BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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PREFACE
Il a été écrit ^ur le rêve, une multitudôv^de travaux, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Ces travaux n'ont pas été stériles, et bien des vues ingénieuses ou profondes ont été exposées. Cependant les résultats ne sont pas proportionnés aux efforts, car il n'est guère d'hypothèse en face de laquelle ne se dresse quelque hypothèse entièrement opposée. Et d'autre part il n'est pas facile de rassembler toutes ces hypothèses et de les confronter dans une exposition systématique, pour les soumettre ensuite à l'examen et pour dégager les hypothèses les plus solides.
La raison de cette confusion générale me paraît être que Ton a coutume d'aborder l'étude du rêve par tous les côtés à la fois : on veut tout expliquer, et l'on ne remarque pas l'extrême complexité du problème; on ne songe pas que la vie de l'esprit pendant le sommeil, ou même seulement au début ou à la fin du sommeil,
îï PHt':FACE
constitue un monde aussi vaste, présente des fails aussi variés, que la vie de l'esprit pendant la veille. C'est pourquoi les travaux les plus fructueux sont ceux dont les auteurs, au risque de n'obtenir qu'une vue étroite du sujc^t, ont cherché dans les faits la vérification d'une idée, sinon unique, au moins prédominante; ce sont encore ceux qui sont consacrés à une question très étroite et nettement d<Ldimitée.
11 faut donc se résoudre à laisser beaucoup de faits inexpliqués pour en comprendre quelques-uns, pour détermiaei' quelques relations régulières, dans la masse confuse des faits. (Test pourquoi ce livre n'est pas une ôtude d'ensemble sur le rêve : je n'ai pas voulu ajouter une théorie nouvelle aux nombreuses théories du rêve qui existent déjà. Je me suis appliqué avant tout à poser les problèmes d'une façon précise, et j'ai borné avec intention la recherche à un petit nombre "de questions. Sans doute on risque, en procédant de la sorte, de trouver, pour les lois que Ton dégage, des formules incomplètement exactes. L'essentiel est qu'elles soient partiellement exactes; on fera plus t^rd les rectiiîcations nécessaires.
Dans rimpossibilité d'expo§er systématiquement toutes les thi^orîes qui ont été proposées, j'ai signalé en passant les opinions déjà émises sur les questions que j'ai traitées, soit pour les accepter et les confirmer, soit pour les contester : mais la littérature du rêve est tellement vaste que j'ai dû faire des omissions.
PREFACE
Le présent travail n'est pas tout à fait inédit. De mes, observations déjà anciennes sur les rêves, j'ai tiré d'abord une thèse latine*, présentée à la Sorbonne en 1901. Elle est refondue dans ce livre, mais suivant un plan différent. Certaines parties ont reçu des développements nouveaux et des prolongements, peut-être déjà des rectifications. J'en ai laissé d'autres de côté, parce que j'ai senti de plus en plus la nécessité de concentrer la recherche sur des questions nettement délimitées. Une partie du chapitre II a paru dans la Revue philosophique*^ en novembre 1904.
1. De somniis observationes et cogitationesy Lugduai, Storck.