OBSERVATION XCI
Le matin d'un jour où mes élèves faisaient leurs compositions de baccalauréat, je me réveille en rêvant que l'un d'eux, Bl..., m'apporte la liste des sujets qui ont été proposés aux candidats. L'un des sujets porte sur les diverses théories delà liberté morale. Je ne me rappelle pas exactement les termes dans lesquels il est posé, mais je remarque que sur la feuille imprimée, l'énoncé occupe une ligne et une courte fraction de la ligne suivante. Les deux autres sujets concernent aussi des questions de morale, mais ils sont plus étroits et plus difficiles à traiter et je ne parviens pas à me les rappeler. Au lieu que les textes soient écrits à la main par Téiève, ils sont imprimés dans les mêmes caractères fins qu'un recueil de sujets dont je me suis servi pour faire la re vision du cours et exercer mes élèves à bâtir rapidement le plan d'une dissertation : les sujets sont numérotés comme ils le sont sur le recueil et le sujet relatif à liberté morale porte le numéro 123. D'aprôs les détails que me donne Bl..., je comprends qu'il a choisi le numéro 123 et qu'il a dû le traiter passablement; mais son camarade B..., le meilleur de la classe, a dû choisir un sujet plus difficile et peut-être s'est-il fourvoyé; du moins les indications vagues et les réticences de Bl... me le font craindre.
L'image initiale de ce rêve vient de ce que BL,., lo jour précédent, m'avait demandé Tautorisalion de venir me montrer son brouillon après la composition. Le développement de cette image forme tout le rêve. Mais l'une des images secondaires, la seule qui ne soit pas une image usuelle, est constituée par les caractères d'impression des sujets et par le numérotage qui s'y
ajoute. C'est une image récente. Elle est d'ailleurs infidèle en ce que, dans le recueil, le numéro 123 ne s'applique pas à une question relative à la liberté; elle est fidèle seulement en ce qui concerne le format du recueil et les caractères d'impression. Comme dans les observations précédentes, c'est une image qui s'est imposée à l'esprit comme élément du tableau.
Cette intrusion des images secondaires dans le développement des images principales y crée un commencement d'incohérence, et cetle incohérence n'est pas due à l'arrangement imparfait des tableaux qui se fait dans la période du réveil, elle est propre à la pensée du sommeil. D'ailleurs elle est d'ordinaire légère et à peine sensible, comme on le voit dans les observations que je viens de citer; elle est seulement frappante dans l'observation LXXXIX, oii l'on voit Alfred de Musset apparaître dans une gare en 1904. Quelquefois cependant, elle est plus marquée et véritablement choquante, comme on le voit dans le tableau suivant :