CHAPITRE PREMIER QUESTIONS PRÉLIMINAIRES
§ 1. — Les problêmes.
L'observation du rêve est une observation de mémoire, c'est-à-dire que, quand on note un rêve, il s'est écoulé un certain temps depuis le moment où le rêve a occupé Tesprit. Or, si Tobservation de mémoire provoque déjà de légitimes défiances quand on rapplique aux phénomènes clairement conscients de la veille, à plus forte raison doit-on s'en défier quand il s'agit des phénomènes obscurs du sommeil. 11 existe, en effet, une raison particulière de se défier de la mémoire du rêve : non seulement un intervalle de temps sépare le moment où le rêve existe en tant que rêve et celui où l'on note ce que la mémoire en a conservé, mais l'état général de l'esprit n'est pas le môme à ces deux moments; le rêve en tant que rêve est caractérisé par des illusiojis et des hallucinations ; l'esprit qui rêve croit à la réalité d'événements qui Foucault. 1
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n'existent pas; bref, il ne possède pas ses facultés critiques de Tétat de veille. Au contraire, lorsque l'observateur note son rêve, il est délivré de cette croyance erronée, il a retrouvé ses facultés critiques et ses moyens ordinaires de distinguer une image d'une perception. Dans ces conditions, il serait très imprudent de regarder le souvenir du rêve comme reproduisant fidèlement l'état mental du sommeil.
D'abord, en effet, dans l'acte par lequel nous saisissons les représeDtations du sommeil, nous ne pouvons certainement pas remonter bien loin en arrière. Jecrois que l'on petit regarder comme établie Topinion exprimée à ce sujet par M. Gobloj; : « Le rêve dont on se souvient est la pensée du réveil*. » — Toutefois, je pense que cette formule doit être légèrement modifiée. Nous nous souvenons des représentations qui ont occupé L'esprit dans les derniers instants du sommeil, et le souvenir peut remonter en arrière sur un certain espace de temps qui, d'ailleurs, n'est jamais considérable*. Par suite, la plus grande partie des représentations du sommeil, la plus grande partie des rêves, tombe dans un oubli définitif.
1. Goblot. Sur le souvenir des rêves, Revue philosophique, 18S6, II, p. 288.
2. Une observation d'Hervey-Sajnl-Den^s fournit sur ce point une indication plus précise : « Réveillé après plus d'un quart d'heure de sommeil, je n'ai jamais pu remonter sûrement le cours de mes visions jusqu'à cette période hypnagogique qui avait dû servir de point de départ. J'ajouterai qu'ayant eu l'occasion de réveiller souvent une personne qui rêvait tout haut, de telle sorte qu'elle-même me fournissait ainsi tout en dormant un point de repère dans ses rêves, j'ai constamment observé, en linterrogeant aussitôt sur ce qu'elle venait de rêver, que ses souvenirs ne remontaient jamais au delà d'un laps de cinq à six minutes. » [Les rêves et les moyens de les diriger^ p. 266).