■

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